La Champions League vote contre le Brexit

La Champions League contre le Brexit
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Manchester United, Tottenham, Manchester City et Liverpool tous qualifiés pour les 1/4 de finales de la Champions League. Quatre clubs d'un même pays réunis à ce stade, déjà avancé, de l'épreuve. Du jamais vu depuis dix ans ! En 2009, c'est déjà l'Angleterre qui avait fourni la moitié des représentants (avec, à l'époque, Chelsea et Arsenal à la place de City et Tottenham). Dans un contexte politique marqué par le Brexit, l'Angleterre pourrait bien faire un pied de nez à l'Histoire et voir l'un des siens décrocher le plus prisé des trophées européens.

Parlez-en aux Allemands, la déferlante bristish a tout renversé sur son passage : Dortmund (renversé par Tottenham), Schalke (baladé par Man City) et même le tout-puissant Bayern (dégoûté par Liverpool), tous ont subi les foudres anglaises.

Cet impressionnant tir groupé autorise les plus beaux rêves car si ManU et, encore plus, Tottenham, charrient une étiquette d'outsider, Liverpool et City font figure de véritables favoris de l'épreuve, au même titre que Barcelone ou la Juventus.

Ces dernières saisons, les clubs britanniques ont alterné le bon et le moins bon. Témoin, une présence très fluctuante en 1/2 finales : 2010 personne, 2011 ManU, 2012 Chelsea, 2013 personne, 2014 Chelsea, 2015 personne, 2016 Man City, 2017 personne, 2018 Liverpool) et des lauriers encore plus rarement coiffés. Sur les 20 dernières éditions, l'Angleterre n'a remporté le trophée qu'à 4 reprises (ManU 1999, Liverpool 2005, ManU 2008, Chelsea 2012).

Le tirage au sort de demain (prévu à Nyon, à 12h00) permettra d'y voir plus clair quant aux ambitions objectives des uns et des autres. Car en plus des 1/4 de finales, la route des demis sera également tracée, comme dans un tableau de tennis.

A ce stade, tout est encore envisageable pour les insatiables britanniques.

- Manchester City (qui reste sur 6 victoires consécutives en Premier League) est toujours en lice pour un quadruplé historique (FA Cup, League Cup, titre national et Champions league). Le club rêve de retrouver Liverpool en 1/4, comme la saison dernière, et d'y prendre sa revanche.

- Liverpool (dont la dernière défaite en championnat remonte au 3 janvier), rêve d'une nouvelle apothéose à Madrid (un an après avoir échoué contre le Bayern à Kiev). Son trio magique Salah-Mané-Firmino peut l'y emmener.

- Tottenham (qui cale un peu dans sa ligue domestique, avec une dernière victoire remontant au 10 février) n'a rien à perdre, ce qui peut faire sa force.

- Manchester United, quant à lui, revit depuis la nomination d'Ole-Gunnar Solskjaer comme entraîneur le 19 décembre. Sous sa direction, il n'a connu qu'une seule défaite en 13 matchs de Premier League. Ses stars ont retrouvé un plaisir de jouer, jusque là bridé par Mourinho. ManU pourrait bien être le "client inattendu".

Des investissements qui payent

Depuis 2016, les droits TV de la Premier League ont explosé, faisant du championnat anglais le plus riche du monde. La manne a permis aux clubs de se lancer dans une impressionnante course à l'armement, en plus d'aller chercher des entraîneurs réputés sur le continent, comme le Catalan Pep Guardiola à City ou encore l'Allemand Jürgen Klopp à Liverpool.

Etrangers aux aussi, le Norvégien Ole Gunnar Solskjaer (Manchester United) et l'Argentin Mauricio Pochettino (Tottenham) ont néanmoins fait leurs classes dans le championnat anglais.

Grâce à la richesse de leur propriétaires aboudabiens, les "Citizens", ont attiré les Sané, Stones, Walker, Ederson, Mendy ou Laporte ces dernières saisons pour aller chercher le titre de champion d'Angleterre, tout en pratiquant un jeu envié sur toute la planète.

Des stars à la pelle 

Propriété du Fenway Sports Group (Boston Red Sox, Fenway Roush Racing, etc.), Liverpool, déjà finaliste de la compétition reine l'année dernière, a lui pu dépenser 60 millions pour son gardien Alisson, six mois après avoir fait de Van Dijk le défenseur le plus cher du monde (84 M EUR). Klopp a aussi renforcé son milieu de terrain cet été en allant chercher Fabinho et Naby Keita pour plus de 100 millions d'euros. 

Renaissant depuis l'arrivée de Solskjaer sur le banc en décembre, Manchester United, détenu par une famille américaine (les Glazer), a bénéficié des centaines de millions dépensés par son célèbre prédécesseur, José Mourinho. Le Portugais avait fait venir Pogba, Lukaku ou encore Matic, le Norvégien a su les raviver pour humilier le PSG et atteindre les quarts. 

Plus discret, Tottenham s'est lui inscrit dans un développement plus lent, en faisant confiance à Pochettino, en place de depuis 2014 et une génération dorée de joueurs anglais (Kane, Alli, Dier, Rose, Trippier). Côté investissement, les propriétaires britanniques du club londonien ont choisi le long terme en dépensant 900 millions d'euros dans une nouvelle enceinte, dans laquelle ils devraient pouvoir s'installer pour les quarts.

Et l'équipe nationale ?

Cette montée en puissance des clubs anglais ne fait pas que des heureux. Les "Trois Lions" n'en profitent pas forcément... Exactement l'inverse de la Belgique où l'équipe nationale performe, alors que les clubs plafonnent.  

Déjà en partie poussés vers des clubs périphériques en raison de l'afflux de stars étrangères, les joueurs anglais vont donc s'épuiser en Europe. Une "réussite" qui pourrait plomber les performances de l'Angleterre lors de la phase finale de la Ligue des nations en juin. 

La finale de la C1 se déroulera à Madrid le 1er juin, la demi-finale des "Trois Lions" aura lieu cinq jours plus tard à Guimaraes, contre les Pays-Bas. 

Selon Gareth Southgate, cela pourrait bien générer un beau "bazar". "Disons que deux de nos équipes atteignent la finale de la Ligue des champions", s'inquiète le sélectionneur des demi-finalistes du Mondial-2018. "Nous ne les verrions pas (les joueurs) avant le lundi, au mieux, pour un match le jeudi." 

"On s'est qualifié il y a six mois, c'est une super opportunité de gagner quelque chose, et ensuite, on n'aurait pas la possibilité de réunir l'équipe", regrette-t-il. "Et avec l'émotion, est-ce vraiment réaliste de penser aligner ces joueurs le jeudi suivant?"

 

Beaucoup, en Europe, verraient ça comme un problème de riches. Un problème qui pourrait ne plus se poser quand le Brexit sera d'application...

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