Lampard au tapis, symbole d'un Chelsea qui a le blues

C’était dans l’air depuis quelques heures, c’est désormais officiel : Frank Lampard n’est plus l’entraîneur de Chelsea. Lui l’enfant de la maison, l’homme de tous les records à Stamford Bridge. Lui, l’entraîneur pourtant quasi novice, revenu au bercail par la grande porte à l’aube de l’été 2019 pour redresser des Blues sevrés de titre depuis 2015. Lui le messie tant attendu, fauché avant même d’avoir eu le temps de prendre son envol.

Chelsea se sépare donc déjà de son enfant chéri. Et pour la première fois depuis une éternité, le grand manitou du club et sérial “licencieur” redouté, Roman Abramovitch, y est allé de sa flegmatique déclaration : ‘Ce n’est jamais le bon moment de se séparer d’une légende comme Frank. Mais après une longue délibération, on a décidé qu’il fallait du changement.

Un licenciement express, après moins de 18 mois au club, qui sonne, malgré ces laconiques explications, comme un fameux aveu de faiblesse de la part de Blues rués vers les sommets et visiblement impatients.

Revenu en terres londoniennes en juillet 2019, Lampard avait alors dû jongler avec l’embargo imposé aux Blues, privés de mercato et donc contraints de poursuivre avec un noyau que beaucoup jugeaient trop étriqué.

Mais grâce à un team spirit retrouvé et l’éclosion de plusieurs babyblues du centre de formation (Mount, Abraham, Tamori) Chelsea a déjoué les pronostics pour s’installer à une très belle 4e place, qualificative pour la prochaine Ligue des Champions au nez et à la barbe d’outsiders comme Leicester, Tottenham ou un Arsenal à la dérive (8e) en championnat. Cerise sur le gâteau, les Blues ont atteint la finale de FA Cup, s’offrant au passage le scalp de Liverpool ou Manchester United.

Un mercato bling-bling typiquement blues

Auréolés de ce beau parcours, les Londoniens entament l’été 2020 dans la peau d’un outsider subitement revigoré. Au repos forcé l’été précédent, les caisses sont pleines à craquer et prêtes à mettre le pactole pour du transfert bling-bling, éternelle marque de fabrique abramovitchienne.

Débarquent alors à la chaîne les prometteurs Timo Werner, Kai Havertz, Hakim Zyiech, Ben Chilwell, Edouard Mendy et dans une moindre mesure, Thiago Silva et Malang Sarr, libres de tout contrat. Au total, plus de 200 millions sont déboursés en un été.

Après plusieurs saisons de vache maigre, revoilà donc le grand Chelsea, du moins sur papier. D’aucuns érigent même les Blues comme des potentiels candidats au titre.

Pour sa 2e saison à la tête du gouvernail londonien, Lampard a donc la pression. Malgré son imposante stature de légende du club, il sait, il sent que les résultats doivent suivre.

Un début de saison erratique

Mais chamboulement d’effectif oblige, Chelsea balbutie quelque peu son football en début de championnat. Les automatismes ne sont pas là et les miroitants transferts tardent à confirmer. Sur les 6 premiers matches, les Blues ne gagnent deux fois. La suite est plus limpide et un convaincant 13/15 donne l’impression que Lampard&Co sont définitivement lancés.

Malheureusement pour eux, le retour sur terre est aussi brutal que la montée en régime ne fut éphémère. Timo Werner aux abonnés absents et en manque criant de confiance (4 buts en 19 matches), Kai Havertz plombé par une pancarte d’enfant prodige sans doute trop lourde pour lui, Hakim Zyiech trop peu présent (dix matches seulement), les transferts ne répondent tout simplement pas présent.

Et dans leur décevant sillage, c’est tout ce Chelsea trop dépendant des prouesses individuelles de ses nouvelles stars, qui vacille. Un 7/24 bien décevant qui plonge les Blues à la 9e place du classement et sonne le glas des illusions de Frank Lampard. L’ancien génie des Londoniens quitte donc le club avec la pire moyenne de points pour un entraîneur depuis belle lurette (1,75/ match), poignardé dans le dos par une direction fustigeant son manque de communication avec le noyau. Et pourtant…


 

Un licenciement trop précoce ?

Difficile de ne pas se demander si ce licenciement ne survient pas, comme souvent avec Chelsea, un peu trop tôt dans le processus. Premièrement parce que Lampard n’avait "que" 84 rencontres dans les pattes et commençait tout juste à trouver ses marques dans cet effectif chamboulé.

Deuxièmement parce que la situation comptable était loin d’être catastrophique : 9e de Premier League, les Blues ne pointaient finalement qu’à 5 unités de la 4e place d’une Premier League inhabituellement homogène et étaient qualifiés pour les 8e de finale de la Ligue des Champions.

"N’est-ce pas le but de donner du temps à un jeune entraîneur qu’on vient d’engager ? Qu’on lui laisse le temps de développer son style et sa vision de jeu ?" se demandaient plusieurs internautes cet après-midi.

Comme souvent, Chelsea et son board ont décidé d’agir vite, de pallier la première secousse en mettant à pied le bouc émissaire tout désigné. A voir, avec le recul, si cette décision portera ses fruits.

Thomas Tuchel, pressenti pour succéder à Lampard, le sait d’ailleurs. Avec ce noyau, il n’aura pas le droit à l’erreur. Au risque de finir dans le cimetière des entraîneurs déchus, comme beaucoup d'autres avant lui. Légendes du club ou pas...

 

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