Frédéric Guerra, agent de Junior Sambia : "Reprendre le football mais dans quelles conditions ?"

Frédéric Guerra, agent de joueurs, était l’invité de l’émission "Complètement (PAS) Foot", épisode 9, ce dimanche 3 mai 2020 avec David Houdret, Pascal Scimè et Joachim Mununga. L’agent français, actif depuis vingt ans dans le milieu, est, notamment, l’agent de Junior Sambia, le 1er joueur de Ligue 1 touché par le Coronavirus. Le cas du jeune milieu de terrain de Montpellier a secoué le football français… Parce qu’il est le parfait exemple que le Covid-19 n’épargne personne et peut s’attaquer à un athlète de haut niveau de 23 ans.

Tout d’abord, demande Pascal Scimè, comment va Junior ? "Junior Sambia va bien. Cela a été foudroyant. Il est rentré à l’hôpital où très vite, il a été placé dans un coma artificiel. Il y est resté 72 heures. Il a finalement pu ressortir de l’hôpital 48 heures après son coma. A présent, il est rentré chez lui et il se repose. Mais il va bien."

On a senti tout de suite une énorme inquiétude en se disant, bon, la plupart veulent qu’on reprenne le football, mais dans quelles conditions ?

Quand vous avez appris qu’il avait été hospitalisé, vous qui côtoyez depuis des années, des décennies, des footballeurs, des athlètes de haut niveau, jeunes, en bonne santé, quelle est la première chose à laquelle vous avez pensé ? "J’ai pensé à tous ces jeunes, dans le football et hors football, parce que lorsque l’on parle du coronavirus, on parle de tout le monde. J’ai pensé à tous ces jeunes qui se sentent assez invincibles. Et finalement, quand on imagine qu’un joueur de foot est quelqu’un de super entraîné, il a "des poumons jusqu’au bout des orteils". Ce sont des blocs, véritablement des blocs physiques. Et c’est un garçon comme lui qui a été touché. Je pense que l’ensemble de la jeunesse devrait tenir compte de ces circonstances. Et que finalement, ça touche vraiment tout le monde. Après, il y a eu effectivement d’autres joueurs de foot qui m’ont téléphoné, bien sûr, pour prendre de ses nouvelles. Et on a senti tout de suite une énorme inquiétude en se disant bon, la plupart veulent qu’on reprenne le football, mais dans quelles conditions ? Est-ce qu’on va jouer avec un masque. Est-ce que tacler à 3 mètres, ce n’est pas dangereux ? Se déplacer pour aller jouer chez l’adversaire, c’est aussi une promiscuité. Il y a l’avion, il y a le bus. C’est très, très difficile de se dire que l’on va continuer une compétition. Certes, il y a beaucoup d’argent en jeu, mais la santé de tous est primordiale. Je pense que la France, après avoir tergiversé, tourné, a pris la bonne décision."

Ce qui est arrivé à Junior a-t-il facilité la prise de position à l’intérieur du monde du football ?

"Je ne sais pas parce que la décision n’a pas été prise par le monde du football. Le monde du football, que ce soient les présidents, la Ligue ou la Fédération voulaient jouer. Mais la décision a été prise par le gouvernement. Je ne suis pas certain que le cas de Junior Sambia, ils s’en soient servis comme argument pour dire : "on arrête". Je pense que la décision était très au-dessus de l’individu lui-même. Ils se sont battus bec et ongles pour continuer. D’ailleurs, on le voit bien dans les autres championnats européens, en ce moment. Dans les championnats majeurs. Ils essaient de tout faire, par exemple en Espagne pour continuer à jouer."

C’est difficile de demander à un individu dans une entreprise, qui souvent est très bien payé, de dire : "Non. Moi, je n’y vais pas parce que j’en ai peur…"

Pourquoi est ce qu’on a très peu entendu les joueurs, notamment en France ? Pascal Scimè insiste : les joueurs se sont très peu exprimés sur la question. On a beaucoup entendu les présidents et dirigeants de clubs et les pontes de la fédération ou de la Ligue. Mais on a très peu entendu les joueurs…

"Les joueurs se sont surtout exprimés au travers du Syndicat des joueurs professionnels (l’UNFP). Après, c’est difficile de demander à un individu dans une entreprise, qui souvent est très bien payé de dire : "Non. Moi, je n’y vais pas parce que j’ai peur." Il y a eu beaucoup de concertation entre eux, par contre, dans leur groupe Whatsapp. Ils en ont beaucoup parlé. Et puis, malgré tout, on reste encore dans l’inconnu parce qu’on ne sait pas s’il n’y aura pas une deuxième vague, après le déconfinement. Dans le football, finalement, Dybala a été positif longtemps. Matuidi aussi. Bon, ça ne les a pas trop touchés. Mais en France, le cas de Vincent Duluc (ndlr : journaliste à "L’Equipe", atteint du Covid-19 et hospitalisé pendant 28 jours) a eu énormément d’impact chez les joueurs."

Est-ce que vous comprenez aujourd’hui que certains présidents disent non ? Ceux qui disent, on doit continuer le championnat et on fera tout pour contrecarrer cette décision d’arrêter ? Par exemple, Jean-Michel Aulas.

Moi, je serais parti du principe que les 16 équipes qui étaient qualifiées pour les 8e de finale, je les réintégrerais pour la nouvelle campagne de Champion’s League.

"Lorsque, mathématiquement, il pouvait jouer encore la Champion’s League, il est normal qu’il défende son club. A cela, vous ajoutez le fait qu’il a joué contre la Juventus. Il a gagné 1-0 le match aller. Le retour ne s’est pas fait. Potentiellement, il est en quarts de finale. Et potentiellement, il est en demi et même en finale et enfin, il peut la gagner. Donc, tant que mathématiquement, vous avez une chance, il était normal qu’il défende son club !

J’ai évoqué l’autre jour une idée qu’il me semble est à creuser. Il y a peu de chances que la Champion’s League se termine cette saison. Il y a peu de chances que les championnats reprennent puisque (en principe) la Belgique, la Hollande et la France, c’est fini. Moi, je serais parti du principe que les 16 équipes qui étaient qualifiées pour les 8e de finale, je les réintégrerais pour la nouvelle campagne de Champion’s League. Dans ces 16 équipes, si (la confirmation est faite que) les championnats s’arrêtent, onze d’entre elles sont déjà "qualifiées" en Champion’s League. Donc, il ne faut en repêcher "que" cinq. Dans ceux-ci, vous avez l’Atletico Madrid, Naples, Lyon, Valence et Tottenham. On sait qu’à l’Atletico s’il ne joue pas la Champion’s League, il peut perdre 140 millions d’euros. A cela, vous ajoutez un autre paramètre, c’est que la Champion’s League passe dès le mois de juillet par des phases préliminaires… Ces tours-là ne vont pas pouvoir se jouer ! Si la Champion’s 2020-2021 se rejoue avec ceux qui doivent y participer plus ces cinq clubs-là, je pense que, à mon sens, peu de gens sont lésés."

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