À Rome, des Buffalos en quête d'éternité

À Rome, des Buffalos en quête d'éternité…
À Rome, des Buffalos en quête d'éternité… - © JASPER JACOBS - BELGA

Rome, mercredi, sous le soleil couchant de l’hiver. Piazza del Popolo, l’une des innombrables grandes places piétonnes de la Cité Eternelle. Les pigeons s’ébattent entre les touristes qui prennent la pose devant la grande fontaine quadrilatérale. Il y a deux ans, le Président de l’AS Roma y faisait trempette pour célébrer, devant les photographes, la victoire plantureuse, façon remontada, qui éliminait Barcelone. Pas sûr qu’Ivan De Witte, le Président gantois, fasse pareil en cas de succès au Stade Olympique… même si son bras droit Michel Louwagie avait osé le grand plongeon dans la Lys quand Gand fut champion en 2015.

À quelques centaines de mètres de la Piazza del Popolo, s’étendent les grands murs du Vatican : ce mercredi, le Pape François y a reçu en audience un visiteur particulier, garni de plumes et tout peinturluré. Benjamin Bundervoet, le supporter faisant office de mascotte buffalo, avait tenté sa chance dès le tirage au sort : un mail envoyé au Secrétariat du tout premier pape actif sur Twitter, une réponse positive il y a quelques jours, et l’affaire était dans le sac.

J’ai demandé au Pape une victoire jeudi soir " raconte le bienheureux… qui n’ignorait sans doute pas que le Souverain Pontife ne rate pas un match de son équipe argentine favorite San Lorenzo, un ex-club de… Nicolas Frutos.

Juste avant la conférence de presse officielle dans les travées du Stadio Olympico, Vadis Odjidja s’esclaffe quand on lui rapporte l’anecdote. " J’ai vu les photos sur Twitter " sourit le capitaine gantois : " C’est un fameux honneur pour notre supporter… et pour le Pape aussi ! Si on doit prier pour nous ce jeudi soir ? Pas besoin : on a les ressources pour faire quelque chose en ne comptant que sur nous-mêmes. "

Quelques instants plus tard, devant la presse belge et italienne, le coach Jesse Thorup ne dit pas autre chose.

On a prouvé précédemment que la Coupe d’Europe nous sublimait, alors que personne ne nous attendait à pareille fête en début de saison, quand nous devions franchir trois tours préliminaires " lâche le technicien danois. " Depuis, nous avons terminé en tête de notre poule… et invaincus. En football, tout est affaire de confiance : mon équipe en regorge, les joueurs se connaissent bien, nous formons un bloc et nous avons prouvé nos qualités offensives et défensives. Mais mon expérience me rappelle qu’en football, 80% des résultats sont dictés par la logique budgétaire : la Roma se classe 13e ou 14e club au classement des masses salariales en Europe. Quand on me dit que cette équipe est en crise, je reste circonspect… "

Et pourtant oui : mardi, le club local a tenu un comité de crise, l’entraîneur Paulo Fonseca (trois fois champion d'Ukraine avec le Shaktar Donetsk) est plus que jamais sous pression après seulement deux victoires sur les neuf derniers matches.

"Je suis venu jouer une fois dans ce stade, mais c’était il y a longtemps : c’était contre la Lazio, un match amical avec Anderlecht" se souvient Vadis Odjidja. Je me rappelle de cette grande piste d’athlétisme… et des supporters de la Lazio, qui étaient très chauds. Avec l’Olympiakos, j’ai aussi affronté la Juventus : après quelques années plus difficile, le football italien est revenu au sommet avec quelques joueurs ‘World Class’ (sic). Et grâce à nos Diables qui jouent ici, on voit souvent des images du Calcio. Ce sont des joueurs qui sont nés avec l’ADN de la gagne et de la ruse tactique. Mais nous avons aussi des qualités et de la flexibilité. Quand il faut mettre le pied, on a les gabarits physiques nécessaires. Et quand il faut jouer au foot, on a les qualités techniques et collectives pour le faire. "

Outre la mascotte, les Buffalos sont venus en nombre : 2.400 fans ont fait le déplacement de Belgique. On est loin des 9.000 supporters présents à Wembley en 2017 face à Tottenham, mais ce contingent reste l’un des plus importants de l’histoire européenne du club. Car la ville tant magnifiée dans les films de Frederico Fellini ne laisse personne indifférent. Et lors du traditionnel dîner de presse prévu chaque veille de match européen, la direction gantoise a aussi rappelé qu’elle espérait plus d’écho aux performances de son équipe.

Sur les 5 dernières saisons, nous sommes premier club belge au ranking UEFA… mais ce sont toujours nos concurrents qui raflent les grands titres des journaux " grimacent à l’unisson le Président De Witte et son Directeur Général Louwagie. " On ne parle que du duel Bruges-Manchester United ou des affaires de Kompany et Coucke à Anderlecht. Au Soulier d’Or, Yari Verschaeren rafle le titre de ‘Révélation de l’Année’ alors que Jonathan David va bientôt battre tous les records de transfert en Belgique. On ne comprend pas ce désintérêt. "

Raison pour laquelle le club gantois a montré les dents dans le récent dossier des droits médias, avant de rentrer dans le rang de la solidarité ?

Mercredi soir, le duo dirigeant gantois s’est bien gardé de revenir sur ce souvenir cuisant du 6 août 2009 : en tour préliminaire d’Europaligue, La Gantoise de Michel Preud’homme buvait la tasse face aux Romains de Francesco Totti. Ce 1-7 mémorable reste la plus lourde défaite buffalo en Europe… et le plus net succès romain.

À l’aller, les Buffalos avaient pourtant entretenu l’espoir en ne s’inclinant que 3-1… après avoir mené à la mi-temps grâce à une rose de Mbaye Leye. Méfiance donc si David devait, ce jeudi soir, ouvrir la marque... Même si la Roma est en crise. Même si Totti n’est plus là.

Dans la Cité Eternelle, les Buffalos sont en quête d’éternité. Avec ou sans le Pape.

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