Le secret du 1er vainqueur de "l'Omloop" ? Le hareng mariné et deux bidons remplis chacun de vingt jaunes d’œufs

Ce samedi, c’est la course d’ouverture de la saison cycliste en Belgique. Une course qui a parfois changé de nom mais qui est née il y a 75 ans sous le nom de "Omloop van Vlaanderen".
 
Pour fêter ces noces d’albâtre, retour sur la toute première édition.
Nous sommes le 25 Mars 1945. La Belgique vient à peine d’être libérée. Les organisateurs n’ont reçu que très tard l’autorisation des alliés d’organiser l’épreuve et sous de strictes conditions. Les principales artères de la circulation seront strictement réservées au trafic militaire. Les coureurs devront rouler à l’extrême droite de la route et sur certains passages la course sera même neutralisée.
 
A cette époque, l’équipe nationale belge de cyclisme évolue sous la direction de Karel Steyaert, journaliste de cyclisme qui a créé le Tour des Flandres, et jouit d’une grande autorité dans les Flandres. Voici ce qu’écrit à son sujet Pierre Chany, référence du journalisme français spécialisé dans le cyclisme : " Il signe ses articles Karel Van Wijnendael, du nom de son village natal, et ses opinions ne sont jamais contestées. Il est le "Pape" du cyclisme belge, l’éminence grise de la fédération nationale. "
Et cette première édition du " Omloop van Vlaanderen " ne plait pas du tout au puissant Karel Van Wijnendaele. Le nom de la course ressemble trop à " son " Tour des Flandres. Selon lui, c’est carrément du plagiat ! Deux ans plus tard, la course prendra ainsi le nom de " Circuit Het Volk ", du nom du journal organisateur, concurrent du Het Nieuwsblad lequel organise le Tour des Flandres. Van Wijnendaele refusera toujours de prononcer le nom du journal ennemi, s’obstinant à appeler la course rivale " Gand-Gand ".
C’est en effet entre Gand et Gand que se dispute la première édition, sur une distance de 187 km.
Jean Bogaerts est livreur de pain. Il n’a que vingt ans et il a reçu son premier vélo de course deux ans plus tôt. Pendant la guerre, il s’entraînait " sur un vélo de femme ", comme il aimait le répéter. Pour rejoindre la ligne de départ de sa toute première course professionnelle à Gand, Bogaerts a fait le trajet à vélo depuis sa ville de Koningsloo, dans le Brabant flamand.
On recense 83 coureurs au départ. Ils seront 43 à l’arrivée.
Jean Bogaerts s’impose au sprint au " Kuipke " devant ses onze compagnons d’échappée. Le légendaire Briek Schotte, vainqueur du Tour des Flandres en 1942, concède trois minutes. La prime de victoire de Bogaerts est de 600 francs belges (15 euros). A 20 ans et deux mois, le Brabançon demeure à ce jour le plus jeune vainqueur de l’histoire de la course d’ouverture en Belgique. Il récidivera en 1951. Entre ces deux succès, en 1948, l’épreuve connaît même la participation exceptionnelle de l’Italien Fausto Coppi, vainqueur et puis déclassé pour changement de roue illicite.
Cette année-là, Jean Bogaerts est victime d’une chute et d’une fracture du crâne lors du championnat des Flandres à Koolskamp. Ce qui ne l’empêchera pas d’accrocher à son palmarès un Tour des Pays-Bas, une deuxième place à Liège-Bastogne-Liège et une troisième à Paris-Bruxelles.

Décédé le 28 janvier 2017 à Schaerbeek, il avait 92 ans, Bogaerts a aussi marqué les esprits en remportant le Tour du Limbourg en 1950 sur le vélo...d’un boucher et en révélant ses habitudes alimentaires. Son secret : le hareng mariné et deux bidons remplis chacun de vingt jaunes d’œufs, de sucre brun et de quelques gouttes de cognac.
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