Romelu Lukaku, un cri de rage pour définitivement mettre l'Italie à ses pieds

Romelu Lukaku buteur contre l'AC Milan.
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Romelu Lukaku buteur contre l'AC Milan. - © MIGUEL MEDINA - AFP

Une course de 50 mètres, une accélération fulgurante pour laisser Romagnoli sur le carreau et un tir foudroyant, puissant et précis pour définitivement assommer l’AC Milan. Dimanche, face au rival honni milanais, Romelu Lukaku a fait culbuter la rencontre quasiment à lui tout seul. Sa participation dans le jeu (1 but, 1 assist) a marqué les esprits, sa célébration après son but aussi.

Parce que pendant ce bouillant derby milanais, Lukaku a semblé animé d’une rare démonstrativité, d’un irascible sentiment de revanche. Tout au long du match d’ailleurs, son regard était fermé, concentré. Lorsqu’à la 66e minute, il plante ce 3e but pour définitivement enterrer les maigres espoirs rossonneri, il file instinctivement à tout berzingue vers le poteau de corner. La bouche grande ouverte dans un rictus orgueilleux, il pointe son index vers son maillot orné du fanion du club avant de s’égosiller dans un énigmatique rugissement : "Je suis le meilleur ! Je le suis ! Donne-moi la balle et je la mets au fond. Je te l’avais dit, p***ain !"

Depuis, les pistes se multiplient dans les médias transalpins. A qui s’adressait-il ? A son meilleur ennemi, Zlatan Ibrahimovic, avec qui il avait il avait eu un vif accrochage verbal lors du dernier derby ? A ses détracteurs qui crachent leur sempiternel venin malgré les excellentes prestations de Big Rom' depuis son arrivée dans la Botte ? Probablement un détonnant cocktail des deux.

De moins en moins de sceptiques

Toujours est-il que ce Lukaku-là, puissant, impliqué et surtout décisif, arrive tout doucement au sommet de son art. Il entre dans les meilleures années de sa carrière. Il est actuellement meilleur buteur de Serie A avec 17 buts et lors de ses deux derniers matches au sommet, le derby contre l’AC Milan et le match face à la Lazio, il a prouvé toute son importance parce qu’il inscrit 3 buts et délivre 2 assists. Il y a une Lukaku dépendance à l’Interavance même Valentin Pauluzzi, correspondant de l’Equipe et de France Football depuis Milan, au micro de Manuel Jous.

Une "Lukaku dépendance" qui semble confirmée dans les chiffres. Du 6 au 23 janvier, Lukaku a connu sa seule période de disette de la saison en ne trouvant pas l’ouverture pendant 4 matches consécutifs. Un léger coup de moins bien qui coïncide avec le trou d’air des Intéristes (5/12), battus par la Sampdoria puis contraints au partage par l’Udinese et la Roma.

Meilleur buteur du championnat, Lukaku ferme donc un à un les réticents clapets de ceux qui raillaient son style de jeu peu académique ou son premier contrôle parfois approximatif. "Lors de sa première saison, il y avait pas mal de sceptiques sur son style de jeu, notamment les consultants et les anciens joueurs sur les plateaux de télé italiens. Ils le trouvaient un peu maladroit et pas au niveau des meilleurs techniquement. On saluait son style de jeu, son investissement, son pressing mais il manquait toujours quelque chose" explique Pauluzzi.

Ce petit quelque chose, Lukaku semble l’avoir rayé de son jeu. Ou il parvient plutôt à le faire oublier en se montrant plus efficace que jamais. Et paradoxalement, c’est dans cette Serie A, qu’on catalogue à outrance comme "l’enfer des attaquants" ou "le paradis des défenses", que Big Rom' s’épanouit. Accompagné de son fidèle acolyte Lautaro Martinez, il forme l’un des binômes les plus létaux d’Europe. Du haut de leurs 30 buts (17 pour Lukaku, 13 pour Martinez), ils ne sont en effet uniquement devancés par l’insatiable monstre à… une tête et demie du Bayern, Thomas Müller (10 buts) et surtout Robert Lewandowski (26 buts).

Une marge de progression et un Scudetto à portée de mains

Tout n’est évidemment pas encore parfait, à 27 ans, Lukaku a encore une (grosse) marge de progression, notamment pour ajouter cette fameuse finesse dans son jeu. "Un journaliste italien le comparait à la légende du rugby, Jonah Lomu. Cela se réfère évidemment à sa puissance physique mais d’un autre côté, on en revient à ce Lukaku un peu moins fin techniquement que les autresexplique Pauluzzi.

Malgré ce côté bulldozer qui fonce tout droit, Lukaku a d’ores et déjà marqué l’histoire du derby milanais samedi. En plantant une rose pour la 4e fois consécutive en Serie A face à l’AC, il dépoussière un record qui datait de… 1950 et confirme qu'il sait répondre présent dans les grands matches.

Romelu, comme un poisson dans l’eau de la cité lombarde. "Il a fait une très bonne impression grâce à sa maîtrise de l’Italien au bout de quelques semaines déjà. Il a commencé à donner des interviews en italien avec un vocabulaire assez riche, cela montrait une volonté de s’intégrer. Par exemple Cristiano Ronaldo, cela fait 2 ans qu’il est en Italie, ses interviews il les donne en espagnol. Ce sont des détails qui montrent un investissement différent" renchérit Valentin Pauluzzi.

Et dans le sillage de son déroutant colosse belge, l’Inter se met à rêver d’un Scudetto qui lui échappe depuis 2010 et la formidable épopée des Mourinho, Eto’o, Sneijder&Co. Après une interminable période de vache maigre, les Intéristes caracolent en effet en tête de Serie A, quatre points devant… l’AC Milan. Parviendront-ils à se réinstaller au sommet du Calcio en faisant tomber l’imbattable nonuple championne en titre, la Juventus, de son piédestal ? Impossible n’est pas Lukaku. Sa première bataille,  face à Ibrahimovic, il l'a gagnée. Reste désormais à finaliser le travail.

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