L'Euro 2000 a 20 ans : Les Pays-Bas se cassent les dents sur un Toldo infranchissable

Francesco Toldo arrête un penalty de Frank De Boer
5 images
Francesco Toldo arrête un penalty de Frank De Boer - © PAUL VREEKER - AFP

29 juin 2000. L’Italie et les Pays-Bas s’affrontent à Amsterdam pour une place en finale du tournoi continental. Un match serré, tendu et plein de rebondissements qui restera dans l’histoire footballistique des deux pays.

Comme en 1970 avec la demi-finale de Coupe du monde gagnée 4-3 après prolongation face à l’Allemagne, l’Italie finira par garder de bons souvenirs de ce match malgré la défaite en finale. Après avoir manqué cinq penalties, les Pays-Bas ajouteront cette cuisante élimination à domicile aux désillusions mondiales de 1974 et 1978.

Les Oranje sont clairement favoris de cette demi-finale. Ils ont réalisé le 9 sur 9 en phase de poules en s’offrant le luxe de battre la France et viennent d’étriller la Yougoslavie 6-1 en quart de finale. Van der Sar, Stam, De Boer, Davids, Bergkamp, Cocu, Overmars : les hommes forts de cette sélection n'ont pas déçu sous la direction de la légende Frank Rijkaard. En plus, Patrick Kluivert semble intenable avec ses cinq buts depuis le début du tournoi et son triplé en quart de finale.

En face, l’Italie a aussi des grands noms dans son noyau comme Maldini, Nesta, Cannavaro, Totti, Del Piero ou Inzaghi. Mais ce n’est pas sur les individualités que l’équipe guidée par Dino Zoff va bâtir son exploit.

L’Italie souffre et reste à 10

Cohésion et esprit de sacrifice. Voilà ce dont les Italiens ont besoin pour faire face à ces Pays-Bas là. Des qualités qui vont surtout servir à partir de la 34e minute, moment où Gianluca Zambrotta est exclu suite à une faute sur Boudewijn Zenden.

Une exclusion qui couronne un début de match laborieux passé à contenir tant bien que mal les offensives de Néerlandais déchaînés… et malchanceux avec une frappe de Denis Bergkamp sur le poteau (14e).

Avant la pause, les Pays-Bas ont enfin l’occasion de concrétiser leur domination. Frank De Boer obtient un penalty très généreux pour un tirage de maillot de Nesta sur Kluivert. Le héros italien de cette demi-finale va enfin pouvoir s’illustrer.

 

Deux penalties ratés pendant le temps réglementaire

Avant ce penalty, Francesco Toldo ne sait pas encore qu’il est en train de disputer LE match de sa carrière. A 29 ans, le portier de la Fiorentina n’a pas vraiment l’habitude des projecteurs en équipe nationale. Barré par Angelo Peruzzi d’abord et par Gianluigi Buffon ensuite, il n’a joué que six matches avec les 'Azzurri' avant cette année 2000. Sa dernière titularisation remonte même à 1996.

Buffon s’étant blessé avant le début de la campagne belgo-néerlandaise, c’est bien Toldo qui se dresse face à Frank De Boer à la 40e minute de cette demi-finale. Le penalty du Batave est bien placé mais manque de puissance. Toldo choisit le bon côté, se détend et sauve une première fois l’Italie.

Oui, une première fois. Car les Pays-Bas vont obtenir un deuxième penalty – cette fois-ci indiscutable – pour une faute de Mark Iuliano sur Edgar Davids (62e). Les 'Oranje' dominent mais peinent à contourner une défense italienne toujours aussi tenace après la pause. Ce deuxième penalty est l’occasion idéale pour abattre ce mur.

Les Pays-Bas changent cette fois-ci de tireur et font confiance à l’homme de l’Euro : Patrick Kluivert. Toldo est pris à contre-pied mais le ballon s’écrase sur le montant ! La chance est définitivement passée du côté des Italiens et ils l’ont bien compris.

Galvanisés par cette nouvelle erreur, les 'Azzurri' ne laissent plus le moindre espace aux Pays-Bas et trouvent même le courage d’amorcer quelques contres avec Totti, Del Piero ou Delvecchio. Tenir bon et jouer le tout pour le tout aux tirs au but : l’Italie va remplir sa mission avec brio.

Mauvaise tradition des tirs au but pour l’Italie

Un soulagement plutôt paradoxal pour les Italiens, tourmentés par cet exercice particulier dans leur histoire récente. Contre l’Argentine en demi-finale du Mondial 90', contre le Brésil en finale du Mondial 94' et contre la France en quart de finale du Mondial 98', l’Italie a à chaque fois été sortie aux tirs au but.

Des mauvais souvenirs que l’équipe de Dino Zoff va chasser avec le premier tireur. Luigi 'Gigi' Di Biagio envoie le ballon en lucarne et exulte sauvagement. Il vient de se libérer d’un poids, un sentiment de culpabilité qui le ronge depuis deux ans et son erreur lors de la séance fatidique face à la France en quart de finale.

Le destin de Toldo : "tu réaliseras de grandes choses à l’Euro"

C’est donc 1-0 pour l’Italie et c’est au tour de Frank De Boer de réparer son erreur. Le capitaine néerlandais craque une nouvelle fois sous la pression et frappe un penalty que Toldo détourne facilement.

Trois penalties contre lui et trois penalties ratés. Un nom commence alors à trotter dans les méninges du portier italien. Un nom qu’il criera haut et fort quelques minutes plus tard lorsque Jaap Stam enverra son tir au but en tribune. "Alberto ! Alberto !", scande Toldo. Cet Alberto, c’est Alberto Ferrarini, un ami qu’il rencontre en décembre 1999 dans un restaurant.

Ce jour-là, Ferrarini prédit à Toldo qu’il fera "de grandes choses en 2000" et qu’il "sera titulaire à l’Euro". Dans un premier temps, Toldo n’y croit pas mais quand Buffon se blesse et que l’Euro commence, les contacts entre les deux hommes se font plus fréquents. La veille de la demi-finale, Ferrarini appelle Toldo. "C’est ton moment. Ce jour où tout le monde va parler de toi, c’est demain. Tu es un gardien donc il y aura des penalties mais il ne faut pas avoir peur. Tu vas tout arrêter."

Une véritable prophétie. Kluivert – après son erreur pendant le temps réglementaire – sera finalement le seul néerlandais à marquer ce soir-là en convertissant le 3e tir au but des siens.

L’erreur de Maldini face à van der Sar ne suffira pas à raviver les espoirs d’un public 'Oranje' désabusé. Une nouvelle fois sur la bonne trajectoire, Toldo offrira la finale à l’Italie quelques instants plus tard en détournant l’envoi de Bosvelt.

Totti ramène Panenka au goût du jour

Entré dans l’histoire du football italien par la grande porte, Toldo ne sera pas le seul Francesco à marquer les mémoires ce jour-là.

Francesco Totti est désigné comme troisième tireur de la séance. Jeune et effronté, il plaisante avec ses équipiers avant de se diriger vers le point de penalty. "Mo, je faccio er cucchiaio', confie-t-il en patois romain à Di Biagio. Traduction littérale : "Maintenant, je vais lui faire la cuillère."

Le 'cucchiaio' n’est autre qu’une 'Panenka', geste génial rendu célèbre par le milieu de terrain tchécoslovaque Antonin Panenka en finale de l’Euro 1976 remporté par son équipe.

Alors que Totti se rendait vers le point de penalty, Di Biagio révèle aux autres joueurs quelles sont les intentions du Romain. "Je me suis dit qu’il était fou", se souvient Maldini. "Je n’y croyais pas jusqu’au moment où je l’ai vu. En plus avec Van der Sar qui fait presque deux mètres. C’est difficile de penser faire quelque chose de ce type."

Pourtant, le meneur de jeu de la 'Squadra' n’aura pas froid aux yeux. Quelques pas d’élan et un toucher de balle raffiné et l’affaire était faite.

Ce geste mémorable, cette résistance en infériorité numérique et ces arrêts de Toldo seront réappréciés des années plus tard. Des souvenirs un temps effacés par la déception de la finale perdue face à la France quelques jours plus tard. Une amertume qui disparaîtra enfin en 2006 avec la revanche des 'Azzurri' sur les 'Bleus' en finale de Coupe du monde.

Vingt ans plus tard, les Pays-Bas ne sont toujours pas parvenus à se consoler après cette terrible journée. Passés tout près du sacre mondial en 2010, ils ont mis du temps à reconstruire une nouvelle génération de talents qui semble désormais prête à relever de nouveaux défis.

Le match en intégralité

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK