Pjanic-Arthur, explications d'un transfert : "c'est une adaptation conjoncturelle face aux règles" pour Pierre Rondeau

Des transferts qui contournent le fairplay financier
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C’est officiel depuis quelques jours, le FC Barcelone a engagé Miralem Pjanić tout en vendant Arthur Melo à la Juventus. Le Brésilien va rejoindre la Juve pour un montant de 72 millions d’euros (+10 de bonus), tandis que le milieu bosnien va faire le chemin inverse, pour une indemnité de 60 millions d’euros.

Si le transfert a de quoi poser des questions au niveau du fond, c’est surtout du côté du fair-play financier que c’est une toute bonne opération pour les deux clubs. Et de ce côté-là, on peut même penser que c’est la Juventus qui fait la meilleure affaire.

"Oui car elle récupère un jeune joueur et pourrait potentiellement le revendre plus cher. Arthur a coûté plus cher, mais il est plus jeune et sa carrière va durer plus longtemps. Si on considère le joueur comme un actif financier, il est mieux que Pjanić. Normalement Pjanić est sur la pente descendante et Arthur sur la pente ascendante au moins jusqu’à 28 ans. Il peut donc être revalorisé et revendu plus cher aussi", déclare Pierre Rondeau.

Et le spécialiste de l’économie du sport d’ajouter : "de la même manière que pour renégocier le contrat. Arthur va sans doute rester plus longtemps et la Juventus va échelonner la dépense non pas sur trois ans, mais sur le nombre total d’années prestées par le joueur dans le club. Pour Pjanić, il lui reste normalement quatre ans maximum de carrière à haut niveau. L’intégration du transfert est donc plus importante pour le Brésilien."

Pjanić - Arthur cela se joue au-delà de l’aspect sportif

Arriver il y a deux ans maintenant pour 30 millions d'euros, Arthur Melo était censé prendre la relève d’un certain Andrès Iniesta. Force est de constater que deux saisons plus tard, le milieu brésilien n’a pas convaincu le board de le garder. Pourtant, au milieu de toutes les stars de l’équipe, Arthur a quand même réussi à disputer 72 rencontres sous la tunique blaugrana. Et si finalement derrière l’aspect sportif, il n’y avait pas une autre idée, plutôt économique cette fois-ci ?

Pjanić - Arthur, où comment contourner le fair-play financier tout en le respectant

Car c’est sans doute là que la question du transfert se joue. On le sait, les finances des deux clubs ne sont pas au mieux. Du côté du Barça, les derniers mercatos sont un désastre financier qui a plombé les comptes. Et du côté de la Juventus, il faut amortir une masse salariale importante depuis l’arrivée d’un certain Cristiano Ronaldo. Avec cet échange, les deux clubs réécrivent les lignes comptables en leur faveur.

"Si sur l’aspect du jeu je ne sais pas juger, du côté des finances, c’est tout bénéfice pour les deux clubs. Par rapport à la conjoncture actuelle, ils vont pouvoir répercuter la perte du joueur par le gain. Pour comprendre ça, il faut chercher du côté comptable. Le premier élément quand on achète un joueur, c’est qu’on l’inscrit dans ses comptes en passif. Le transfert est divisé par le nombre d’années de contrat. Si Arthur a coûté 30 millions et qu’il a signé pour six ans, c’est cinq millions par an. Comme il est resté deux ans, il a donc coûté dix millions et il reste vingt millions à payer (Après deux saisons passées au club, la valeur comptable d’Arthur est encore de 20 millions). Or, le joueur est vendu 70 millions. La plus value est donc de 50 millions", continue Pierre Rondeau.

Pour la Juventus, la vente de Pjanić au FC Barcelone lui permet de dégager une plus-value, inscrite sur l’exercice comptable 2019-2020, de 47 millions d’euros (il lui restait deux ans de contrat à 6,5 millions par an). On est bien loin d’un bénéfice de 12 millions d’euros pour le Barça.

Pour les deux clubs, en fait, peu importe en combien d’années ce transfert va être payé, puisque l’indemnité totale de transfert est directement inscrite dans les lignes de compte. C’est finalement une manière d’améliorer les finances du club avant la clôture de l’exercice comptable 2019-2020. Grâce à ça, les deux clubs restent dans les clous du Fair-play financier.

Pjanić - Arthur, c’est ce que les Italiens appellent la "double opération"

Cela permet de procéder à de très belles plus-values au niveau du bilan comptable de la saison qui s’achève au 30 juin. La rentrée d’argent (somme de la transaction de transfert) est inscrite dans le bilan directement au contraire du coût du nouveau joueur qui est lui est étalé sur plusieurs années (la durée du contrat est de 4 ans pour Pjanić au Barça).

Le Barça sauve son bilan financier parce que le club a besoin de dégager du cash avec ses trois plus gros joueurs (en valeur de transfert) qui ne jouent pas… Griezmann, Dembele et Coutinho (400 millions à eux trois). En Italie, les clubs arrivent à contourner le fair-play financier mais aussi pour les plus petits clubs, à décrocher leur licence. Cette pratique existe en Italie depuis plusieurs années et s'appelle la double opération.

Par exemple via des échange (ou ventes) de (jeunes) joueurs avec obligation de rachat un an ou deux ans plus tard moyennant une certaine somme sont aussi légion. Souvent le prix de ces transferts de jeunes est soit gonflé, soit très bas. C’est notamment comme cela que Zaniolo est arrivé à la Roma dans le deal Nainggolan ou encore que Barella a été transféré de Cagliari à l’Inter (prêt payant de 10 millions et rachat officiel un an plus tard pour 40). Chez nous, on peut aussi citer l’exemple de Vanheusden au Standard (avec obligation de rachat à l’Inter).

Pjanić - Arthur, un exemple parmi d’autres qui risque de se pérenniser

"Ce n’est pas contourner le fair-play financier, mais c’est une adaptation conjoncturelle face aux règles. L’optimisation fiscale, ce n’est pas illégal. Et le règlement ne l’interdit pas. Au contraire, avec cette pratique, on peut éviter des dépenses fastueuses. Et avec la crise actuelle, les clubs s’adaptent et contournent une règle prescrite. Il n’y a pas de fraude, c’est plutôt une bonne idée comptable qui devrait probablement continuer car à l’heure d’aujourd’hui, on veut minimiser la facture. Il y a une contrainte qui veut que l’on cherche des solutions de remplacements et cela pourrait perdurer en cette période de crise économique", conclu Pierre Rondeau.

Si les supporters du Barça ne doivent quand même pas se plaindre de l’arrivée d’un tel joueur, si on réfléchit en termes d’âge et de positionnement, c’est bien la Juventus qui a fait la meilleure affaire. Un transfert qui devrait jouer lors des prochaines élections au Barça en 2021. Elections pour lesquelles Josep Bartomeu risque de perdre beaucoup.

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