Tielemans : "À Leicester, on joue aux fléchettes avant les matches…"

En cinq sorties, il a déjà mis Leicester à ses pieds : prêté dans les East Midlands pour se ressourcer après sa dèche monégasque, il évoque le foot et les espaces, Jamie Vardy, les frappes de mule, Thierry Henry, les tabloïds et la roulette de Zidane. Sans oublier les Diables, sa cote à 45 millions, son poto Leander, les clés du jeu, Samuel Umtiti… et le porridge. Ni bien sûr un éventuel retour à Anderlecht. Depuis Leicester, Youri Tielemans passe "Sur le Gril".

Face à lui, le maillot de Kasper Schmeichel. À sa droite, ceux de Jamie Vardy et Harry Maguire. À gauche, celui de son voisin de casier, Wilfred Ndidi (ex-Genk). Youri Tielemans nous accueille dans le vestiaire du King Power Stadium, l’enceinte du Leicester Football Club, champion d’Angleterre 2016.

"Comme tous les enfants, le foot anglais m’a toujours fait rêver", sourit Youri Tielemans, banane Pepsodent, faciès de Babyface. "J’ai eu plein d’idoles en Premier League, même si dans ma chambre, ce n’était que des posters… d’Anderlecht. (rires) Au quotidien, je fréquente des joueurs que je voyais à la télé : Jamie Vardy est un gars très simple et accueillant… mais quand il s’énerve, c’est quelque chose ! Dans tous les vestiaires du monde, on se chambre, c’est pareil ici, question délire. Pour mon bizutage, j’ai chanté Shape Of You d’Ed Sheeran. Ma femme me dit que je n’ai pas spécialement une belle voix, mais je pense m’être pas mal débrouillé. Chanter devant ses nouveaux collègues, c’est plus stressant que de jouer dans un stade bondé. Mais tout le monde se marre et ça accélère l’intégration. Ici en Angleterre, on ne fait pas de mise au vert avant les matches à domicile : on se retrouve au stade 3 heures avant le match, on mange ensemble, puis on se relaxe. Les uns jouent aux cartes, les autres au billard… mais leur grand truc, c’est les fléchettes : ils adorent ça !"

Pas de clés

Après avoir livré deux assists pour ses quatre premières sorties, le Soulier d’Or 2015 a profité de la venue de Fulham, ce samedi, pour accrocher son premier but pour Leicester. "Le coach Brendan Rodgers m’a déjà donné les trois rôles de médian axial, en 6, en 8 et en 10, tout dépend des options tactiques. S’il m’a donné les clés du jeu ? Le manager ne voit pas les choses comme ça : tout le monde bouge pour tout le monde, le système est flexible."

On lui rappelle ses buts en Belgique inscrits sur des frappes lointaines, un exercice dont les spectateurs British raffolent. "Les frappes de mule, tous les stades du monde aiment ça. J’ai le droit de tenter ma chance, je compte bien le faire dans les rencontres à venir (rires). Mon truc technique préféré ? La roulette de Zidane ! Pourquoi ne pas essayer ici aussi ? J’avais besoin de me ressourcer après les derniers mois à Monaco, on était entré dans une spirale très négative. En principe, j’y retourne en fin de saison… mais si Leicester veut me garder, pourquoi pas ? On verra tout ça en temps utile."

Le fric pas chic

En début de semaine, la presse britannique a évoqué une somme de 45 millions d’euros pour l’option à lever si les Foxes devaient décider d’acquérir le Belge définitivement. "Je ne suis pas au courant… et je m’en fiche : j’ai toujours joué pour le plaisir, pas pour l’argent, je laisse toutes ces discussions à mon agent. On sait que le foot-business d’aujourd’hui tourne autour de sommes folles, mais je ne regarde pas tout cela : je vois le ballon, et rien d’autre. Je ne me laisse pas résumer à une somme d’argent."

Installé avec sa petite famille dans un appartement du centre-ville, Youri se met tout doucement au British Way of Life. "Oui, je parle Anglais. Je mange un peu anglais aussi : eggs and bacon, le porridge aussi, c’est très bon pour un sportif. Les beans, j’adore, mais je dois me modérer, c’est un peu lourd (clin d’œil). Rouler à gauche m’a demandé aussi une adaptation : ne pas se tromper de côté au carrefour, adapter les distances, mais maintenant ça va… (rires). Les supporters sont très sympas, on me dit encore ‘Welcome’ dans la rue alors que ça fait… 6 semaines que je suis ici ! La presse tabloïd ? Je ne dois pas m’en plaindre : vous me connaissez, j’ai une vie tranquille, je ne sors pas, ils ne vont pas faire de matière avec moi !" (rires)

Gagner l’Euro !

Installé désormais dans la compétition accueillant la plupart des Diables Rouges ("On n’a pas eu trop de contacts jusqu’ici, on attend le prochain rassemblement pour échanger nos impressions. Je vais voir avec Dendoncker : Leander est mon meilleur pote chez les Diables, on ne se quitte pas !"), Tielemans regagne du galon pour confirmer en Equipe Nationale ses dernières bonnes sorties sous Roberto Martinez. "C’est toujours une grande fierté de retrouver la sélection, j’adore porter le maillot national. On a des joueurs énormes et une équipe énorme, la mentalité est exemplaire : on a intégré cette envie et cette culture de la gagne, il suffit de voir nos visages dépités après notre défaite au Mondial contre la France. Je le déteste, cet Umtiti ! (rires) On ira à l’Euro avec l’ambition de le gagner ! Il faudra juste être au top au bon moment… comme tous les autres favoris : c’est le propre des grandes équipes !"

Sur le Rocher, Tielemans avait aussi retrouvé… l’espace de quelques mois l’ex-T3 des Diables, Thierry Henry. "Ça ne s’est pas bien passé pour lui à Monaco, mais pour nous, il revient quand il veut chez les Diables. C’est à lui de voir… mais ça m’étonnerait qu’il le fasse : quand on a goûté au métier de T1, on ne redescend pas si vite T2 ou T3…"

Boucler la boucle mauve…

Et comment ne pas conclure… en analysant la piètre saison de son club de cœur anderlechtois ? "Ça me fait mal de voir le Sporting dans une telle situation : devoir batailler pour les Play-Offs 1… alors que je n’ai jamais connu le club en-dessous du Top 3 ! Mais avec le format du championnat belge, tout est possible : je me rappelle de ma première saison en pro, on était à la rue en phase régulière… et en play-offs, on a fini champion avec Hasi ! Donc, cette fois-ci encore, tout reste possible. J’essaie de regarder les matches du Sporting sur internet, mais avec Leicester on joue souvent en même temps : j’avais suivi leur match à Lokeren et ils ont pas mal souffert… J’ignore pourquoi cette saison est si difficile, je ne connais presque plus aucun joueur au parc. Le changement de direction ? C’est sans doute une explication, mais je n’en sais pas plus…"

À bientôt 22 ans (ndlr : le 7 mai prochain), Youri Tielemans en est déjà à sa 6e saison professionnelle. L’horizon est lointain, certes, mais la question mérite d’être posée : et s’il venait à boucler la boucle au Sporting, son club chéri, en fin de carrière ? "Je n’y ai pas encore trop pensé. Je dis bien ‘pas trop’, car c’est vrai qu’on m’en parle souvent (rires). Il faudra voir comment je serai en fin de carrière, mon corps, ma tête, tout ça… Si les supporters me le demandent ? Allez, disons, pourquoi pas ? Mais on verra en temps utile, je ne peux rien promettre." (rires)

Une belle façon de clôturer la belle histoire…

"Sur le Gril", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité ce dimanche soir dans "Complètement Foot" entre 20 h et 23 h.

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