Comment décrypter l'exploit controversé de l'alpiniste Nirmal Purja ?

Nirmal Purja
Nirmal Purja - © Facebook - @NimsPurja

C’est l’exploit sportif de ces dernières heures. L’alpiniste népalais Nirmal Purja a gravi en sept mois seulement 14 montagnes de plus de 8.000 mètres d’altitude. Le précédent record était de 7 ans pour arriver au sommet de ces 14 montagnes. Nirmal Purja, lui, l’a donc fait en sept mois, grâce à une préparation et un entourage pour encadrer ses ascensions.

Pour prendre la mesure de cet exploit, nous avons contacté l’alpiniste belge Paul Hegge. Il est l’un des seuls Belges à avoir fait les deux sommets les plus difficiles au monde : le K2 et l’Everest. Par rapport à la performance pure, Paul Hegge a bien conscience de la difficulté que représente une telle performance.

"C’est une performance incroyable car normalement, il faut prendre entre six et sept semaines entre chaque sommet à 8.000 mètres et lui parvient à le faire toutes les deux semaines. J’imagine que tout est bien préparé. Je pense qu’il ne le fait pas vraiment en solitaire, donc il va profiter des préparations par d’autres équipes, d’autres expéditions. Et c’est vrai qu’une fois adapté à la hauteur, après avoir fait le premier sommet, il est plus facile d’entamer d’autres sommets par après".

"Ceci dit, il y a tout de même un épuisement énorme quand on grimpe un 8.000. Il y a une détérioration du corps au niveau physique. La diminution au niveau musculaire est assez grande. C’est donc extraordinaire de pouvoir enchaîner 14 ascensions à 8.000 mètres, ça reste totalement exceptionnel. Moi, chaque fois que j’ai fait un sommet, ça m’a pris deux ou trois mois pour vraiment me rétablir et retrouver la forme que j’avais avant. C’est vraiment un 'attentat' sur ton corps et apparemment, Nirmal Purja, lui, est indemne pour ça. Il n’y a pas de secret, c’est un sherpa donc il a déjà les gênes pour vivre en haute altitude. Mais malgré ça, je vois que les autres sherpas ils ne font que trois ou quatre grands sommets par an et pas 14 d’affilée. Je ne sais pas comment on arrive à faire ça", explique l’alpiniste belge.

Est-ce l’esprit de la montagne ? Non.

Mais comme une bonne partie du milieu, Paul Hegge émet quelques réserves sur la façon dont cet exploit majeur a été réalisé. Nirmal Purja était encadré par d’énormes moyens humains, logistiques et financiers. Il a également utilisé de l’oxygène pour parvenir à ses fins. Pour les puristes, l’utilisation de l’oxygène minimise la performance. "Comme tous les exploits de ce genre, l’opération est poussée par des sponsors. Si on ne le déposait pas au camp de base, ce serait impossible de faire les 14 sommets en sept mois. Pour chaque 8.000, il faut une approche longue d’une semaine déjà. Je comprends qu’il procède de cette manière, mais est-ce que c’est ça l’esprit de la montagne ? Non, je ne crois pas".

"Mais c’est la réalité des exploits actuels dans notre discipline. Ils sont de plus en plus contrôlés et bien préparés. Il est nécessaire de prendre tout ça avec prudence et recul. Malgré ça, ça reste une performance tout à fait extraordinaire. La notion de vitesse n’a rien à voir avec l’esprit d’alpinisme, c’est juste une performance extraordinaire, physique et mentale. Est-ce que c’est ça que l’on recherche en montagne ? Est-ce que c’est ça l’essentiel de l’alpinisme ? Pas du tout. Faire un sommet à 8.000 mètres vraiment en solitaire, ou alors d’essayer de surmonter ce genre d’obstacle en équipe de manière naturelle, ça, c’est l’esprit de la montagne. Dans le cas de Nirmal Purja et toute son équipe autour de lui, ça devient de la performance, du haut vol, mais pas l’essentiel de l’alpinisme", conclut Paul Hegge.

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