Michy Batshuayi, Aleksandar Mitrovic, Erling Haaland, ces buteurs double face

"Avoir le sens du but, c’est inné". Cette phrase fait partie du lexique footballistique. Pourtant en fonction des circonstances, un même joueur peut parvenir ou non à exprimer son efficacité face aux filets adverses.

Michy Batshuayi et Aleksandar Mitrovic, irrésistibles en sélection et à la peine en club, ou Erling Haaland, collectionneur de goals avec Dortmund et moins percutant avec la Norvège, illustrent ce paradoxe.

Quand il endosse la vareuse belge, Batsman est transfiguré, comme touché par la grâce. Rien ne lui résiste et surtout pas les gardiens adverses. Il tourne à un but toutes les 69 minutes. Renversant. C’est le Michy côté pile. Le Batshuayi côté face – en club – est moins brillant. Sa moyenne descend à une réalisation toutes les 153 minutes. Plus étonnant, malgré des stats honorables, il ne parvient pas à s’imposer dans la durée en club.

Aleksandar Mitrovic campe aussi le rôle de docteur Jekyll et Mister Hyde des rectangles (un but toutes les 120 minutes en sélection, toutes les 188 minutes en club). Et le trait se renforce ces derniers mois : aucun but marqué en 24 apparitions avec Fulham, 24 buts lors de ses 24 dernières sélections (1 but toutes les 83 minutes).

Batshuayi-Mitrovic, des "anomalies" dans le foot moderne

Deux exemples qui vont à contre-courant de la tendance du football moderne, comme Romelu Lukaku.

Lionel Messi, Cristiano Ronaldo, Robert Lewandowski ou Erling Haaland, pour ne citer que ces noms-là, sont tous plus performants (voir tableau ci-dessous) avec leur(s) club(s).

Le bulldozer viking enquille les buts et les records de précocité avec le BVB. Alors quand il reste muet trois matches de suite avec la Norvège, cela ne passe pas inaperçu.

En Belgique, un joueur a incarné cette différences de rendement en club et en équipe nationale : Luc Nilis. Incontournable à Anderlecht et au PSV, il n'a pas toujours eu les faveurs des sélectionneurs. "Il n'avait pas la même confiance qu'au Sporting. Pourtant, les occasions étaient présentes mais l'efficacité n'était pas au rendez-vous (il a attendu sa 25e cape pour marquer, ndlr). Il tombait sur un gardien dans la forme de sa vie ou il manquait de chance." Ces petits détails qui s'accumulent et qui finissent par faire naître le doute. Le pire ennemi du buteur.

Joueur Moyenne en sélection moyenne en club
Cristiano Ronaldo (Portugal) 132 minutes 108 minutes
Lionel Messi (Argentine) 164 minutes 94 minutes
Robert Lewandowski (Pologne) 137 minutes 113 minutes
Romelu Lukaku (Belgique) 96 minutes 151 minutes
Michy Batshuayi (Belgique) 69 minutes 153 minutes
Aleksandar Mitrovic (Serbie) 120 minutes 188 minutes
Erling Haaland (Norvège) 128 minutes 88 minutes
Luc Nilis (Belgique) 358 minutes 133 minutes

4-4-3, 3-4-3, des différences au-delà des chiffres

Système de jeu, automatisme, niveau des équipiers, confiance du coach, ou motivation, les explications de ces performances à deux vitesses sont nombreuses.

Crystal Palace ne joue pas comme les Diables et la Serbie n’évolue pas comme Fulham. Entre le 4-4-2 de Roy Hodgson et le 3-4-3 de Roberto Martinez, les options de jeu et le pressing et l’occupation de terrain diffèrent. Avec tout le respect dû aux Eagles, le talent présent sur la pelouse n’est pas non plus le même. Le style dominant prôné par "Bobby" Martinez convient mieux à Batshuayi, c’est une évidence. "L’animation est différente. Et il reçoit des ballons 100 fois meilleurs qu’à Crystal Palace", souligne Philippe Albert.

Cela se passe aussi entre les deux oreilles.
Michy ne s’en cache pas. "Chez les Diables, j’ai une confiance de la part du coach que je n’ai pas à Crystal Palace".

Plus soutenu, mieux entouré, plus aimé, Batsman donne le meilleur de lui-même. "Pour Michy, l’équipe nationale est une bouffée d’oxygène. Il retrouve ses potes. La hiérarchie est clairement établie. Il sait qu’il est le N.2 derrière Lukaku. Mais il sait qu’il va jouer. A Crystal Palace, il s’entraîne toute la semaine sans recevoir sa chance. Il doit s’ennuyer. Cette confiance du coach et des joueurs, le libère", analyse Philippe Albert.

Ces remarques valent aussi pour Mitrovic. L’ex-Anderlechtois est plus performant quand son équipe domine. Englué dans la lutte pour le maintien à Fulham, le buteur n’a pas le même impact (26 buts en 40 matches) que la saison dernière en Championship quand les Cottagers jouaient les premiers rôles. Il retrouve en équipe nationale des joueurs comme Tadic, Milinkovic-Savic ou Kostic pour le placer en position idéale. La fierté et la motivation de défendre les couleurs nationales font le reste.

Certains de ces arguments s’inversent pour Haaland qui ne peut pas compter sur les caviars de Sancho, la présence de Reus ou les passes de Delaney pour alimenter son compteur avec la Norvège. Habitué à jouer pour les trophées, il porte quasi à lui seul les espoirs de la nation. Qui se résument à des rêves de qualifications pour un grand tournoi.

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