1920-2020, le centenaire des Jeux d'Anvers : En cyclisme, un champion peut en cacher un autre

Le Suédois Harry Stenqvist, champion olympique de cyclisme sur route à Anvers
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Le Suédois Harry Stenqvist, champion olympique de cyclisme sur route à Anvers - © DR

Le cyclisme est au programme des Jeux Olympiques modernes depuis la toute première édition, en 1896. Des épreuves sont alors organisées sur la piste, et sur la route. Comme actuellement, en fait. Sauf qu’à l’époque, les vélos sont les mêmes pour les deux disciplines. Et les champions, polyvalents, sont les mêmes aussi.

En 1900, 1904, et 1908, la route est abandonnée. En 1912, à Stockholm, c’est la piste qui est délaissée.

Juste après la Première Guerre mondiale, le cyclisme et le football sont les premiers sports à reprendre en Belgique. Et aux Jeux Olympiques d’Anvers, le programme est à nouveau "complet", en cyclisme. Il y aura de l’action dans le vélodrome, et dans la campagne environnante.


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On a du mal à l’imaginer aujourd’hui, mais les coureurs étaient seuls sur la route, pendant des heures et des heures. Les épreuves olympiques, de 1912 à 1932, étaient organisées sous la forme d’un contre-la-montre. 315 kilomètres, pour le plus long.

"Un aller-retour pour Anvers, s’il vous plaît"

En Belgique, le 13 août 1920, quarante-six coureurs, de treize pays, s’apprêtent à avaler 185 kilomètres, de Merksem (dans la banlieue d’Anvers) à Anvers, en passant par Turnhout, Mol, Heist-of-den-Berg, Lierre. Le premier homme part à 9 heures du matin. Les suivants s’élancent toutes les quatre minutes. L’épreuve se termine en fin d’après-midi. Le public avait boudé les épreuves sur piste, mais là, à l’arrivée, les spectateurs sont très nombreux.

Il est évident qu’il y a un siècle, on ne pouvait pas déployer les mêmes moyens qu’aujourd’hui. Et il était logique, à l’époque, de ne pas vouloir paralyser la circulation ferroviaire pendant toute une journée. Mais six passages à niveau se trouvaient sur le parcours, et risquaient de couper les athlètes dans leur élan. Et de rendre la course inéquitable.

Les organisateurs ont heureusement tout prévu. Si un coureur devait être arrêté par le passage d’un train, son temps d’attente serait décompté.

Sur de bons rails

Parmi les concurrents, il y a le Sud-Africain Henry Kaltenbrun. Il vient de gagner une médaille de bronze par équipes, sur la piste d’Anvers. Et il rêve de l’or, sur la route. Pour faire aussi bien que son compatriote Rudolph Lewis, champion olympique à Stockholm, huit ans plus tôt.

La course est difficile, les pavés nombreux, les crevaisons inévitables. Six coureurs doivent abandonner. Mais Henry Kaltenbrun s’en sort bien. Il roule vite, et il a de la chance. Quand il franchit la ligne d’arrivée, il réussit un temps qui ne sera pas amélioré. Il est déclaré vainqueur.

Le vélodrome se trouve à 300 mètres, et le protocole prévoit que chaque coureur ira là-bas, effectuer un tour d’honneur après sa course. Le Sud-Africain est hissé sur les épaules de ses coéquipiers, et porté jusqu’à la piste, au milieu des cris et des rires. Son tour d’honneur à lui sera triomphal ; il est champion olympique !

Un train d’enfer

Mais en réalité, non, il n’est pas champion olympique. Il ne recevra "que" la médaille d’argent. Parmi les cinq coureurs qui ont été arrêtés à un passage à niveau, il y a le Suédois Erik Harry Stenqvist, auteur du troisième temps. L’équipe suédoise porte réclamation, le jury se réunit, et applique le règlement. Puisque Stenqvist a perdu quatre minutes et une seconde à cause d’un train, on retire quatre minutes et une seconde de son chrono. Ce qui lui permet de passer de la troisième à la première place. C’est lui, le champion olympique !

Erik Harry Stenqvist gagne une autre médaille, en prime. Le classement par équipes est établi en additionnant les temps des quatre meilleurs coureurs de chaque pays, et la Suède termine deuxième.

C’est l’histoire d’un homme qui a cru être champion olympique pendant quelques minutes. C’est l’histoire d’un homme qui est champion olympique pour l’éternité.

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