Champions League dames : Oshoala, guerrière tenace, du Nigeria jusqu'au Barça

Asisat Oshoala et le Barça s'étaient inclinés l'an dernier contre Lyon en finale de la Champions League féminine
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Asisat Oshoala et le Barça s'étaient inclinés l'an dernier contre Lyon en finale de la Champions League féminine - © TOBIAS SCHWARZ - AFP

A force de "ténacité", Asisat Oshoala a surmonté les réticences familiales dans son pays natal, le Nigeria, pour devenir une figure emblématique du foot féminin : sur les terrains et en dehors, l’attaquante du FC Barcelone n’abandonne jamais son équipe, ni les siens. Une vraie guerrière.

Vendredi contre l’Atlético en quart de finale, la joueuse de 25 ans retrouve la Ligue des champions, une compétition particulière pour celle qui est devenue la première Africaine à marquer en finale de Coupe d’Europe. C’était le 18 mai 2019 à Budapest, quand elle est sortie du banc pour adoucir la défaite (4-1) contre l’OL grâce à un but pour l’honneur. Pour l’histoire, aussi, et surtout pour donner corps à l’une de ses maximes préférées : "Never give up" (n’abandonne jamais).

Car il a fallu une détermination sans faille à la native d’Ikorodu, un quartier pauvre et surpeuplé de la périphérie de Lagos, mégalopole de 20 millions d’habitants, pour faire du ballon rond sa profession : "Mes parents étaient opposés à ce qu’Asisat fasse carrière dans un sport majoritairement masculin, parce que c’était une fille et que nous sommes de fervents musulmans, mais elle a refusé d’abandonner son rêve", explique à l’AFP son grand frère Abdulbasic, vantant sa "ténacité".

"Je dois admettre que cela a causé beaucoup de disputes avec ma mère, mais j’ai poursuivi mon chemin", a reconnu l’intéressée dans un récit autobiographique publié sur le site du club barcelonais.

Issue d’une fratrie de sept enfants, élevée par des parents commerçants dont un père polygame, Oshoala a franchi un à un les obstacles dans un pays où la pratique féminine reste mal vue. En 2016, le vice-président de la Fédération avait ainsi associé les mauvais résultats de la sélection à la prétendue homosexualité de joueuses, y voyant une punition divine.

 

Disciplinée et ambitieuse

"Superzee", comme la surnomment ses coéquipières, a tapé ses premiers ballons à l'école et dans la rue avant d'intégrer son premier club, le FC Robo de l'entraîneur Emmanuel Osahon. "Ce qui a attiré mon attention, c'est à quel point elle était en forme et athlétique", se souvient celui qui affirme l'avoir repérée dans un tournoi à Lagos. "Je ne suis pas surpris qu'elle soit allée aussi loin ensuite, car elle est très disciplinée, concentrée et ambitieuse", dit-il à l'AFP.

Après un passage par les Rivers Angels, le club phare du foot féminin au Nigeria, Oshoala part à l'assaut de l'Angleterre dès 2015, à Liverpool puis Arsenal. "J'avais d'autres propositions, mais comme je ne parle qu'anglais, j'ai choisi cette option", explique la meilleure buteuse du Mondial-2014 des moins de 20 ans, révélant au passage avoir fait un essai au PSG après la compétition.

La globe-trotteuse a ensuite tenté brièvement l'aventure en Chine, sous les ordres de Farid Benstiti à Dalian, avant de revenir en Europe poser ses valises au Barça début 2019.

"J’aime le changement"

"C’était un moment magique de pouvoir venir ici", savoure l’attaquante qui a la bougeotte, jusqu’au bout des cheveux : "Ils sont orange en ce moment, mais la semaine prochaine ils seront peut-être rouge, rose ou jaune. Pour aucune raison particulière, juste parce que j’aime le changement".

C’est justement au nom du changement que la N.8 des "Super Falcons" s’est investie au Nigeria, à travers une fondation qu’elle a créée pour soutenir les jeunes filles désireuses de jouer au foot. A Lagos, la "Asisat Oshoala Foundation" multiplie les initiatives sportives, éducatives, sociales et médicales en faveur des footballeuses en herbe, avec le soutien financier de son sponsor Nike notamment.

"Nous ne travaillons qu’avec des filles car les garçons ont de toute façon suffisamment d’opportunités. Je leur parle, je joue avec elles, j’essaie de leur donner plus confiance en elles et de leur trouver un club […] C’est ma petite contribution pour aider les filles à Lagos", affirme la triple championne d’Afrique en titre.

Élue meilleure joueuse africaine en 2019 pour la 4e fois, celle qui a déjà remporté trois fois la Coupe d’Afrique des Nations et disputé les huitièmes de finale de la dernière Coupe du Monde avec le Nigeria n’oublie pas non plus sa famille. Avec ses salaires gagnés à l’étranger, elle a pu offrir une maison à sa mère à Ebute-Metta, un quartier de Lagos. De quoi effacer les disputes du passé…

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