L'Euro 2000 a 20 ans - Frédéric Waseige : "Mon père a encaissé le coup, mais il a tout intériorisé"

Frédéric Waseige a vécu l'Euro 2000 en tant que fils du sélectionneur
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Frédéric Waseige a vécu l'Euro 2000 en tant que fils du sélectionneur - © CHRISTOPHE KETELS - BELGAIMAGE

Comme joueur, il a évolué 8 saisons sous les ordres de son père au FC Liégeois (1983-1991), ce qui n'est pas fréquent. En 2000, Frédéric Waseige avait 35 ans et achevait son avant-dernière saison en tant que joueur (à l'Olympic Charleroi, avant une dernière pige à Tongres). L'Euro, il l'a vécu en tant que fils du sélectionneur, ce qui n'est pas anodin non plus. Surtout quand on est bercé dans l'univers du ballon rond depuis sa plus tendre enfance...

C'est la loi du genre. Et de la lignée, en l'occurrence. De tout temps, Frédéric Waseige a autant été connu sous le nom de "Fred" que sous celui de "fils de Robert Waseige", selon le degré de proximité entretenu avec le sympathique Liégeois, ancien milieu de terrain et aujourd'hui reconverti avec brio dans une carrière de consultance. L'Euro 2000, il ne l'a pas vécu en tant que Diable Rouge (qu'il n'a jamais été) mais en tant que fils du sélectionneur fédéral. Fred Waseige : "Etre le fils du sélectionneur des Diables Rouges, ça fait quoi ? On a un peu l’impression que tout le monde vous regarde. Déjà quand votre père est entraîneur, tout le monde le sait, je l'ai vécu à Rocourt. Mais quand il s’agit du sélectionneur fédéral, tout le monde est braqué sur vous. Vous savez, dans la vie, on veut toujours le meilleur pour les gens qu’on aime, donc forcément c’est un peu spécial. Quand en plus, vous avez tout un pays, et même l’Europe qui assiste à tout cela, ça vous rend particulièrement sensible parce que les réactions viennent de toutes parts. Il faut donc assumer le meilleur comme le moins bon…"


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Durant le tournoi, Frédéric Waseige n'a pas voulu verser dans l'ingérence. Pas plus qu'il ne l'a fait en aucune autre circonstance d'ailleurs. Les limites de la relation père-fils étaient bien tracées, les rôles tacitement décrits : "Pendant le tournoi, on lui foutait la paix, il avait assez de boulot comme ça. On se donnait de temps en temps un petit coup de fil pour prendre des nouvelles et apporter du soutien, mais globalement dans notre famille on n’a jamais beaucoup parlé de foot. Dans les réunions de famille, on essayait de parler d’autre chose pour ne pas encore mettre le foot sur le tapis, alors qu’on baignait déjà dedans. On communiquait assez peu, et quand c’était le cas, ce n’était pas pour aller dans le détail. C’était une tendance chez nous. Mon père était dans sa bulle, il était souvent parti. C’était sa vie. Donc, les nouvelles qu’on échangeait étaient juste des nouvelles classiques de père à fils."

Beau et con à la fois

On comprend d'autant plus aisément que, durant l'Euro 2000, Fred Waseige n'ait pas tenté non plus d'aller mettre son grain de sel dans les choix de son père, ni même de lui glisser l'un ou l'autre avis personnel : "Vouloir donner des conseils, ce n’est pas mon genre. Il faut savoir rester à sa place, je n’étais pas du tout la personne indiquée pour lui dire ce qu’il aurait fallu faire ou ne pas faire. On essayait surtout d’être présent quand ça ne se passait pas trop bien, pour l’aider à relativiser. En plus, cet Euro, au niveau belge, est complètement ahurissant... On était à la limite du gag. Je trouvais ça beau et con à la fois. Beau parce que on a senti au niveau du jeu, de l’élan footballistique, qu’il y avait quelque chose qui renaissait, c’est une équipe qui se portait à nouveau vers l’avant, qui était ambitieuse, joueuse. Con parce que il y a ce match contre la Turquie où là, c’est le gag de la décennie, voire du siècle. J’ai toujours tendance à dire que le football c’est de l’entraînement, de la préparation, de la tactique, du psychologique. Mais il y a toujours cette part d’impondérable, ces choses de la vie qu’on ne maitrise pas. Ce match en est l’illustration ultime. Malheureusement, dans le mauvais sens pour la Belgique…".

Forcément, cette élimination précoce (ndlr : c'était la première fois qu'un pays organisateur ne franchissait pas le premier tour) a été douloureusement vécue par Frédéric Waseige : "On en ressort meurtri parce que on sait très bien ce qui va se passer, ce que son père va endurer, c’est la fonction qui veut ça. L’entraîneur est la première cible. Dans ce match contre la Turquie, il y a un joueur qui a complètement foiré, le pauvre, il a mal choisi son jour et ça a entraîné tout le reste. Donc, c’était vraiment difficile parce que on souhaite toujours le meilleur aux gens qu’on aime. Au niveau du résultat pur, c’était évidemment catastrophique. En même temps, moi j’étais heureux de voir cette équipe. Le résultat était mauvais mais on sentait que de belles choses allaient suivre, que quelque chose s’était créé. Et je pense qu’on n’a pas été déçu par la suite…"

La déception de l'instant, la confiance pour la suite

L'élimination contre la Turquie, Frédéric Waseige en a ressenti les effets chez son père sélectionneur. Mais ici non plus, Robert Waseige ne s'est jamais épanché en famille... : "S'il était déçu ? Mon père n’était pas quelqu'un nous disait qu’il était abattu. Il ne laissait jamais rien transparaître. Il nous a toujours protégés parce que il savait très bien que, pour toutes les personnes médiatiquement exposées, c’est souvent la famille qui trinque. On a peu parlé de l’élimination, il savait très bien ce qu’on pensait, ce qu’on ressentait, que ce n’était pas facile pour la famille. C’était, certes, un peu moins dur pour moi que pour mes frères ou ma mère parce que je suis du milieu, ce qui m’aide à comprendre pas mal de choses. Mais je suis certain qu’il a encaissé le coup, qu’il a été vexé. Mais il savait aussi que, au sein de son groupe, pas mal de joueurs avaient pu se révéler, avaient eu l’opportunité de rejoindre des grands clubs. Donc, il y avait quand même des choses positives et je pense, je l’ai ressenti, qu’il était sincèrement conscient que quelque chose se passait, et que ce n’était pas juste à cause d’un match complètement foiré à cause du pauvre Filip De Wilde, qui en plus était un mec fiable comme on en fait plus, que tout était raté. Donc, je pense qu’il y avait le constat de l’instant, qui était négatif (pays organisateur éliminé), mais que par ailleurs le chemin ne s’arrêtait pas et, paradoxalement, sur de bonnes bases, purement footballistiques et sportives. Je pense qu’il n’a jamais douté, sur le travail de fond, que quelque chose allait arriver."

Au-delà de la déception du résultat, Frédéric Waseige veut retenir, comme les observateurs les plus objectifs, que son père a amené un nouvel élan aux Diables Rouges : "Un nouvel élan ? Oui, c'est clair, il a déjà arrêté ce carrousel de 40 joueurs qui débarquaient chaque année en équipe nationale... Il a formé un groupe, avec des joueurs qui avaient de vraies valeurs. Ce n’était pas la génération actuelle, donc il fallait trouver autre chose. Il y avait un vrai collectif, une vraie mentalité. Il était assez traditionnaliste. Il avait des idées dont il ne démordait pas. Il ne changeait pas tout après une défaite, ce qui avait coûté un peu de sérénité à cette équipe belge dans le passé. Lui ne changeait pas tout après une défaite, il avait un plan. Il avait des acteurs qu’il avait choisis et en qui il avait confiance. Le résultat de l'Euro 2000 ne doit pas tout remettre en cause. Il y a eu ce couac contre la Turquie, mais cela ne l’a pas empêché de garder les idées claires et de savoir où il allait…"

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