OM : Jorge Sampaoli, le bad-boy empereur de la grinta, apôtre de Marcelo Bielsa

Après l’interminable imbroglio autour d’André Villas-Boas, les persistantes tensions autour du président Jacques-Henri Eyraud et les débordements des supporters, l’OM a décidé de faire table rase du passé.

Pour redonner de l’éclat à une saison qui s’enlise dangereusement, les Olympiens ont donc fait appel à Jorge Sampaoli, le fantasque entraîneur argentin qui débarque tout droit de Mineiro. Présentation de ce roquet des pelouses, adepte des frasques, disciple de Marcelo Bielsa et donc réputé pour son jeu résolument offensif.


Du haut de son 1m67, de sa carrure de déménageur breton, de son crâne rasé et de ses nombreux tatouages, Jorge Sampaoli est un personnage. De la trempe de ces entraîneurs-brailleurs, volontairement provocateurs, qui ne feraient pas tache pour épauler Wentworth Miller dans le prochain casting de Prison Break.

Malheureusement pour Miller, Sampaoli se fout éperdument des strass et paillettes d’Hollywood. Ce qui l’intéresse lui, c’est le football et ce ballon rond qui le fait tant rêver. La preuve, à huit ans, il s’improvise (déjà) apprenti entraîneur. Niché dans sa petite chambre de Santa Fé, il troque son pyjama pour endosser un costume de coach trop grand pour lui et s’époumoner à invectiver ses joueurs imaginaires.

Quand quelques années plus tard, les portes d’une carrière de footballeur professionnel se referment brutalement devant lui, tout s’écroule. Satanée blessure au tibia péroné qui l’oblige à mettre ses rêves (provisoirement) de côté.

Ephémère employé d’une banque, le jeune Sampaoli ne parvient pas à oublier son premier amour. Après sa journée de travail, il quitte donc les faubourgs de la métropole pour aller entraîner des modestes équipes locales et se faire les dents sur le petit banc. J’étais prêt à sacrifier n’importe quoi, mais pas le football" explique-t-il d’ailleurs avec le recul à So Foot en 2016.

Une photo dans un arbre pour lancer sa carrière

En 1995, il se retrouve à la barre de l’Atletico Alumni, le club de sa ville. Ce jour-là, son équipe dispute une demi-finale d’un tournoi local. Déjà bouillonnante, la cocotte-minute Sampaoli explose en plein match. Il est renvoyé aux vestiaires pour protestation et injures envers l’arbitre. Dépité, l’Argentin trouve refuge en haut d’un arbre qui surplombe le terrain de l’époque. Niché tout en haut de sa branche, il braille d’incompréhensibles consignes à ses joueurs.

Quelques jours plus tard, une photo fait le buzz dans la presse locale. Celle de Sampaoli, confortablement installé dans son arbre, lunettes de soleil sur le museau et sourire aux lèvres.

Eduardo Lopez, le président des Newell Old’Boys tombe dessus. Il convoque le jeune Sampaoli pour une entrevue. Quelques semaines plus tard, celui-ci endosse la casquette d’entraîneur de l’Argentino de Rosario, l’équipe affiliée des Newell’s. Sa carrière est lancée.

S’ensuit une impressionnante carrière de coach-baroudeur qui mènera le petit général (1m67) au Pérou, en Equateur ou au Chili. En 2012, fraîchement auréolé d’une Copa Sudamericana 2011 glanée avec son club et vénéré par les supporters du coin, il devient sélectionneur national.

Avec la Roja chilienne, il élimine une autre Roja, espagnole celle-ci et championne du monde en titre, lors du Mondial 2014. Barré en 8e de finale par une cynique équipe des Pays-Bas, il quitte le continent américain en 2016 et franchit l’Atlantique pour la toute première fois direction Séville.

El Loco motive Sampaoli

La suite on la connaît, ce sulfureux bonhomme qu’est Jorge Sampaoli devient l’un des coaches estimés du continent européen, jonglant astucieusement entre une rage de vaincre ancrée depuis longtemps, une grinta assumée et cette petite dose de folie qui pouvait déborder à certains moments.

"Il ne faut rien lâcher avec lui. C’est un grand passionné, très attachant. Entre l’entraîneur et le personnage hors des terrains, c’est le jour et la nuit. Dès qu’il y a entraînement ou match, ce n’est plus le même homme" explique au micro de France Football Adil Rami qui l’a côtoyé à Séville.

Une grinta que le technicien a su cultiver au fil des ans en s’inspirant de son demi-dieu, Marcelo Bielsa. Il y a quelques années, Sampaoli avouait vouer un culte, presque maladif, envers El Loco : "J’enregistrais ses discours et ses conférences de presse et je l’écoutais en faisant mon footing ou en faisant mes courses. Parfois je l’écoutais pendant 14 heures par jour."

Une obsession humaine qui se lit dans le jeu des deux techniciens. Adeptes de ce fameux football total, le maître Bielsa et son infernal disciple Sampaoli chérissent un football offensif, une possession de balle et une pression collective incessante.

Une dernière frasque à son image

Déjà courtisé par l’OM en 2016, Sampaoli débarque donc finalement en Cannebière… non sans avoir une dernière fois son club, l’Atletico Mineiro, d’une frasque dont il a le secret. Alors qu’il dirigeait son tout dernier match, il a pété un plomb, montant sur le terrain pour insulter l’arbitre. Renvoyé aux vestiaires, il a suivi la fin du match derrière une grille, fulminant et vociférant ses doléances habituelles. Du Sampaoli pur jus.

Arrivé au chevet d’Olympiens qui se cherchent, Sampaoli a quelques mois pour redresser la barre. Y parviendra-t-il ? Une chose est sûre, le mariage entre l’Argentin et Marseille risque d’être… détonnant. 

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