Sergio Ramos, le Docteur Jekyll et Mister Hyde du football

Sergio Ramos, la rage de vaincre incarnée
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Sergio Ramos, la rage de vaincre incarnée - © JAVIER SORIANO - AFP

 

28 mai 2018, Kiev. Finale de Ligue des champions, Real Madrid – Liverpool. 30e minute, les Reds dominent, le Real est acculé dans sa moitié de terrain. Au contact avec Sergio Ramos, Mohamed Salah est propulsé au sol. Il grimace, se tient l’épaule, sent que quelque chose ne va pas. Quelques secondes plus tard, il quitte le terrain, en pleurs. Sans leur pharaon, les Reds perdent la flamme. Malgré un but de Sadio Mané qui entretient l’espoir pendant quelques minutes, ils s’inclinent 1-3. A la fin du match, Sergio Ramos a le sourire. Son intervention musclée, sa clé de bras digne d’un judoka, aura privé Liverpool de son meilleur joueur. Un geste antisportif clameront certains. Une action malheureuse diront d'autres. Comme souvent, Ramos a eu une influence capitale sur un match important. A sa manière, en tout cas.

À bien y réfléchir, Sergio Ramos est sans aucun doute un des joueurs les plus controversés de sa génération. Un " sale joueur " comme diraient ses détracteurs. Un défenseur rugueux, dur sur l’homme, qui n’hésite pas à sacrifier corps et âme pour son équipe. Quitte à faire des dégâts collatéraux. Salah en a fait l’amère expérience. D’autres l’ont faite avant lui. Sergio Ramos, c’est 274 cartes amassées dans sa carrière. 24 cartons rouges avec le Real Madrid. Il est le "recordman" absolu de bristols récoltés en Liga, en coupe d’Espagne et en Ligue des champions. Ramos c’est aussi des coups de sang, des crachats, des insanités balancées à l’arbitre, des bousculades et des pétages de plombs. Si les Clasicos ont atteint un tel seuil de tension et d’énervement, c’est (en partie) à cause de lui. Et le pire, c’est qu’il en est fier. Le bonhomme a de l’orgueil, jamais il ne s’excusera pour un geste déplacé. Avec lui, la provocation, l’intimidation et le jeu à la limite de la licité deviennent presque habituels.

600 matchs sous le maillot madrilène

Mais Sergio Ramos, c’est beaucoup plus que cela. Le réduire à ses frasques serait faire injure à son talent de footballeur. Parce que du talent, il en a. Rugueux, intransigeant et doté d’un sens du placement bien au-dessus de la moyenne, il brille défensivement. Au cours des années, il a vu ses partenaires défiler en défense centrale (Raul Albiol, Pepe, Varane) mais, lui, a toujours répondu présent. Fidèle au poste. Par fierté personnelle. Par amour pour le blason. Parce que Sergio Ramos, c’est aussi un exemple de longévité, de persévérance. Contre l'Ajax, il a disputé son 600e match sous les couleurs du Real. Peu de joueurs peuvent en dire autant. Il est le 7e joueur le plus capé de l'histoire de la Maison Blanche. Et à 32 ans, il risque encore de gravir les échelons. Le podium, il l’a en ligne de mire, et il va tout faire pour l’atteindre. Dans son antre, le Santiago Bernabeu, il a tout gagné : quatre Liga, autant de Ligue des champions, deux coupes d’Espagne et trois Supercoupes. Depuis son arrivée en 2005, il a glané vingt trophées collectifs avec son club de toujours. 

Le défenseur buteur dont le Real a tant besoin

En 760 matches professionnels, il a inscrit 89 buts. Faites le calcul, il score une fois tous les huit matchs. Et il est défenseur central, rappelons-le. Cette saison, il a déjà fait trembler les filets à onze reprises toutes compétitions confondues. Suite au départ de Cristiano Ronaldo, c'est lui qui botte les penaltys. Le capitaine qui prend ses responsabilités et inspire les jeunes par sa pugnacité. Tellement intelligent qu’il en devient vicieux, tellement roublard qu’il en devient énervant, tellement décisif qu’il en devient indispensable, le défenseur de la Roja ne laisse décidément pas indifférent. Menacé de mort suite à l'affaire Mohammed Salah, Sergio Ramos a toujours su garder sa ligne de conduite, rester fidèle à lui-même. Plaire à tout le monde, il s'en moque, ce n'est pas son objectif. Il aime déplaire. Il aime provoquer. Parce que ce qu'il veut avant tout, c'est gagner. 

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