L'Atletico Madrid domine la Liga : le show après l'ennui

"Les cochons dans l’espace !" : Loin de la célèbre réplique de Piggy des Muppets, les Colchoneros ("fabricants de matelas" en Espagnol, le métier des fondateurs du club) voient déjà les étoiles : l’Atletico Madrid compte 10 points d’avance en tête de la Liga, tout en ayant disputé un match de moins que la concurrence. De quoi faire déjà rêver du titre aux supporters invétérés de l’équipe emmenée depuis 10 ans par l’inépuisable Diego Simeone.

"On commence à y croire car on est bien partis…" se lance Manu Ferrera, ex-adjoint de Michel Preud’homme (Gand, Standard) et de Marc Wilmots (Iran), coach des Espoirs de La Gantoise… et surtout fan de toujours de l’Atletico. "Avant la pandémie, j’allais régulièrement voir des matches, j’ai fêté le dernier titre là-bas en 2014 et j’espère bien remettre ça en fin de saison… si la crise sanitaire est résorbée. Je fais partie des Los Sufridores, expression qui signifie littéralement ‘ceux qui souffrent’. C’est le surnom des supporters : l’Atletico est un club de tradition où le public vit et souffre avec son équipe. On attend de nos joueurs qu’ils se donnent à fond, on ne veut pas de vedettes sur le terrain : les joueurs qui n’épousent pas ce schéma ne restent pas longtemps… L’ambiance au stade est toujours aussi chaude, même si je préférais l’ancien stade, le Calderon dont je suis un nostalgique…"

"Ennuyeux à mourir..."

Comme le Club Bruges en Belgique, l’Atletico écrase la concurrence et affiche les meilleures stats de Liga : meilleure attaque (40 buts), meilleure défense (10)… et surtout meilleur ratio, tant offensif que défensif, entre les buts marqués et les expected-goals. Traduction : les Madrilènes marquent… plus de buts que leur nombre d’occasions leur offre, et en encaissent… moins de goals que ce que les occasions adverses font espérer au camp d’en-face !


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"C’est toujours la même philosophie : les valeurs de base sont la solidarité, une défense solide et des reconversions ultra-rapides" reprend Manu Ferrera. "Simeone se fiche de la possession de balle : même face au dernier classé, l’Atletico laisse le ballon à l’adversaire ! Il évolue en bloc bas et procède par contres, avec un double rideau défensif, une organisation sans faille et des individualités offensives qui doivent exploiter les rares occasions. À Barcelone ou au Real, on va voir le foot comme on va au théâtre, le supporter veut du beau jeu. Chez nous, ce qui compte c’est la combativité et la victoire… J’avoue que, si je n’étais pas supporter, le jeu de l’Atletico m’ennuierait à mourir ! (rires) Mais c’est du football aussi !"

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L’Atlético Madrid en tête de la Liga : l’efficacité avant tout, le jeu quand c’est possible… © GABRIEL BOUYS - AFP

À la tête de l’équipe depuis 2011 (plus de 500 matches sous sa férule), l’Argentin Diego Simeone est évidemment l’architecte du succès. Même si cette saison, il a abandonné son 4-4-2 pour un système de 3 centraux, avec des pistons balayant tout le flanc. Un système dont notre Yannick Carrasco est devenu un indéboulonnable.

"J’avais des doutes quand Carrasco est revenu de Chine (NDLA : en 2018), mais Yannick me bluffe vraiment", ajoute Ferrera. " Son rôle actuel est le même que celui que Roberto Martinez lui destine en Equipe Nationale, et c’est donc parfait pour les Diables ! Mais Yannick peut aussi évoluer dans les seize mètres, comme 2e attaquant ou en soutien depuis l’entrejeu. Il a aujourd’hui deux poumons de plus ! (sic) Simeone travaille depuis toujours avec le même préparateur, le Professeur Ortega, et il a fait de ses joueurs de vraies machines physiques. Mais peu d’ouvrages ont été publiés sur la méthode Simeone-Ortega : ils aiment conserver leurs secrets."

Marche... ou dégage !

L’Atlético n’a perdu qu’une seule fois en championnat cette saison (2-0 dans le derby face au Real, mi-décembre) : il reste donc sur 8 succès consécutifs en Liga…

"Diego Simeone a carte blanche dans tous les domaines, il fait ce qu’il veut au club : El Cholo (NDA : surnom de Simeone) recrute les joueurs qu’il choisit, et les façonne pour son système. C’est vrai que j’ai du mal à l’imaginer un jour au PSG, pratiquant les mêmes préceptes... Mais à l’Atletico, ça marche ! Et quand des joueurs ne se plient pas à sa philosophie, il les revend. C’est arrivé à Antoine Griezmann… et Joao Felix a intérêt à bosser, sinon il suivra le même chemin. Mais c’est un jeu risqué car cette animation produit peu d’occasions : Simeone a donc intérêt à avoir des attaquants opportunistes. Car en se reposant sur sa défense, qui n’est pas des plus rapides, El Cholo joue un peu à pile ou face : tant que l’équipe évolue en bloc bas, ça va… mais si le bloc monte trop haut, les espaces dans le dos peuvent lui être fatals. Le danger adverse peut aussi venir des phases arrêtées. Sans cela, l’Atletico serait imbattable…"

Avec le vétéran Luis Suarez, lâché par le Barça… et aujourd’hui meilleur buteur de la Liga (14 buts en 16 matches), l’Atletico a trouvé son tireur d’élite. Un sniper qui, en cette saison Covid vraiment pas comme les autres, pourrait ramener le titre dans l’étable des Colchoneros. Etoiles comprises. Mais sans cochonnailles.

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