Mario Innaurato: "Pour l'Euro, Eden sera prêt… et frais"

Le passage sur le billard effectué, Eden Hazard va maintenant aborder sa revalidation, déjà assimilée à une course contre-la-montre vers l’Euro. Sa convalescence est évaluée entre deux et trois mois. Mais, rapide sur le terrain, Eden pourrait aussi brûler les étapes à la salle de fitness...

Je connais bien Eden et je sais qu’il veut à tout prix jouer l’Euro " explique Mario Innaurato, qui fut préparateur physique et membre du staff médical des Diables jusqu’en 2016, durant l’ère Marc Wilmots. " Alors évidemment, il y a aussi les objectifs avec le Real Madrid, en Liga et peut-être en Champions League… Mais Eden se rétablit généralement plus vite : il connaît parfaitement son corps, il a toujours un œil sur les calendriers, il va mettre tous les moyens en œuvre car c’est un grand pro. Eden sait travailler quand il faut travailler : il va tout faire pour être prêt au plus vite… et c’est dans son intérêt. Alors oui, il y a toujours une part de risque dans chaque blessure : une revalidation n’est jamais linéaire, il y a des hauts et des bas d’une étape vers l’autre. Mais avec un dosage correct et une bonne concertation entre les staffs médicaux, je suis assez confiant sur le futur proche : Eden sera prêt pour l’Euro. "

Collaboration entre les staffs médicaux : c’est un enjeu important. Le joueur est salarié de son club et il y passe 95% de son temps à l’année. Le médecin des Diables Rouges, Kris Van Crombrugge, est en contact direct avec son confrère madrilène, qui était du voyage à Dallas pour l’opération. Or, le passé atteste qu’entre clubs-employeurs et sélections nationales, la belle entente n’était pas toujours de mise.


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Les visées ne sont pas les mêmes " poursuit Innaurato : " Le club a ses objectifs sportifs, la sélection en a d’autres. Les calendriers sont serrés et les clubs souhaitent aussi faire récupérer leurs meilleurs joueurs. Mars est une période délicate : les clubs entrevoient la fenêtre des équipes nationales comme une possibilité de faire respirer leurs cadres avant le sprint final… mais les fédérations veulent aussi leurs internationaux qu’elles n’ont plus vus depuis novembre. C’est en effet la dernière occasion pour les sélectionneurs de faire des essais avant de se retrouver pour les matches d’avant-tournoi… où leur noyau doit quasi être formé. Dans ces cas, on a parfois des problèmes épineux, mais il faut toujours trancher dans l’intérêt du joueur et de sa santé. "

En cas de refus de sélection pour blessure ou fatigue, le médecin fédéral peut toujours exiger que le joueur se présente à la convocation pour faire confirmer le diagnostic en club. Les conflits du passé sont moins nombreux aujourd’hui.

Pour les grosses blessures comme celle d’Eden, il n’y a pas de souci car le diagnostic ne se discute pas. Il y a plus de soucis pour les petits bobos d’une ou deux semaines : le médecin du club peut essayer de retenir son joueur pour qu’il se rétablisse au club. C’est aussi une question de personnalité et d’expérience du joueur : un jeune joueur qui vient d’obtenir sa 1e sélection aura tendance à forcer avec l’appui de son entourage, mais son club pourra aussi le mettre davantage sous pression. Mais avec les moyens informatiques d’aujourd’hui, la communication est facilitée : les diagnostics médicaux sont objectivés par l’imagerie, on ne fait plus venir un joueur qui doit se farcir un voyage de 10 heures. La signature du médecin du club suffit, le climat est à la confiance entre confrères, car il y a aussi une éthique professionnelle. Les dossiers médicaux s’échangent, les prises de sang sont envoyées pour ne pas multiplier les tests et partager les données chiffrées. Moi, je communiquais à mes collègues préparateurs physiques en clubs toutes les données GPS et charges de travail de chaque joueur. Aujourd’hui, le joueur est vraiment mis au centre. "

Reste la question à 100 millions d’euros, la valeur du transfert d’Hazard au Real : dans quel état de forme Eden atteindra-t-il l’Euro ? Innaurato n’en fait pas un souci.

Eden n’aura peut-être pas le rythme de 5 ou 6 matches dans les jambes, mais je considère que le plus important pour un joueur, surtout avec une telle expérience, c’est qu’il soit en confiance et qu’il sente que son corps est prêt. En équipe nationale, c’est toujours la même chose : certains ont trop joué, d’autres pas assez, il n’y a pas de formule idéale, ni de baguette magique. Mais la certitude avec Eden, c’est qu’il arrivera frais à l’Euro, mentalement et physiquement. Et cela, je pense que ce pourrait être un sacré avantage. "

On ne demande qu’à le croire.