Michel Renquin : "La Belgique aurait pu gagner l'Euro 80"

La Belgique en finale de l'Euro 80.
La Belgique en finale de l'Euro 80. - © RTBF

C’était le 22 juin 1980. Il y a 40 ans, la Belgique disputait la finale de l'Euro en Italie. Un exploit jamais égalé à ce jour. Après avoir loupé les coupes du monde 74 et 78 ainsi que l'Euro 76, les Diables Rouges ont, dans l'indifférence, enfin réussi à se qualifier pour un grand tournoi international.

Les Diables Rouges ne se faisaient toutefois guère d’illusion à l'heure d'entamer ce tournoi. Il faut dire que les Belges étaient tombés dans un groupe particulièrement relevé avec l’Angleterre, l’Espagne et…l’Italie, excusez du peu !... Pourtant, contre toute attente, la Belgique de Guy Thys va créer la surprise dans cet Europeo 80.

Après un partage décroché méritoirement face à des Anglais emmenés par Kevin Keegan (1-1), les Diables vont l’emporter (2-1) contre les Espagnols avant de décrocher un nul (0-0) face à la Squadra Azzura qui jouait pourtant à domicile. Un parcours remarquable qui propulsa la Belgique en finale vu qu'à l'époque, seulement huit équipes avaient le droit de participer à l’Euro. En finale, l’Allemagne s’imposa sur le fil (2-1).

Horst Hrubesch brisa le rêve de la Belgique en inscrivant les deux buts de la Mannschaft. Le second, de la tête, à quelques minutes de la fin du temps réglementaire. Michel Renquin n’a rien oublié de cette épopée. Le seul joueur francophone de l'équipe a même disputé l’intégralité des matches de la Belgique à cet Euro 80 avant d’enchaîner avec les coupes du monde 82 en Espagne et 86 au Mexique. L'ex-défenseur du Standard a confié ses souvenirs à la RTBF.

 

 

-Michel Renquin, la Belgique a créé la sensation lors de l’Euro 80. On peut même parler d’exploit. Vous avez conscience de ce que vous avez réalisé en Italie il y a 40 ans ?

" Oui, bien entendu. Cela a été le début d’une prise de conscience que la Belgique pouvait réaliser des choses intéressantes sur le plan international. Nous avions une équipe très solide mais beaucoup moins talentueuse que la sélection actuelle des Diables Rouges. Nous formions surtout une bande de copains et ensemble nous avons travaillé dans un climat favorable avec un entraîneur qui avait le don de tirer le meilleur de son groupe. Cela dit, je dois bien avouer qu’on ne s’attendait pas du tout à atteindre la finale de cet Euro. Nous nous sommes qualifiés difficilement pour ce championnat d’Europe et puis nous avons été versés dans le groupe de la mort avec l’Espagne et l’Angleterre mais surtout l’Italie, le pays organisateur. C’était tout sauf évident mais les bons résultats se sont enchaînés et on a commencé à y croire. Notre équipe était très solidaire et remarquablement organisée. C’était notre atout majeur "

 

-L’entraîneur de l’époque, Guy Thys, a donc largement contribué au succès de l’équipe belge dans cet Euro. Manifestement, il avait trouvé la bonne formule ?

" Absolument. Je trouve d’ailleurs que Guy Thys a été un peu trop sous-estimé. C’était un très bon entraîneur sur le plan tactique mais aussi sur le plan humain. Il faisait confiance à ses joueurs même s’il ne modifiait pas souvent son équipe type. Il a en tout cas fait progresser la Belgique. Nous avions aussi un groupe solidaire, comme je l'ai dit, et c’était sa griffe. Il faut dire qu’il n’y avait pas de vedettes dans l’équipe même si certains sortaient un peu du lot comme Wilfried Van Moer ou Jan Ceulemans. Tous les joueurs évoluaient aussi en Belgique. Personne ne jouait (encore) à l’étranger. Nous avions notamment des joueurs du Lierse, du Beerschot, de Beveren, de Waregem et même de Beringen avec Van Moer. Nous étions tous sous contrat avec nos clubs respectifs et nous ne pensions pas à un transfert. C’était bien différent de l’époque actuelle puisque tous les Diables Rouges, ou presque, jouent désormais à l’étranger "

 

-Alors Michel, quand vous débarquez en Italie, quel est l’état d’esprit des joueurs belges ? Vos ambitions étaient quand même très limitées ?

" On ne pensait pas du tout atteindre la finale, c’est clair, mais on ne partait pas non plus battus d’avance. On voulait tout simplement donner le meilleur de nous-mêmes et surtout prouver que nous méritions d’être là. C’est tout. Maintenant, il y avait du caractère dans cette équipe. On a pu le voir d’emblée, lors du premier match contre l'Angleterre. Les Britanniques, un peu trop arrogants, ont commencé à se moquer de nous en montant sur le terrain. Ils rigolaient notamment de notre tenue en trouvant nos shorts trop courts et nos maillots démodés. Cela nous a quelque part motivé et on s’est dit que les Anglais devraient nous passer sur le corps s’ils voulaient gagner ce match. On s’est battus bec et ongles et finalement on a décroché un partage mérité, un but partout. Ce fut pareil contre l’Espagne. Après le match nul contre l’Angleterre, on a voulu poursuivre sur notre lancée et on a gagné notre deuxième match.  Nous étions lancés pour de bon dans le tournoi. Grâce à cette victoire, nous étions même favorables à l’average sur l’Italie que nous devions ensuite rencontrer dans un match décisif. Inutile de vous faire un dessin, c’était une rencontre mémorable. A Rome, face à l’Italie et ses dizaines de milliers de tifosi. C’était extraordinaire. Dans le Stade Olympique, il y avait moins de 1.000 supporters belges perdus au milieu des dizaines de milliers d'Italiens, avec des drapeaux azzuro qui partaient dans tous les sens. J’en garde un souvenir très précis mais cela ne nous a pas déstabilisé. Que du contraire. On a fait de la résistance et on s’est battu avec les tripes pour arracher le partage. Ce 0-0 était suffisant pour atteindre la finale "

 

-Alors, la finale, parlons-en. Au fil des matches, l’équipe belge a grandi et a pris de la confiance. Contre l’Allemagne, vous ne partiez pas battus d’avance ?

" Non, certainement pas mais comme vous savez on dit toujours que l’Allemagne ne joue pas spécialement bien mais gagne toujours à la fin. Et cela a été le cas lors de cette finale. On s’est bien défendu face à la Mannschaft mais Horst Hrubesch nous a crucifié à 2 minutes de la fin. Sur phase arrêtée. On a concédé un corner et l’attaquant allemand, de la tête, a inscrit le but de la victoire. C’est dommage car nous étions bien revenus dans le match en égalisant, sur un pénalty transformé par René Vandereycken. Comme l’a encore dit récemment Wilfried Van Moer, nous étions mieux physiquement que les Allemands mais on a malheureusement encaissé en toute fin de match. Nos adversaires étaient fatigués et nous aurions pu faire la différence en prolongation. Nous étions les plus frais. Pourtant, on buvait chaque soir notre petite bière (rires). Ce qui est inimaginable à l’époque actuelle. On peut donc éprouver un petit regret mais nous étions déjà heureux et très fiers d’avoir atteint cette finale. C’est à ce jour, la seule finale disputée par la Belgique, que ce soit en Coupe d’Europe ou en Coupe du Monde. J’espère toutefois que les Diables Rouges actuels atteindront la finale de l’Euro, l’an prochain, ou bien celle de la coupe du monde  en 2022 "

 

-On peut dire que le parcours réalisé par la Belgique lors de cet Euro 80 a jeté les bases de Mexico 86 ?

" Oui et non. On a pris conscience, comme je l’ai dit, de nos qualités. Le déclic s’est en effet produit en 1980 et quelques joueurs de l’équipe étaient encore là six ans plus tard mais entre-temps il y a eu l’affaire " Standard-Waterschei " qui a privé l’équipe nationale de quelques joueurs clés. On a assisté à un coup d’arrêt comme on a pu le constater en 1984. Il a donc fallu repartir avec des jeunes joueurs comme Enzo Scifo, Georges Grun, Patrick Vervoort ou encore Stéphane Demol. Et l’alchimie a bien fonctionné même si nous avons été plus réguliers à l’Euro 80 "

 

-Vous le disiez, vous pensez que l’équipe belge actuelle pourrait à son tour atteindre une finale d’un grand tournoi ?

" Je l’espère en tout cas. Cette équipe regorge de talents individuels. Quand on voit autant de qualités dans une équipe, on se dit que les Diables Rouges actuels mériteraient de se qualifier aussi pour une finale et pourquoi pas de la gagner, ce que nous n’avons pas réussi à faire. Le contexte est toutefois très différent. A l’époque, nous formions une bande de copains avec un véritable esprit de groupe mais il n’y avait pas autant de talents que maintenant. L’équipe belge actuelle est tournée vers l’offensive et joue 75% d'un match dans le camp adverse et seulement 25% dans son camp. A l’époque, c’était l’inverse, nous jouions 75% du temps dans notre partie de terrain mais avec une bonne organisation et des consignes particulières pour à peine 25% en zone offensive avec quelques incursions qui faisaient souvent mouche. Nous faisions pour le mieux avec nos moyens et nos qualités mais si on avait joué comme l’équipe belge actuelle, jamais nous ne nous serions qualifiés pour la finale de l’Euro, ni même pour une coupe du monde. Nous avions certes quelques bons joueurs offensifs mais pas la même qualité que maintenant. Guy Thys l’avait d’ailleurs très bien compris et c’était un peu notre force à l’époque "

 

-Dernières chose, Michel, vous semblez vos souvenir de cette épopée en 1980 comme si c’était hier. Vous n’avez pratiquement rien oublié ?

" Non, c’est vrai. Je me souviens encore très bien de tous ces formidables moments que j’ai eu la chance de vivre. Ces souvenirs sont gravés à jamais dans ma mémoire. Ils m’appartiennent et j’essaie de ne pas trop en parler mais c’est sûr que c’est inoubliable. On se revoit encore de temps en temps avec mes anciens équipiers qui ont participé à cette belle aventure et c’est comme si on était en 1980  en train de boire une bière ensemble. Il y a des choses dans la vie qu’on n’oublie jamais… "

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