Premier League : Bruno Fernandes, le précieux couteau suisse d'un Manchester United qui retrouve l'appétit

Jeudi soir, Manchester United n'a fait qu'une bouchée de la Real Sociedad en Europa League (0-4). Un succès, déjà quasiment synonyme de qualification, qui porte (à nouveau) la griffe de Bruno Fernandes, auteur d'un doublé. En douze mois à peine, cet ancien défenseur s'est imposé comme le patron d'un United qui revit. Présentation.

Janvier 2020. En pleine crise existentielle, United accuse le coup, bien loin des sémillants sommets anglais. Le titre est déjà hors de portée, et la prestigieuse réputation "d’équipe de la ville" sérieusement écornée par la montée en puissance de l’ennemi Manchester City.

Comme le veut la sempiternelle tradition depuis la fin de l’ère Ferguson, les dirigeants des Red Devils noient leur chagrin dans le mercato, unique bouée de sauvetage pour éviter une nouvelle saison fade et sans saveur. Fin janvier, la fragile tirelire du club, qui avait déjà connu quelques coups de boutoir, explose. 55 millions d’euros sont déboursés pour attirer Bruno Fernandes, un médian portugais de 25 ans.

Bruno qui ? Dans les travées d’Old Trafford, certains sourcils sceptiques se froncent. Fernandes est, certes, un joueur respecté du championnat portugais, même courtisé par le Real Madrid, mais valait-il une telle somme ? 55 millions d’euros…

Va-t-il confirmer ou atterrir dans le funeste cimetière des transferts ratés de Manchester United aux côtés des Alexis Sanchez, Angel Di Maria, Memphis Depay ou Marcos Rojo ?

Une mise en jambes express

Propulsé titulaire trois jours après son arrivée, Fernandes profite d’un entre-jeu dépouillé par le départ d’Ander Herrera au PSG et la blessure du précieux Scott McTominay pour se frayer une petite place au soleil. Ses premières enjambées sont timides mais illustrent tout le potentiel de cet international portugais encore méconnu du grand public.

Dès son deuxième match pourtant, il se montre déjà décisif en trouvant le crâne du roc Maguire sur corner. Première passe décisive, la redoutable machine portugaise est lancée. Il conclura finalement son premier mois au club avec 1 but et 2 passes décisives, 7 points glanés sur 9 et un trophée de joueur du mois en Premier League.

La suite est limpide, les semaines filent mais le refrain reste le même. Avec Fernandes, la maxime “Un être vous manque et tout est dépeuplé” prend tout son sens. Fernandes était la clé qui manquait pour redonner vie à ce pantin mancunien, fébrilement désarticulé jusque-là. Pas forcément grand, pas forcément costaud, pas forcément flashy, le Portugais est le prototype du joueur moderne, collectif, altruiste et surtout… décisif.

Bruno, le maître

Trop offensif pour n’être qu’un box-to-box, trop impliqué dans les tâches défensives pour être uniquement catalogué comme meneur de jeu, Fernandes est une anguille, un médian atypique qui aime se faufiler entre les lignes pour gicler quand on ne l’attend pas.

Et sous l’impulsion de son nouveau maestro, c’est tout l’orchestre mancunien qui se met subitement à jouer juste. De mi-février à fin juillet, les victoires s’enchaînent et United reste invaincu (10 victoires, 3 nuls en 13 matches). Suffisant pour griller la priorité à d’autres outsiders (Tottenham, Chelsea, Arsenal) et s’installer à une convaincante 3e place. Bruno, lui, fait du Fernandes en se montrant prépondérant dans la construction… et la finition (8 buts, 7 assists en 14 matches).

Manchester uni autour de son meneur

Devenu la coqueluche de supporters mancuniens qui reprennent goût à la vie après de longues saisons bien moroses, Fernandes ne ralentit pas la cadence cette saison. Ce grand fan du binôme d’artistes Ronaldinho-Cristiano Ronaldo, se voit d’ailleurs récompensé de tous ses efforts, glanant 4 trophées du joueur du mois sur une année civile, un record.

Omniprésent, quasiment jamais absent ou blessé (23 titularisations sur 24 en Premier League), ultra-ambitieux et doté de cette fameuse mentalité de "gagneur", il est devenu l’homme à tout faire d’un Solskjaer qui doit bénir les dieux de lui avoir offert un tel joyau. Eboueur de l’entrejeu par moments, finisseur opportuniste à d’autres, létal sur phases arrêtées (quitte à parfois se faire appeler le "maître des pénaltys" par ses réticents détracteurs) Fernandes rayonne (14 buts, 10 passes décisives en 24 matches, 53 implications sur 58 matches en tout !) et il permet à United de rêver d’un chimérique titre qui lui échappe depuis 2013.

A l’instant où nous écrivons ces lignes, le gouffre avec le leader City reste énorme (10 points) mais le simple fait de revoir United jouer les premiers rôles en Premier League doit faire chaud au cœur des supporters.

Fernandes, lui, fait un joli pied de nez à l’un de ses premiers entraîneurs qui l’avait coltiné à un rôle de défenseur, affirmant que c’était uniquement à cette place-là qu’il ferait une bonne carrière. Comme quoi, on ne peut pas toujours avoir le nez creux. Toujours est-il qu’en douze mois à peine, Fernandes a (déjà) justifié les 55 millions déboursés par les Red Devils.

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