Dimitri De Condé: "Oui, Genk pouvait gagner l'Europa League…"

"Dimitri De Condé se livre au jeu du selfie"
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"Dimitri De Condé se livre au jeu du selfie" - © RTBF.be

Il a porté les couleurs du Standard, de Charleroi et des 4 grands clubs limbourgeois. Depuis 2 ans Directeur Technique de Genk, il perpétue la fameuse filière à pépites limbourgeoise. Sorti en quart de finale d’Europaligue, il évoque sa passion pour le foot à l’espagnole, André Cruz, les bisous wallons et l’importance… des chaussures noires. Dimitri De Condé passe "Sur le Gril".

Un but. Un tout petit but. Comme pour Anderlecht à Old Trafford, ce petit pion aura manqué au Racing Genk face à Vigo pour s’offrir un dernier carré d’Europaligue. Pourtant, il y croyait, le DT genkois. "Dès le tour préliminaire, à Buducnost au Monténégro, on a frôlé l’élimination aux tirs au but. Puis notre jeune équipe a pris confiance avec son jeu dominant, et malgré son manque de maturité. Et avec un maximum de réussite, j’ose dire qu’on aurait pu… gagner l’Europa League. On veut même garder l’équipe pour faire encore mieux l’année prochaine et jouer le titre en Belgique."

Aujourd’hui, le football belge s’est resitué sur la carte, grâce aussi à Gand l’an passé. "Notre championnat est beaucoup plus difficile qu’on le dit, il mixe la technique, le tactique et le physique et est très fermé, ce qui explique les critiques sur son manque d’attractivité. Mais je voyage beaucoup et j’entends beaucoup d’éloges : croyez-moi, notre compétition n’a rien à envier à pas mal d’autres."

SMS en live

Car c’est l’éternelle rengaine : le succès aiguise les appétits étrangers. "Durant le match aller à Vigo, je recevais des SMS d’agents pour nos joueurs. Notre compétition ne draine pas assez de droits télé : à Genk, nous sommes obligés de vendre pour plusieurs millions chaque année pour équilibrer notre budget, mais notre modèle basé sur la formation nous permet de produire notre propre richesse. Le club est sain financièrement, et avec les rentrées de l’Europaligue, nous ne sommes pas obligés d’accepter toutes les offres."

Ex-n°10, Dimitri De Condé affiche 350 matches joués en D1, dont près de 200 sous les couleurs rouches et zébrées. Il n’a jamais oublié cette période : "J’ai passé 7 ans magnifiques en Wallonie, je retiens surtout la chaleur des gens, on se disait bonjour en se faisant des bisous, les Flamands et les Wallons ont des images faussées les uns des autres, sans doute à cause du rendu qu’en font les médias et la politique."

A Sclessin, où il crécha entre 20 ans et 24 ans, il a côtoyé celui qui reste son maître : "André Cruz était un seigneur, il avait la vitesse, la vista, la lecture, le charisme et bien sûr les pieds. Je n’ai jamais revu un joueur de son niveau."
 

Du Pays Basque au Limbourg

Inspiré par l’Atletic Bilbao pour sa filière régionale ("On veut être l’emblème d’une région et imprégner nos talents de cette mentalité du Limbourg qui associe travail et réalisme sans arrogance"), Genk a trouvé son régisseur au-delà des Pyrénées. "J’ai vu jouer Pozuelo 15 minutes avec le Rayo Vallecano et cela m’a suffi pour être convaincu. Pourtant, il ne jouait quasi pas et n’avait pas de club pour la saison suivante, on l’a donc eu gratuitement. Aujourd’hui encore, j’ignore toujours s’il est droitier ou gaucher, tant il joue des deux pieds avec une haute technicité. Tielemans est sans doute plus constant et Izquierdo plus imprévisible, mais je considère Pozuelo comme le meilleur joueur de Belgique. Nous travaillons actuellement à prolonger son contrat."
En janvier, De Condé a également sorti de son chapeau 2 maillons forts de son onze actuel. "La venue de Mathew Ryan est un coup du hasard : il cherchait du temps de jeu et connaissait notre compétition, je lui ai juste demandé s’il voulait être un leader de notre jeune équipe. Je ne sais même pas s’il a reçu une offre de Bruges et Anderlecht. Dès le premier jour, il a impacté le vestiaire, c’est un super-pro qui prolonge chaque séance et s’entraîne même le matin de chaque match. Ce sera difficile de le convaincre de rester, mais tout dépendra de nos ambitions sportives."

Du basket au foot

La venue du Norvégien Berg est une sacrée découverte. "Il a la culture du sport de haut niveau puisque ses parents sont d’anciens internationaux de basket. Il jouera très haut car il est réaliste et il a eu l’intelligence, contrairement à d’autres, de comprendre qu’il progresserait mieux via un club intermédiaire comme le nôtre."

La relation à Leon Bailey est évidente. "J’ai dirigé Bailey durant 2 ans chez les U17, il a une excellente mentalité contrairement à ce qu’on dit. Mais il n’acceptait pas de rester dès le moment où Ndidi avait obtenu notre feu vert pour s’en aller. Leon est en train de comprendre à Leverkusen qu’il doit vivre comme un vrai pro s’il veut atteindre le top européen que son talent mérite."

Un autre gaucher, ukrainien, a fait oublier le petit Jamaïcain : "Malinovskiy avait crevé l’écran avec son club contre Charleroi il y a 2 ans, il m’avait épaté. Quand je l’ai contacté, il savait déjà tout de Genk et avait faim de réussir. Ce gros travailleur pourrait déjà gagner des fortunes dans de grands clubs, mais lui aussi veut progresser sagement."

Vendre… le moins possible

Sa fonction de relais entre le coach et la direction amène inévitablement De Condé à lutter face aux crève-cœur. "Je reste fondamentalement un amoureux du foot, je veux toujours bâtir la meilleur équipe possible… et la faire progresser pour gagner des trophées, pas pour faire du bizness. D’ailleurs, j’ai posé comme condition lors de ma signature de ne jamais être impliqué dans les négociations financières : seul les projets sportifs m’intéressent. Je suis fier des joueurs qui explosent chez nous mais ça me fait du mal de les voir partir."

De Condé détient aussi sa Licence pro de coach… qu’il avait commencé à préparer dès son époque de joueur à Charleroi. "Je suis arrivé à Genk en dirigeant les jeunes, et la relation quotidienne avec les joueurs et le terrain me manquent. Mais j’aime aussi ma fonction actuelle, qui me permet d’être garant d’une philosophie au lieu d’être dépendant des résultats."

À Genk, De Condé dirige le scouting des joueurs… mais aussi celui des entraîneurs. "Pour ne pas être surpris par un limogeage ou un départ de coach, on a toujours une liste actualisée d’entraîneurs épousant le profil que l’on désire. Quand on a dû virer Peter Maes, on avait déjà la solution Albert Stuivenberg : c’est un homme passionné, une bête de travail, qui exige de la rigueur et défend un football clair, soigné et basé sur les jeunes."

Petit mais technique

Mais le recrutement et la formation à la genkoise frappe surtout chez les joueurs. "Le premier critère pour nos scouts est la qualité technique : je dis toujours qu’un joueur de Genk doit d’abord avoir de bons pieds. Il doit aussi avoir la mentalité idoine : avoir faim de succès et surtout la volonté permanente de progresser, qu’il ait 18, 26 ou 35 ans. Chez nos jeunes aussi, on privilégie les joueurs techniques, même s’ils sont petits ou frêles. Car le physique s’acquiert. Pas le talent."

L’Académie Jos Vaessen, qui a livré des prodiges comme De Bruyne et Courtois, a aussi son fil rouge bien tracé. "On veut de la discipline et du respect : pas question de se balader avec des casques sur les oreilles, pas question de jouer avec des chaussures de couleur, ce sont des chaussures noires pour tout le monde, car la priorité est le foot, pas le look. Et le respect pour les équipiers : personne n’est au-dessus de l’équipe et du blason. À terme, cela garantit une bonne ambiance de vestiaire. Et si nous avons un jeune de niveau mondial mais qui n’obéit pas aux règles, nous ne le retenons pas : je suis convaincu qu’avec une mauvaise mentalité, ce joueur échouera ailleurs aussi."

Concurrencer les "Mauves"…

Retour au championnat domestique : depuis ses Play-Offs 2, De Condé souffre. "C’est dur de suivre ces Play-Offs 1 sans en être mais c’est notre faute : on donnera tout pour décrocher l’Europe via les barrages, mais on sait que ce sera très compliqué. D’autant qu’avec plus de 50 matches, le calendrier commence à peser. Même si je trouve que notre équipe est encore fraîche : la fatigue s’oublie souvent avec les bons résultats."

Pour le titre, il donne déjà le futur lauréat : "Anderlecht est le club le plus stable, avec le meilleur noyau et les plus grands talents mais est aussi une équipe capable de prendre les points sans jouer de foot attractif. Le Sporting ne peut pas perdre ce titre." Une lutte à laquelle le Racing veut se mêler l’année prochaine. Sans forcément être européen…


"Sur le Gril", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité le vendredi soir à 20h10, le samedi soir à 22h10 et le dimanche vers 16h30. Et le lundi en télé dans La Tribune.

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