Euro 2020 : l'UEFA sous le feu des critiques après le "rainbow-gate" de Munich

En refusant à la ville de Munich d'éclairer son stade aux couleurs arc-en-ciel en signe de protestation contre la politique de la Hongrie sur les minorités sexuelles, l'UEFA a respecté ses règles mardi, mais a déchaîné les critiques de ceux qui lui reprochent un double langage.

Ce que les Allemands désignent désormais comme le "Rainbow-gate" (rainbow pour arc-en-ciel en anglais) a été déclenché par la municipalité de Munich.

Pour manifester son opposition à une loi jugée discriminatoire contre les homosexuels, votée la semaine dernière par le parlement de Budapest, la ville bavaroise avait demandé à l'UEFA, organisatrice du tournoi, l'autorisation d'illuminer le stade utilisé pour l'Euro mercredi soir aux couleurs de la communauté LGBT, à l'occasion du match Allemagne-Hongrie.

La réponse, négative, est tombée mardi matin. En substance: l'UEFA affirme partager totalement les valeurs de tolérance promues par cette initiative, mais en tant qu'"organisation politiquement et religieusement neutre", elle ne peut pas accepter de véhiculer un message visant spécifiquement un pays ou un gouvernement.

"Fans hongrois homophobes"

Pour démontrer sa bonne foi, l'instance européenne propose d'illuminer le stade aux couleurs arc-en-ciel soit le 28 juin, soit début juillet, pour coïncider avec des événements liés à la marche des fiertés à Munich.

De même qu'elle n'avait fait aucune objection depuis le début du tournoi au port d'un brassard arc-en-ciel par le capitaine de l'Allemagne Manuel Neuer, la façon dont la Mannschaft a choisi de montrer son engagement pour la diversité.

Très vite, les réactions outrées ont fusé d'un peu partout en Europe, pour fustiger ce "but contre son camp" de l'instance européenne.

"C'aurait été un miracle si l'UEFA l'avait autorisé, mais c'est bien de voir la ville de Munich et la Fédération allemande soutenir cette initiative", a déclaré le porte-parole de l'ONG "Hatter" de défense des droits LGBT en Hongrie, Luca Dudits.

"L'UEFA était dans une position précaire, analyse-t-il, il y a une large base homophobe et traditionaliste chez les fans hongrois". Pour lui, si la Hongrie avait perdu dans un stade arc-en-ciel, la faute en aurait été rejetée sur la communauté LGBT.

Mais le stade qui appartient au Bayern Munich, risque tout de même d'être arc-en-ciel mercredi : les organisateurs de la marche des fiertés de Munich, associés à Amnesty International, prévoient de distribuer 11.000 drapeaux aux spectateurs (seules 14.000 places seront occupées, en raison des restrictions dues au Covid-19).

La ville de Munich a également annoncé mardi qu'elle allait pavoiser plusieurs de ses bâtiments aux couleurs arc-en-ciel.

"Fais-le quand même"

D'autres initiatives de solidarité fleurissent : la chaîne privée allemande ProSieben a décidé d'habiller son logo des couleurs arc-en-ciel. Les clubs de football de Francfort et Cologne ont également annoncé qu'ils illumineraient leurs propres stades en soirée à ces couleurs.

"Les développements en Hongrie sont effrayants, il est d'autant plus important d'envoyer un signal", a déclaré le patron du FC Cologne Alexander Wehrle.

La candidate des Verts à la chancellerie Annalena Baerbock a demandé à toute l'Allemagne d'exhiber l'arc-en-ciel mercredi.

Hors d'Allemagne, Gary Lineker, l'ancienne gloire du foot anglais dont la voix porte en Europe, a immédiatement tweeté : "Fais-le quand même Munich, fais-le. Allume la lumière pour que le monde voie".

Le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Clément Beaune a également regretté le choix de l'UEFA: "Cela aurait été un symbole très fort", a-t-il déclaré à l'AFP. "On est au-delà d'un message politique, c'est un message de valeurs profondes".

Le ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto a en revanche salué une mesure "de bon sens" de l'UEFA "en ne participant pas à ce qui aurait été une provocation politique envers la Hongrie".

Une porte-parole de la Commission européenne a relevé que c'était "une bonne idée de manifester son soutien à la communauté LGBT dans l'Union européenne, y compris lors de manifestations sportives, culturelles ou d'un autre type (...) mais nous n'avons pas la capacité de demander à une organisation sportive d'arborer ses couleurs-ci".

"L'UEFA n'a pas compris les signes de notre temps, et il est facile de voir de quel côté ils se placent, avec leur décision", a taclé de son côté le porte-parole de la Fédération allemande des LGBT Markus Ulrich.

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