Euro 2020 : La Cartuja, un stade mal-né qui hérite de l'Euro

Inauguré en 1999 puis laissé à l'abandon pendant vingt ans, le stade de la Cartuja, à Séville, accueillera les trois premiers matches de l'Espagne à l'Euro (14, 19 et 23 juin). Un gros coup de projecteur pour cette enceinte mal-née.

Le 28 août 1999, quatre mois après un match de la "Roja" contre la Croatie (3-1) qui avait servi à l'inaugurer, le stade de la Cartuja vibrait pour la première fois: devant plus de 60.000 spectateurs, le marathonien espagnol Abel Anton était sacré champion du monde sur la distance reine.

Vingt ans plus tard, en août 2019, Marca, le journal le plus vendu en Espagne, publiait une enquête révélant des photos de l'intérieur dégradé, de la piste fatiguée et de la pelouse laissée à l'abandon: la Cartuja était fermée au public depuis fin 2018 pour des raisons de sécurité, car son toit menaçait de s'effondrer.

Un lent déclin qui a mis en lumière une aberration: un stade de 60.000 places, le 5e plus grand d'Espagne, classé dans la meilleure catégorie par l'UEFA... alors même que le Betis Séville et le Séville FC, les deux grands clubs de la capitale andalouse, disposent déjà de leurs propres enceintes, respectivement le Benito-Villamarin et le Ramon Sanchez-Pizjuan.

"Olympique", vraiment ?

Au coeur des années 1990, les autorités locales de Séville et d'Andalousie, ainsi que le gouvernement central espagnol, investissent l'équivalent de 120 millions d'EUR pour lancer la construction d'un grand stade sur l'île de la Cartuja, qui borde Séville (sud de l'Espagne), pour renforcer la candidature de la cité pour les Jeux Olympiques de 2004 ou de 2008... qui finiront par atterrir à Athènes et Pékin.

L'appellation reste toutefois, et le stade de la Cartuja est encore aujourd'hui parfois présenté comme le "stade olympique" de Séville.

L'idée de base était que les deux principaux clubs de la ville, le Betis et le Séville FC, allaient alternativement y disputer leurs matches à domicile, pour que le stade continue d'être exploité. Sur le modèle du stade San Siro, partagé par l'Inter Milan et l'AC Milan.

Mais les supporters des deux clubs andalous, réticents à l'idée de délaisser leur propre enceinte, ont forcé les clubs a faire machine arrière.

Le Betis y a disputé trois matches de championnat en 2007 du fait de la fermeture provisoire de son stade habituel, le Benito-Villamarin, en raison d'incidents lors du derby local.

Remis en lumière

Mais hormis quelques coups de projecteurs sporadiques (finale de la Coupe de l'UEFA 2003, matches amicaux de l'équipe d'Espagne contre l'Argentine en 1999, les Pays-Bas en 2000 et la Chine en 2012, finales de Coupes Davis 2004 et 2011, concerts de Madonna, AC/DC et U2...), le stade n'a plus été utilisé à hauteur de son rang.

Depuis 2020 toutefois, la Fédération espagnole de football (RFEF) a tenté de le remettre en lumière. Cette année, la Cartuja a accueilli les finales 2020 et 2021 de la Coupe du Roi, et la Supercoupe d'Espagne 2021.

L'enceinte a également accueilli deux matches de la sélection nationale: un match de qualifications pour le Mondial-2022 au Qatar disputé sous tension politique contre le Kosovo (3-1, le 31 mars), et une mémorable correction 6-0 infligée à l'Allemagne en Ligue des nations, le 17 novembre dernier.

La "Roja" espère que le retour en lumière de la Cartuja lui portera chance pour l'Euro. A ce jour, son bilan sur cette pelouse est de 4 victoires pour 2 défaites.

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