Paul Gascoigne, le génial sombre héros

Paul Gascoigne fête ses 50 ans ce samedi 27 mai 2017. L’occasion pour tous les amateurs du ballon rond de revenir sur la carrière contrastée - c’est un euphémisme - de l’un des plus emblématiques footballeurs britanniques de ces dernières décennies.

L’histoire de Gascoigne commence réellement à l’été 1990 lors de la Coupe du Monde en Italie. L’Angleterre y croit, 24 ans après son seul sacre international. La génération est belle, insouciante. Gascoigne en est, avec Chris Waddle et Gary Lineker, le fer de lance. C’est le début d’une belle romance avec le peuple anglais. La formation aux Trois Lions termine le tournoi à une encourageante quatrième place et les larmes du jeune Gascoigne en demi-finale (perdue face à la RFA) font chavirer les cœurs. A 23 ans, Gazza devient le symbole du renouveau. Mais rien ne sera limpide dans cette trajectoire romanesque.

Une ascension fulgurante pour une âme tourmentée

Professionnel depuis avril 1985, Gascoigne prend son envol dès la saison suivante avec Newcastle. Après trois années à faire ses classes en première division, le meilleur jeune joueur du championnat 1987-1988 franchit un nouveau palier et signe en faveur de Tottenham. Chez les Spurs, le milieu offensif éblouit par sa technique et sa mobilité. Son caractère fougueux et ‘bagarreur’ fait le bonheur des spectateurs. Mais déjà les premiers signes de débordements surgissent et son tempérament instable lui fait connaître ses premiers déboires hors des terrains.

Après être devenu l’idole de la nation, Gascoigne va enfin décrocher le premier titre de sa carrière. En mai 1991, les Spurs soulèvent la très prisée Coupe d’Angleterre. Mais cette finale face à Nottingham Forest reste à jamais un crève-cœur pour Gazza qui se blesse gravement au genou après seulement un quart d’heure de jeu.

Il lui faut une année - car, évidemment, Gascoigne aggrave sa blessure dans une rixe en boîte de nuit - pour se remettre de ce douloureux passage. Mais sa cote n’a pas baissé et la Lazio Rome l’attire dans ses filets. Dans la capitale italienne, Gazza est reçu en grande pompe mais peine à retrouver son football. Par contre, il n’a rien perdu de son goût prononcé pour l’alcool et les frasques en tout genre.

Des hauts et des bas, de l’eau et des bars

Gascoigne est un personnage attachant mais incontrôlable. Un génial rebelle qui ne laisse pas indifférent. Les supporters laziale sont sous le charme et lui vouent une passion débordante malgré son irrégularité sur les pelouses de Serie A.

Entres coups de génie, problèmes extra-sportifs et blessures à répétition, les trois saisons romaines de l’international anglais laissent un petit goût d’inachevé. Notamment à cause de cette fracture qu’il le prive de sa dernière année. Son corps ne cesse de lui demander un peu de calme.

Mais le football n’a pas fini de parler de Gascoigne. En juillet 1995, c’est tout Glasgow qui tremble. D’un côté les supporters des Rangers qui frissonnent à l’idée de voir la douceur du toucher de balle du joueur, de l’autre les habitants qui imaginent déjà les ravages que va provoquer 'Gazza le terrible'.

Et tous ces frémissements de se concrétiser rapidement. A Ibrox Park, Gascoigne redevient le génie adulé et redouté par toutes les défenses adverses. Il remporte deux titres de champion consécutifs (1996 et 1997), une coupe d’Ecosse (1996) et une coupe de la Ligue (1997) et c’est à cette période-là qu’il offre à l’Angleterre un de ses plus beaux moments.

En 1996, les Anglais organisent pour la première fois un Euro sur leur sol. L’ambition est grande et Gascoigne est revenu en odeur de sainteté. Si certains fans ne lui pardonnent pas ses trop nombreuses frasques, le joueur n’en a que faire et retrouve la joie de jouer, tout simplement.

La pression est terriblement pesante sur les épaules de l’idole qui ne peut s’en détacher que grâce à son sévère penchant pour l’alcool. Toutefois, le milieu offensif n’est pas prêt à lâcher cette fois-ci et va le prouver.

Après une décevante entame face à la Suisse (1-1), Gascoigne endosse son plus beau costume : celui du héros somptueux. Le 15 juin à Wembley, contre l’ennemi intime écossais qu’il côtoie au quotidien, Gascoigne paraît à bout de souffle. Mais à dix minutes de la fin, le natif de Newcastle fait parler la magie. Un appel en profondeur, une feinte de frappe suivit dans le même geste d’un sublime coup de sombrero du pied gauche et une reprise du droit sans que le ballon ne touche le sol. Un but pour l’histoire. Une célébration - au sol, les bras en croix, il est aspergé d’eau par Teddy Sheringham - gravée dans les mémoires. Malgré une nouvelle élimination douloureuse en demi (contre l’Allemagne), Gazza est revenu en haut de l’affiche. Il est au sommet de sa popularité.

L’inévitable chute

Mais 'Gascoigne le fantasque' a une étonnante capacité à brûler tout ce qu’il possède. En Ecosse, il sombre définitivement dans l’alcool et ne s’en relèvera plus. Les pitreries ne font presque plus rire personnes et les tabloïds britanniques s’en donnent à cœur joie. Il quitte les Rangers à la fin de la saison 1997-1998, l’âme en peine. Le plus haut niveau ne reverra plus celui qu’il a adoré détester ou qu’il a détesté adorer, c’est selon.

Ses expériences à Middlesbrough, à Everton, à Burnley, en Chine à Gansu Tianma ou encore à Boston United sont autant de tentatives ratées pour ne pas sombrer. Mais c’est trop tard, son mode de vie de 'rock star' l’a rongé de l’intérieur.

Il s’enferme toujours un peu plus dans l’alcool, la drogue et les médicaments. Il enchaîne les appels à l’aide et les désintoxications… trop souvent infructueuses.

Gascoigne est un des premiers à avoir subi de plein fouet l’immense starification des footballeurs et ses dérives. Son incapacité à gérer ce statut lui a coûté très cher.

Aujourd’hui, Gazza a 50 ans et fait encore régulièrement la Une des tabloïds. L’Angleterre s’attriste de voir l’une de ses légendes vaciller et s’accroche au doux rêve de le voir un jour basculer du bon côté… définitivement.

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK