Super League :  Allô docteur, j’ai mal à mon football…

L’annonce a eu l’effet d’une bombe. Une bombe que nous redoutions au vu du virage toujours plus bling bling que le football (et le sport en général) avait pris, mais qu’on n’osait pas imaginer. L’idée d’une ligue fermée, égoïstement confisquée par certains, non cela ne semblait pas envisageable, du moins pas à court terme. Quelle naïveté...

Aujourd’hui, face à ce coup de force calmement fomenté par 12 clubs, c’est l’essence même du football qui est poussée dans ses derniers retranchements, froidement sacrifiée sur l’autel des ambitions toujours plus vénales de quelques instances minoritaires.

Le football, où quand l’irrationnel devient rationnel

Ce football, qui depuis toujours, aimait colporter fièrement cette image de sport populaire, accessible à tous, fédérateur devant l’éternel et vecteur d’émotions.

Ce football qui - à la base - incarne ce savoureux cocktail de sensations fortes, d’émotions qu’on ne contrôle pas, d’irrationnel, de surprises et de déceptions. Tout spectateur s’est d'ailleurs déjà surpris à s'époumoner devant sa télé pour soutenir le petit David face au grand Goliath en Ligue des Champions ou réjoui de voir une petite équipe (l'Ajax ou l'AS Roma pour ne citer que les exemples les plus récents) se lancer dans un parcours du combattant pour déjouer les pronostics et évincer les “gros”. 

Ces mêmes “gros” qui ont soudainement décidé d’exclure ces opiniâtres trouble-fêtes de leur festin pour se tailler, entre eux, la part belle du lion. Un lion qui, avouons-le, a un arrière-goût bien fade ce lundi soir.

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Une annonce en grande pompe qui fait grincer les dents

La nuit dernière, les douze clubs ont donc fièrement officialisé leur désir d’indépendance et pris leurs distances avec leur ancienne maîtresse, cette “vieille” Ligue des Champions, jadis adulée et aujourd’hui brutalement jetée aux oubliettes, considérée comme désuète et trop peu lucrative. D’un laconique communiqué, ils ont mis au monde leur nouveau bébé : la Super League.

Une Super League, composée de 15 inamovibles clubs + 5 heureux “invités” qui viendraient compléter une bulle (un mot plus que jamais tristement d’actualité…) de 20 participants annuels.

Une Super League qui aurait donc pour but, à peine dissimulé, d’enrichir les plus riches et de créer un goufre encore plus colossal entre les “élus” auto-proclamés et les autres. 

Une Super League qui devrait, à terme, rendre banales les affiches entre les auto-proclamés “gros” et à fortiori enlever le sel de ces rencontres, appréciées pour leur rareté.

Une Super League qui a totalement éclipsé la nouvelle réforme de la Ligue des Champions,  annoncée dans l’anonymat le plus total ou presque et qui pourrait susciter, elle aussi, quelques critiques au vu de son nouveau format ubuesque.

Une lutte de pouvoir...qui crée un goufre rédhibitoire ?

A peine annoncée, la Super League est dans l'oeil du cyclone, vilipendée d'une voix commune par les instances, les joueurs, les entraîneurs et les supporters. Survivra-t-elle à ce lot de critiques et à ces dents toujours plus grinçantes pour voir le jour à court voire moyen terme ? Rien n'est moins sûr.

Mais une chose est sûre, c'est que la guerre avec l'UEFA est définitivement déclarée. Et que le gouffre entre ces douze clubs et le reste du monde semble abyssal. Des clubs qui ont préféré bafouer leur riche histoire (faite de hauts et de bas) au profit de l'argent et des sémillantes paillettes du football moderne. Ces mêmes clubs qui avaient pourtant œuvré ensemble pour une réforme de la Ligue des Champions avant de lever les voiles vers un vase clos sans doute plus lucratif mais si frustrant pour le spectateur. Sombre paradoxe...

Alors, aujourd'hui docteur, permettez-moi de vous dire que le jeune supporter qui sommeille en moi, a mal à son football. Pourquoi ? Parce que probablement qu'en mon for intérieur, je suis (déjà) nostalgique de ces nombreuses soirées féeriques passées à zieuter la Ligue des Champions. 

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