Vanaken oui, Laifis aussi : quels joueurs répondraient aux règles pour un transfert en Angleterre après le Brexit ?

Avec le Brexit, effectif dès ce 1er janvier, les joueurs européens vont être soumis à la même loi que le sont depuis des années les joueurs hors Europe : il va falloir obtenir un permis de travail pour aller jouer en Angleterre. On essaye de vous expliquer ces règles qui risquent d’impacter les footballeurs européens. Après vous serez incollable pour les discussions mercato avec les copains.

Les règles sont les règles

Commençons par le commencement, le nouveau règlement. Pour pouvoir aller jouer en Angleterre, il faut un permis de travail à points. Au total, 15 points sont requis pour obtenir le précieux sésame.

Ces points sont liés à plusieurs facteurs :

Tout d’abord l’âge. Il faut, de préférence avoir plus de 21 ans si on est non-Anglais et qu’on souhaite taper le ballon sur les jolis gazons Outre-Manche. Pourquoi ? Parce que la Fédération Anglaise limite les joueurs de moins de 21 ans. Les clubs de Premier League n’ont droit qu’à trois joueurs de moins de 21 ans hors Angleterre par mercato donc six maximums par an. Pour la Championship, la FA ne précise pas de limitation.

Et concernant les joueurs de moins de 18 ans, c’est le gros STOP. Interdiction pour les clubs anglais de signer des joueurs de moins de 18 ans. Les règles de la FIFA pour les transferts internationaux entrent désormais en jeu pour les clubs anglais. Les histoires à la Cesc Fabregas, titulaire à 17 ans à Arsenal, c’est fini.

Ensuite, il faut jouer pour son équipe nationale. Et oui, porter la vareuse de son pays rapporte des points pour le permis. En fonction de son temps de jeu sur les 24 derniers mois et de la classification de son pays au ranking de la FIFA, on accumule plus ou moins de points. Au-delà de la 50e place (des pays comme la Grèce, la RD Congo ou la Côte d’Ivoire) à la FIFA, ça rapporte quasi aucun point. A l’opposé, plus de 30% dans une équipe du top 10 (comme la Belgique, le Mexique ou le Portugal), le permis est donné directement.

Enfin, le temps de jeu et championnat dans lequel on évolue donne plus ou moins de points. La FA a subdivisé les championnats européens et internationaux en 6 niveaux. Les 5 grands championnats sont dans le niveau (ou Band) 1. La Pro League, la Eredivisie, le championnat turc et portugais et la Championship sont au niveau 2, etc. (si vous voulez savoir quel championnat est dans quel niveau, allez tout à la fin de l’article, c’est dans les bonus).

Et pareil pour les compétitions continentales : la Ligue des Champions et la Copa Libertadores sont niveau 1, l’Europa League et la Copa Sudamericana sont niveau 2, toutes les autres coupes continentales sont niveau 3 (sympa pour la Ligue des champions asiatiques).

Une fois ce concept de niveau acquis, les joueurs reçoivent des points. En cas de présence sur une feuille de match dans le championnat belge, un joueur obtiendra directement 10 points, un avantage conséquent. Pour comparer, c’est 12 points d’un coup pour être sur une feuille de match de Ligue 1 ou Bundesliga ou 8 points si un joueur apparaît sur une feuille du championnat russe ou écossais.

Les joueurs obtiennent aussi des points en fonction de leur pourcentage de temps de jeu et le niveau du championnat (ou de la coupe continentale) dans lequel (ou laquelle) ils évoluent. Entre 90 et 100% de temps de jeu en Pro League sur les 12 derniers mois, vous recevez…. 10 points ! Déjà pas mal sur le chemin des 15 requis pour passer la Manche. Par contre si vous avez 85% de temps de jeu au Danemark (niveau 5), vous ne recevez que… 3 points.

Les joueurs reçoivent aussi des points pour le classement de leur club lors du dernier classement final des 12 derniers mois ainsi que pour des tours atteints lors des compétitions continentales.

Si le joueur évolue dans plusieurs compétitions (championnat et coupe d’Europe) et en équipe nationale, les points s’additionnent pour tenter d’obtenir le total magique de 15 points.

Petit bonus : le permis est donné automatiquement à un joueur de plus de 21 ans, issu d’un pays classé dans les 50 premières places de la FIFA et qui compte 70% de temps de jeu avec son équipe nationale.


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La situation, pour un joueur de plus de 21 ans évoluant en Pro League (10 points), se résume finalement à obtenir plus de 40% de temps de jeu (5 points) sur les douze derniers mois pour pouvoir prétendre à obtenir un permis de travail. Le vrai souci résidera donc, vous l’aurez compris, pour les jeunes joueurs vu les limitations imposées aux clubs anglais lors de chaque mercato pour l’achat de joueurs de moins de 21 ans.

Des exemples concrets (mais hypothétiques)

Pour essayer de vous faire visualiser le fonctionnement des choses, on a pris quelques exemples concrets mais hypothétiques bien sûr. On a choisi trois joueurs, valeurs confirmées de notre Pro League depuis 6 mois ou plus : Hans Vanaken, Joris Kayembe et Konstantinos Laifis.

Vanaken : sans souci

Valeur sûre de notre championnat avec le Club de Bruges, Hans Vanaken (28 ans) a déjà reçu un appel du pied de West Ham il y a quelques mois, sans finalement répondre à l’invitation. Une décision qu’il aurait pu regretter quelques mois et un Brexit plus tard ? Pas vraiment. Même si son pourcentage (25%) de temps de jeu sur les deux dernières années avec les Diables Rouges (1re nation mondiale) ne lui rapporte pas de "pass automatique" (c’est le cas pour les internationaux avec minimum 30% de temps de jeu avec les 10 premières nations mondiales), il engrange déjà 10 points et rien qu’avec le titre de champion acquis en conclusion de la saison écourtée par le coronavirus (6 points), Vanaken obtient le total nécessaire pour partir jouer en Albion sans même calculer ses points acquis pour son temps de jeu en championnat et en Ligue des Champions.

Kayembe : ça passe

Pour Joris Kaymbe, excellent sur son flanc gauche de Charleroi depuis son arrivée l’hiver dernier, les choses seraient tout aussi aisées. Malgré son statut d’international belge depuis peu, il n’a joué que 8 minutes sur la trentaine de matches disputés par la Belgique depuis 2 ans. Avec moins d’un pourcent, il n’accumule aucun point (pourtant entre 1 et 9% de temps de jeu dans une équipe classée entre la 1er et la 10e place à la FIFA, c’est déjà 8 points pour le permis). Qui plus est, pas de Coupe d’Europe disputée (les qualifs ne rapportent pas de point), reste son temps de jeu en championnat : 67% (99% cette saison additionnée au 35% de la saison dernière) – équivalent à 7 points puisque tous ses matches ont été disputés avec Charleroi, au niveau 2. Il reçoit un point bonus comme Charleroi s’est qualifié pour les matches de qualifications de l’Europa League. Kayembe totalise donc 8 points auxquels s’ajoutent les 10 points donnés pour avoir figuré au moins une fois sur une feuille de match de JPL, Joris Kayembe totalise donc 18 points et pourrait donc légitiment obtenir son permis pour aller jouer Outre-Manche.

Laifis : oui easy

Pion essentiel du Standard depuis plusieurs années, le défenseur a déjà attiré sur lui de nombreux regards étrangers. Si l’Angleterre devait arriver cet hiver, pourrait-il obtenir son permis de travail ? Sortons les calculettes car sa situation est particulière. 81% de temps de jeu avec Chypre sur les deux dernières années, c’est impressionnant mais ça ne rapporte qu’un point puisque Chypre se classe bien au-delà de la 50e place à la FIFA (100e). Sur les 12 derniers mois, Laifis affiche une moyenne de 83,5% de temps de jeu en Pro League avec le Standard, équivalent à 9 points. S’ajoute un point pour avoir terminé qualifié pour les qualifications de l’Europa League la saison dernière, plus deux points pour participer aux poules de l’Europa League cette saison : 12 points. En Coupe d’Europe, cette saison, le Chypriote a 52% de temps de jeu, ce qui vaut à seulement 1 point. Mais heureusement pour le défenseur, sa présence sur une feuille de match de Pro League lui rapporte 10 points de plus. Avec donc un total de 23 points, Laifis décrocherait son permis sans problème.

Et les entraîneurs dans tout ça

Enfin, pour les entraîneurs, c’est plus simple que les joueurs. Il faut avoir coaché 24 mois d’affilée ou 36 mois sur les cinq dernières années dans des compétitions de band 1 à 5. Il faut aussi une licence pro UEFA et une preuve qu’on maîtrise assez l’Anglais. Selon ces règles, le foot anglais se priverait du football d’un Marcelo Bielsa à cause de son manque de maîtrise la langue de Shaekespare.

Bonus : le classement des championnats pour les points selon la FA

Niveau 1 : Premier League, Bundesliga, Liga, Serie A et Ligue 1.

Niveau 1 compétition continentale : UEFA Champions League et Copa Libertadores.

Niveau 2 : Primeira Liga du Portugal, Eredivisie, la Pro League, Super Lig et le Championship.

Niveau 2 compétition continentale : UEFA Europa League et la Copa Sudamerica.

Niveau 3 : Premier League russe, Série A brésilienne, Primera División argentine, Liga MX (Mexique) et la Premiership (Ecosse).

Niveau 3 compétition continentale : Toutes les autres coupes continentales pas encore mentionnées.

Niveau 4 : Le championnat tchèque, croate, la SUper League suisse, la Segunda División espagnole, la 2. Bundesliga, la Premier League ukrainienne, la Superleague grecque, Primera A colombienne, Major League Soccer (USA et Canada), la Bundesliga autrichienne, et la Ligue 2.

Niveau 5 : SuperLiga serbe, Superliga danoise, Ekstraklasa (Pologne), PrvaLiga (Slovénie), Primera División chilienne, Primera División d’Uruguay et la Super League chinoise.

Niveau 6 : Tous les autres championnats pas encore mentionnés.

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