Du 'Triplete' de 2010 à la finale d'EL en 2020 : la résurrection de l'Inter après 10 ans de galère

Du 'Triplete' de 2010 à la finale d'EL en 2020 : la résurrection de l'Inter après 10 ans de galère
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Du 'Triplete' de 2010 à la finale d'EL en 2020 : la résurrection de l'Inter après 10 ans de galère - © Tous droits réservés

22 mai 2010, stade Santiago Bernabeu. L’Inter terrasse le Bayern Münich de Daniel Van Buyten grâce à un doublé de Diego Milito et complète son 'Triplete' Serie A – Coupe d’Italie – Ligue des Champions. Dix ans plus tard, les 'Nerazzurri' retrouvent enfin une finale européenne grâce aux gestes de Romelu Lukaku & co., implacables face au Shakhtar Donetsk pour atteindre l’acte final de l’Europa League 2019-2020. Un retour sur le devant de la scène mérité pour un club qui a bien galéré avant de revenir au plus haut niveau.

Un déclin amorcé par le départ de Mourinho

Après cinq 'Scudetti consécutifs' et le triplé historique, l’Inter semble rassasié. Son guide José Mourinho ne va d’ailleurs pas mettre bien longtemps pour se lancer dans un nouveau challenge. Quelques jours après la finale de Ligue des Champions, le coach portugais file au Real Madrid. Le premier domino qui portera vers un lent déclin est tombé.

Pour remplacer Mourinho et prolonger son cycle gagnant, l’Inter mise sur Rafael Benitez, auréolé en C1 en 2005 avec Liverpool et battu en finale face à l’AC Milan en 2007. Le coach espagnol n’enregistre aucun départ majeur lors du mercato estival et peut travailler dans les meilleures conditions. Malgré des victoires en SuperCoupe d’Italie et en Coupe du monde des clubs, l’Inter de Benitez ne convainc pas et perd du terrain sur l’AC Milan en championnat. Submergé par les critiques, l’ancien entraîneur de Liverpool est remercié juste avant Noël pour laisser place à Leonardo.

Le Brésilien redresse partiellement la barre et mène l’équipe vers la deuxième place. Un résultat qui n’est pas à la hauteur des espérances des supporters de l’Inter, habitués à dominer dans leur pays. En Europe, la désillusion est frappante avec une élimination dès les quarts de finale contre Schalke 04. Malgré la victoire finale en Coupe d’Italie, Leonardo quitte lui aussi le navire pour rejoindre le Paris Saint-Germain.

Erreurs de casting et départ des cadres

La saison 2011-2012 sera encore plus noire pour les Interistes. En début de saison, les clés de l’équipe sont confiées à Gian Piero Gasperini. Le maître à penser de l’Atalanta d’aujourd’hui veut imposer ses principes de jeu mais se heurte à la réticence de la presse et des joueurs. C’est particulièrement sa volonté ferme d’imposer la défense à 3 qui va lui valoir le plus de critiques. Désavoué par ses dirigeants, il quittera le banc de l’Inter après seulement quatre journées de championnat sans avoir eu l’opportunité de faire ses preuves.

Son successeur, Claudio Ranieri va reprendre le flambeau en cours de championnat et devoir faire les comptes avec une équipe en manque de motivation et déforcée par les départs de Samuel Eto’o, Goran Pandev et du métronome Thiago Motta (en janvier). Alors que la Juventus d’Antonio Conte fait des merveilles et lance le cycle victorieux des Turinois, l’Inter titube et emmène Ranieri dans sa chute. Le futur héros de Leicester City est remplacé par l’entraîneur des espoirs Andrea Stramaccioni à la fin d’une saison terrible que l’Inter terminera à la 6e place.

L’Inter décide alors de jouer la carte du renouveau. Stramaccioni, 36 ans, est confirmé à la tête de l’équipe tandis que plusieurs cadres vieillissants sont remerciés. Julio Cesar, Maicon et Lucio s’en iront en été, Wesley Sneijder en fera de même en janvier. En attaque, le flop Diego Forlan est écarté après une saison consternante alors que Philippe Coutinho est "sacrifié" et envoyé à Liverpool sans avoir eu l’opportunité de s’imposer. Antonio Cassano et Rodrigo Palacio sont de leur côté choisis pour entourer un Diego Milito qui a perdu de sa superbe.

Pas besoin d’être un grand clerc pour deviner ce que cela peut donner. L’Inter termine à la 9e place et signe son plus mauvais résultat en Serie A depuis 1974-75.

Changement de propriété mais toujours les mêmes maux

Cette 9e place au bout de la saison 2012-2013 est le coup de grâce pour le Président Massimo Moratti. Le plus fervent des supporters de l’Inter ne peut plus voir son équipe dans cet état et est bien conscient qu’il n’a plus les ressources financières pour ramener son club de cœur parmi les meilleurs d’Europe. Cerné par les premières contraintes liées au fair-play financier, le 'Presidente' est obligé de vendre l’Inter à l’homme d’affaires indonésien Erick Thohir.

Les supporters s’imaginent alors des investissements conséquents pour remettre l’équipe sur de bons rails mais resteront déçus une fois de plus. En place au moment du changement de propriété, Walter Mazzarri est confirmé sur le banc de l’Inter. En une saison et demie, l’ancien entraîneur du Napoli fera ce qu’il pourra compte tenu des joueurs à sa disposition. La cinquième place de la saison 2013-2014 est un demi-miracle mais après les adieux du capitaine emblématique Javier Zanetti et de deux autres légendes du club comme Esteban Cambiasso et Dejan Stankovic, l’équipe n’a plus le niveau pour viser une qualification européenne.

Les mauvais coups sur le mercato ont affaibli l’équipe ces dernières années (Vidic, Forlan, M’Vila, Dodo, Kuzmanovic, Campagnaro, Gargano, Alvarez, etc) et un nouveau changement d’entraîneur est inévitable. L’espoir d’un retour aux racines est incarné par Roberto Mancini qui reprend l’équipe en cours de route. Sa fin de saison est complètement ratée avec une huitième place au terme du championnat. La suivante (2015-2016) est bien mieux réussie. Grâce aux buts de Mauro Icardi, véritable leader technique des 'Nerazzurri', l’Inter finit à la 4e place et se remet à espérer.

Deux compositions d’un Inter au fond du trou (2014-2015)

Zhang arrive, Mancini se barre, De Boer se plante

Mais alors que Mancini semble l’homme de la situation pour redresser le club, un nouveau changement de propriété vient bouleverser le microcosme de la 'Pinetina'. Le fantomatique indonésien Thohir cède la main au puissant groupe chinois Suning. Les divergences avec Mancini sont très fortes et l’actuel sélectionneur de la 'Squadra' jette l’éponge à quelques semaines du début de championnat.

Une nouvelle fois, l’Inter est en proie à l’instabilité. L’expérience catastrophique de Frank De Boer ne durera pas bien longtemps et le remède Stefano Pioli trouvé en cours de saison n’aura pas l’efficacité escomptée. Cette 7e place en championnat assortie d’une élimination en poules d’Europa League sera la dernière désillusion de l’Inter avant sa résurrection.

 

Spalletti, le changement gagnant

Après une année d’adaptation, les nouveaux propriétaires de l’Inter mettent enfin la main à la pâte avec des investissements importants mais rationnels (Skriniar, Cancelo, Bastoni, Gagliardini, Vecino, Borja Valero) et placent le jeune Steven Zhang à Milan pour gérer de plus près la vie du club. Le fils du milliardaire chinois Zhang Jindong va placer sa confiance dans les mains de Luciano Spalletti, tout juste sorti d’une année et demie réussie mais chahutée à l’AS Roma.

C’est un changement gagnant. Un déclic pour déclencher le renouveau interiste. Le coach toscan transmet immédiatement sa grinta à ses joueurs et soude toute la famille 'nerazzurra' autour de l’équipe. Sa prise de bec avec un supporter qui s’en prenait au paria Andrea Ranocchia lors de la préparation estivale est symptomatique de cette volonté d’éloigner les ondes négatives qui gravitent autour de l’équipe.

Invaincu lors des 16 premières journées de championnat, l’Inter démarre la saison en trombe et bondit en tête de Serie A au mois de décembre. Les 'Nerazzurri' rivalisent enfin avec une Juventus qui paraissait jusque-là intouchable.

Cette entame de championnat à fond les manettes coûtera beaucoup d’énergies à l’équipe de Spalletti qui ne parviendra pas à suivre le rythme endiablé de la Juventus et du Napoli. Dépassé aussi par la Roma, l’Inter réussit tout de même sa saison en terminant à la 4e place grâce à sa victoire contre la Lazio lors de la dernière journée du championnat. Un succès synonyme de retour en Ligue des Champions après 6 ans d’absence. Le premier palier fixé par les nouveaux propriétaires est enfin atteint.

Conte, l’ennemi turinois chargé de faire renaître l’Inter

La deuxième saison de Spalletti part donc sous les meilleurs auspices. Côté mercato, le club continue à faire le ménage en se séparant de joueurs comme Nagatomo, Eder, Murillo et Kondogbia. Radja Nainggolan, De Vrij et Lautaro Martinez viennent eux renforcer un effectif qui devient de plus en plus compétitif.

Pourtant, Spalletti ne retrouve plus l’harmonie de la saison précédente. Son équipe alterne les bons matches au moment de folie qui ont toujours caractérisé le club et qui coûtent cher en termes de point. Irrégulier, l’Inter comprend très vite qu’il ne jouera pas la gagne cette saison non plus. Le retour en Ligue des Champions n’est pas une réussite non plus avec une élimination (malchanceuse) au premier tour dans un groupe relevé (Barcelone, Tottenham, PSV). De nature conflictuelle bien que droit dans ses bottes, Spalletti va perdre la concentration. L’éclatement de l’affaire Icardi, écarté de l’équipe pendant plusieurs semaines, va marquer profondément la fin du championnat conclu à nouveau à la 4e place.

Un bon résultat pour une équipe en reconstruction mais pas suffisant pour un club désireux de faire à nouveau briller son blason en Italie et en Europe. Pour satisfaire ses ambitions, l’Inter est prêt à tout. Même à recruter un ennemi 'juventino' comme Antonio Conte.

Convaincu par le projet, l’ancien médian de la 'Nazionale' accepte cette nouvelle mission et pose rapidement des choix forts. Rigueur et discipline sont les maîtres mots. La 'pazza Inter', la "folle Inter" doit disparaître et devenir une équipe pragmatique. Pour Conte, cette équipe n’a plus besoin d’un buteur "de rectangle" comme Mauro Icardi mais d’un attaquant qui travaille pour et avec l’équipe comme Romelu Lukaku, recruté pour environ 75 millions d’euros.

Conte va rapidement faire du Diable rouge un joueur incontournable dans un échiquier où Lautaro Martinez, Stefan De Vrij, Nicolo Barella et Marcelo Brozovic sont des pions fondamentaux.

Deuxième de Serie A à un seul point de la Juventus dans les circonstances que l’on connaît, l’Inter a encore fait un pas de plus dans son ascension vers les sommets du football européen. Si le chemin est encore long, les 'Nerazzurri' savent qu’ils sont sur la bonne voie et auront l’opportunité samedi de garnir une armoire à trophées qui n’a plus bougé depuis neuf ans.

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