Road To Euro 19/24 : L’Italie a jeté le 'catenaccio' aux oubliettes et placé la jeunesse au pouvoir pour se refonder

Plus que quelques heures avant le début de l’Euro 2020 ! Pour planter le décor, la RTBF vous propose la présentation d’une équipe qualifiée pour la compétition. Quel a été son parcours en qualifications ? Son histoire avec l’Euro ? Sa star ? Ses chances d’aller au bout ? Vous saurez tout, c’est parti pour notre Road to Euro.

1. Une reconstruction rapide après la déception mondiale

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Presque quatre ans après ce maudit 13 novembre 2017, l’Italie a complètement changé de visage. La déception après la qualification manquée pour la Coupe du monde 2018 a progressivement laissé place à une nouvelle vague d’enthousiasme autour d’une équipe rajeunie et aux ambitions retrouvées.

Après avoir salué Gian Piero Ventura, commandant de bord mal-aimé qui avait mené l’Italie vers le naufrage suédois, la 'Squadra' a pris le temps de se reconstruire en évinçant au passage le président de sa fédération Carlo Tavecchio.

Ce vaste chantier destiné à faire briller à nouveau l’écusson vert-blanc-rouge a été confié à Roberto Mancini. Après un départ en sourdine (1 succès lors des 6 premiers matches), l’ancien coach de l’Inter et de Manchester City a aligné 22 rencontres sans défaite en ajoutant la manière au traditionnel pragmatisme italien.

Au-delà du bilan comptable, c’est le message qu’il a tout de suite voulu lancer qui a séduit les Italiens. Le 'Mancio' n’a pas peur de responsabiliser les jeunes et n’hésite pas – à l’instar de Roberto Martinez – à convoquer très tôt les jeunes talents transalpins. Ainsi en septembre 2018 alors qu’il est encore méconnu du grand public et n’a pas disputé le moindre match en Serie A, le jeune Nicolò Zaniolo reçoit sa première convocation à 19 ans. Il débutera quelques mois plus tard avant qu’il ne commence à s’affirmer solidement dans le Calcio. Même chose pour Sandro Tonali, convoqué par Mancini alors qu’il joue toujours en Serie B avec Brescia.

Au total depuis son arrivée en mai 2018, Mancini va faire débuter 33 joueurs en sélection. Parmi eux, on dénombre le désormais inamovible Nicolò Barella, le diamant brut Moise Kean et des valeurs sûres comme Domenico Berardi, Stefano Sensi, Alessandro Bastoni, Manuel Locatelli et Emerson Palmieri.

Autant de joueurs qui auront permis à la 'Nazionale' d’approcher cet Euro 2020 de manière optimale et de se qualifier au passage pour le Final 4 de Nations League.

Après les trois dernières débâcles mondiales (2010, 2014, 2018), les 'Azzurri' auront-ils les ressources pour briller au niveau européen ?

2. L’histoire à l’Euro : renouer avec la victoire 53 ans après

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Nombre de participations : 10/16

Victoires : 1 (1968)

Finales : 2 (2000, 2012)

Dernière participation : 2016 (élimination en quarts face à l’Allemagne)

Le brillant passé : C’est à domicile en 1968 que l’Italie remporte le seul titre européen qui figure aujourd’hui à son palmarès… et sans doute le titre le plus rocambolesque de sa glorieuse histoire. Un sacre d’un autre temps marqué par une bonne dose de chance. La demi-finale face à l’URSS entrera en effet dans les annales. Après s’être quittées sur le score de 0-0 au bout de la prolongation, les deux équipes vont être départagées au pile ou face. Le capitaine italien de l’époque Giacinto Facchetti fera le bon choix et enverra la Squadra en finale face à la Yougoslavie. Le scénario fut là aussi très particulier. Après avoir partagé 1-1, les deux finalistes furent invitées à se départager deux jours plus tard lors d’un second duel au stadio Olimpico de Rome. Emmenée par ses légendes Dino Zoff, Gigi Riva, Sandro Mazzola et Gianni Rivera, l’Italie s’imposera 2-0 pour soulever le précieux trophée. Deux ans plus tard, lors de la Coupe du monde de 1970, cette génération de champions battra l’Allemagne en demi-finale au terme d’un match épique avant de s’écrouler en finale face au Brésil de Pelé.

Le souvenir qui fâche : La Nazionale a perdu deux finales de l’Euro dans son histoire mais la déception engendrée par ses deux désillusions n’est pas comparable. A l’Euro 2000, la sélection guidée par Dino Zoff avait toutes les cartes en main pour décrocher le deuxième titre de son histoire. Un rêve qui s’est évanoui tout près du but. Après avoir résisté à 10 contre 11 aux Néerlandais en demi-finale et avoir assisté aux miracles de Francesco Toldo, les supporters italiens sont convaincus que la chance est de leur côté… comme 32 ans plus tôt. Lors de la finale face à la France – qui les avait éliminés en 1/4 de finale du Mondial deux ans plus tôt – c’est Marco Delvecchio qui met les Transalpins sur orbite en ouvrant la marque à la 55e minute. L’Italie croit tenir son nouveau héros d’un soir dans une sélection pleine de stars (Del Piero, Totti, Inzaghi, Maldini, Nesta, Cannavaro). Tout un peuple prêt à exploser qui ne jubilera finalement pas. A la 93e minute, Sylvain Wiltord poignarde les Italiens en envoyant les Bleus en prolongation. A genoux, la 'Nazionale' ne se remettra pas de ce but et capitulera définitivement quelques minutes plus tard suite au but en or signé David Trezeguet.

 

3. Les qualifs': un 30 sur 30 qui force le respect

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Bilan : 30 points sur 30, 10 victoires, 0 défaite, 0 partage

Buts marqués : 37 (3e attaque – même nombre de buts que l’Angleterre (2e) qui a joué 2 matches de moins)

Buts encaissés : 4 (3e défense derrière Belgique et Turquie)

► Avec la Belgique, l’Italie est le seul pays à avoir réussi le 30 sur 30 dans ces qualifications pour l’Euro 2020. Il faut dire que la bande à Mancini n’a pas dû affronter une opposition particulièrement féroce. Les Italiens ont ainsi pu terminer sans trop de souci devant la Finlande (18 pts), la Grèce (14 pts) et une très décevante Bosnie-Herzégovine (13 pts). Largués, l’Arménie et le Lichtenstein ont respectivement pris 10 et 2 points.

Si elle a donc globalement surnagé, cette équipe italienne a aussi connu quelques moments de difficulté comme ses succès obtenus en fin de match contre la Finlande (1-2) et la Bosnie (2-1) ou sa victoire laborieuse 1-3 en Arménie malgré une longue supériorité numérique. Des succès arrachés à la 'grinta' par une équipe qui met le collectif devant tout le reste. Avec 19 buteurs différents, l’Italie est l’équipe qui s’est le plus diversifiée devant le goal adverse. Andrea Belotti (4 buts) fait tout de même figure de meilleur buteur de sa sélection durant cette campagne où Federico Chiesa et Leonardo Bonucci ont joué les donneurs d’assists (3 chacun)

Lors de ces qualifications, la 'Squadra' a par ailleurs signé la 4e victoire la plus large de son histoire en s’imposant 9-1 à domicile contre l’Arménie.

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4. La star : Nicolo Barella, l’homme à tout faire d’un collectif sans étoile

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C’est avec le profil d’une équipe soudée et travailleuse que l’Italie se présente à cet Euro 2020. Pas d’Eden Hazard, de Cristiano Ronaldo ou de Robert Lewandowski pour tirer cette équipe italienne vers le haut. Roberto Mancini a soigneusement assemblé et harmonisé une série d’individualités importantes autour du vétéran Giorgio Chiellini, fier capitaine de cette 'Nazionale' qui s’apprête à disputer son dernier grand tournoi avec la 'Squadra'.

Avec son partenaire Leonardo Bonucci, le défenseur de la Juventus assumera le rôle de guide de cette équipe qui s’est surtout basée sur l’alchimie de son entre-jeu pour enchaîner les victoires ces deux dernières années. Le trio Marco Verratti – Jorginho – Nicolò Barella est devenu crucial dans le développement du jeu voulu par Roberto Mancini.

Barella, en particulier, a pris une nouvelle dimension depuis qu’il a reçu la confiance du sélectionneur. Moteur de l’entre-jeu de Cagliari, le petit sarde a commencé à attirer les grosses cylindrées de la Serie A après avoir enchaîné 7 titularisations sous Mancini. En le transférant pour 40 millions d’euros l’été suivant, l’Inter a fait une très bonne affaire. Tout aussi précieux que Lukaku aux yeux d’Antonio Conte, le jeune médian (24 ans) a disputé 36 matches pour les Nerazzurri avec 3 Buts et 9 assists à son actif.

En sélection sa contribution en phase de finition (4 buts et 3 assists en 20 matches) est tout aussi précieuse. Teigneux et habile techniquement, ce petit format (1m72) aux quatre poumons allie qualité et quantité… à l’image de sa sélection.

5. L’avis de l’expert : "Le catenaccio, c’est fini depuis longtemps"

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S’il y a un homme qui a pu observer de très près le changement de mentalité de la Squadra, il s’agit bien de Marco Nosotti. Envoyé spécial de Sky Sport Italia pour suivre l’équipe nationale, le journaliste italien a placé sa tente autour des terrains de Coverciano (le centre d’entraînement de la Nazionale) pour ne rien manquer du parcours effectué par les hommes de Roberto Mancini ces trois dernières années.

Et comme la plupart des observateurs, Nosotti a été séduit par le sélectionneur de la Squadra. "Mancini a été fondamental pour reconstruire cette équipe. Il est venu avec la volonté de repartir sur de nouvelles bases en misant sur les jeunes. En très peu de temps, il est parvenu à ramener beaucoup d’enthousiasme. Il est arrivé en donnant des signaux forts (ex : Zaniolo, Tonali) et avec une vision à long terme (NDLR : il a par ailleurs été confirmé jusqu’en 2026) en axant s on travail sur les jeunes. Depuis qu’il est là, la collaboration avec les équipes d’âge est plus efficace."

Verratti-Jorginho, le jeu avec deux 'playmakers' est l’atout de l’Italie

Pour construire l’Italie de demain, Mancini a voulu ratisser large. "Il a aligné 63 joueurs différents, en a appelé 76 et fait débuter 33", précise Nosotti qui – en bon italien – veut mettre l’accent sur l’évolution tactique de l’équipe. "L’Italie a désormais la volonté de jouer vers l’avant, d’être toujours dans la moitié de terrain adverse. Un déclic qui s’est concrétisé avec le passage au 4-3-3 et l’utilisation du double playmaker. Jorginho et Verratti s’alternent pour construire et leur complémentarité est très précieuse pour commander le match. Ce double playmaker, c’est le principal atout de l’Italie."

Et d’ajouter. "L’Italie de Mancini attaque constamment avec 5 joueurs : les 3 attaquants, un des médians qui s’infiltre (Barella) et un des latéraux qui monte très haut (souvent celui de gauche). Le catenaccio, c’est fini depuis longtemps. La possession de balle n’est plus finalisée à la gestion du résultat mais est bien destinée à aller marquer un but de plus."

Un jeu voué à l’attaque qui porte ses fruits : 62 buts en 28 matches, 14 goals encaissés, 16 clans sheets. "C’est bien la preuve qu’on peut pratiquer un jeu résolument offensif sans perdre notre traditionnelle solidité défensive. On peut d’ailleurs compter sur un grand gardien (Gianluigi Donnarumma) pour sortir les ballons chauds quand il le faut."

L’Italie parviendra-t-elle pour autant à rivaliser avec l’élite du football européen ? C’est la grande question que se posent les Italiens. "Nous avons montré de belles choses face aux Pays-Bas mais les autres équipes que nous avons affrontées étaient plutôt modestes. Les deux seules défaites de l’ère Mancini sont arrivées face au Portugal et à la France. On se demande donc à quel point on peut se rapprocher de ces équipes. A l’Euro, on pourrait avoir des problèmes quand on joue contre des équipes qui – comme nous – veulent construire, garder le ballon et imposer leur suprématie à l’adversaire. Il faudra montrer qu’on peut aller chercher ce ballon face à ces équipes-là. On a hâte de se confronter à ces équipes et les Italiens pensent que le dernier carré est à la portée de la Nazionale."

6. Le groupe : 3 équipes coriaces mais un statut de favorite

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Le groupe A n’est pas le groupe le plus compliqué de cette première phase mais est loin d’être le plus facile. Face à la Suisse, à la Turquie et au pays de Galles, il n’y aura pas la moindre minute pour se relâcher. L’Italie aura l’avantage de jouer ses trois matches à domicile et aura l’honneur d’ouvrir le bal lors du match d’ouverture face à la Turquie, une équipe capable du meilleur comme du pire et qui saura se regrouper devant son but si nécessaire (meilleure défense des qualifs avec la Belgique).

En dépit de ses prestations fluctuantes, la Suisse s’est elle aussi forgée une belle réputation d’équipe en mesure d’inquiéter les gros morceaux. Les Diables rouges en savent quelque chose. Les Gallois partiront eux avec le statut du petit poucet de ce groupe mais espèrent déjouer les pronostics et s’offrir une épopée similaire à celle de 2016.

Pour résumer, il n’y aura pas de match facile pour l’Italie dans ce groupe A mais les 'Azzurri' restent les favoris d’une poule qu’ils devraient franchir s’ils tiennent leur rang.

► ► Chances de survie : 75%

7. Les chances de victoire : ✶✶✶✶

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"Nous allons à l’Euro avec l’objectif de le remporter. Nous sommes l’Italie et on doit toujours se présenter aux grands tournois avec l’objectif de gagner même si au départ nous ne sommes pas favoris. Cela fait partie de notre histoire !" Roberto Mancini n’a pas caché ses ambitions à l’approche de cet Euro 2020. Le sélectionneur italien le répète depuis la fin des qualifications : son équipe a les capacités de soulever le trophée à la fin du tournoi.

La Squadra est toutefois consciente de ses limites et c’est peut-être cela qui la rend plus dangereuse. Derrière la France et la Belgique, l’Italie fait partie des 4-5 équipes outsiders qui s’accordent le droit de rêver. S’ils peuvent compter sur un groupe jeune et insouciant, les Italiens ne pourront sans doute pas compter sur ce capital expérience qui fait parfois la différence dans les grands tournois. Rares sont ceux qui ont déjà disputé un grand tournoi (8 : Chiellini, Bonucci, Florenzi, Insigne, Immobile, El Shaarawy, Verratti, Sirigu) et seulement trois d’entre eux (Bonucci, Chiellini, Sirigu) ont goûté à un dernier carré. Les nouveaux venus parviendront-ils à gérer la pression aux moments-clé de ce tournoi ?

✶ Etoiles de favori : 7/10

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