Youri Tielemans : "Je ne dirai jamais que je suis un crack"

Youri Tielemans se livre au petit jeu du selfie
Youri Tielemans se livre au petit jeu du selfie - © Tous droits réservés

Rapidement devenu taulier de Leicester, il s’affirme comme le leader de la nouvelle génération des Diables. Il s’exprime sur la pression, l’Euro 2020, le projet Kompany à Anderlecht et les critiques sur Eden Hazard. Mais aussi sur le leadership, la croissance de la Pro-Ligue et le (long) voyage vers le Kazakhstan. Mais surtout… le 2e come-back d’Anthony Vanden Borre. Youri Tielemans passe " Sur le Gril ".

Malgré son visage de Babyface, Youri Tielemans prend de l’âge et de l’expérience. À 22 ans et demi… et déjà 6 saisons complètes au plus haut niveau, il déboule avec confiance dans le lobby de l’hôtel des Diables à Tubize. Avec 24 sélections de Diable à son compteur perso, il évolue déjà en zone archi-connue.

C’est toujours agréable de retrouver les Diables " explique Youri Tielemans. " Avec les jeunes, on a grandi ensemble dans les mêmes quartiers et on a fréquenté les équipes nationales de jeunes, on a des codes communs et on restera amis après nos carrières. Et avec les plus anciens, les liens se sont resserrés depuis la Coupe du Monde en Russie. C’est différent de Leicester même si là-bas, c’est vrai, c’est mon vestiaire au quotidien. Mais qu’on soit potes ou pas, c’est la même chose : on porte le même maillot et on s’arrache sur le terrain pour venir en aide à l’équipier en difficulté. "

Désormais qualifiés pour l’Euro, les Diables peuvent se fixer d’autres objectifs : viser le 30 sur 30 ou commencer à expérimenter des options en vue de l’an prochain.

Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que ces pseudo-petits matches sont des punitions : on doit faire notre boulot et c’est justement quand on se relâche qu’on peut tomber de haut. Les phases éliminatoires ne nous offrent pas beaucoup de grands matches pour préparer les grands tournois, c’est vrai, mais avec nos clubs, on a toute l’année des matches de haut niveau. C’est à nous de mettre de l’intensité dans ces parties ! Et si on veut se reposer, les vacances sont faites pour ça ! (rires) C’est vrai, il y a plus agréable qu'un long périple au Kazakhstan, mais c’est le job… Si je peux citer 3 joueurs kazakhs ? Non, je ne connais pas leurs noms. Mais leur tête, oui ! " (rires).

Entre-temps, Youri a obtenu la permission de zapper Nur Sultan dans l'attente d'un heureux événement auprès de Madame : la naissance, vendredi, d'une petite Léana.

Gagner l’Euro

La Belgique du foot aurait bien voulu accueillir des matches de l’Euro 2020, le dossier miné de l’Euro-Stade a réduit le projet à néant. Mais sur le terrain, les Diables comptent bien être présents jusqu’au bout.

On a chez nous des joueurs parmi les meilleurs au monde, on a une génération fantastique qui peut faire de belles choses… et, bien sûr, gagner l’Euro. C’est marrant, quand j’étais gamin, je suivais plutôt le Brésil ou la France, où jouaient tous les plus grands joueurs du monde. Car sans manquer de respect aux Diables de l’époque, ce n’était pas nos années les plus glorieuses. Mais aujourd’hui, ça a bien changé… "

Après les échecs des Mondiaux 2014 et 2018 et surtout lors de l’Euro français, la Belgique a gaspillé 3 jokers. L’an prochain, il s’agira de ne pas se louper… sous peine de ne plus voir le train repasser.

 " Si la génération de Diables suivant l’actuelle sera aussi brillante ? J’y compte bien, je fais partie de cette relève intermédiaire ! Tout dépendra de l’encadrement et de l’évolution de chacun, notamment de tous ces joueurs issus de Pro-Ligue belge qui commencent à être intégrés et vont devoir apprendre à gérer la haute pression. Le championnat de Belgique est en pleine progression, c’est le bienfait des Play-Offs, et certains jeunes ont compris, comme moi, qu’il ne fallait pas quitter trop tôt la Belgique. En tout cas, je vais les aider : de tous les anciens, je suis le plus jeune et je fais un peu le lien entre les deux générations. "

" On a tous une pancarte dans le dos... "

Car de fait, après 6 mois passés à Leicester, et après le plantage monégasque, Youri Tielemans semble avoir passé un cap et franchi le pas décisif vers le sommet.

C’est clair que jouer chaque semaine en Premier League vous permet d’acquérir de l’intensité et du volume. De là à dire que je suis devenu un patron ? Je ne sais pas mais j’ai toujours eu confiance en moi, et je ne me cache jamais sur un terrain. Je communique beaucoup car c’est capital en football, et je guiderai toujours les autres. Je sais que je suis un bon joueur, mais je ne dirai jamais de moi-même que je suis un crack. Je bosse pour aller plus haut, mais les commentaires, je les laisse au monde extérieur. Je n’ai pas de plan de carrière : devenir footeux pro était mon rêve d’enfant, même si depuis que je le suis devenu, je me suis aperçu que ce n’était pas un milieu facile. Cela permet d’apprendre à surmonter les difficultés. "

Passé chez les Foxes pour 40 millions d’euros après en avoir rapporté 25 à Anderlecht lors de son passage à Monaco (NDLA : un transfert qui serait entaché d’irrégularités dans le chef de son ancien agent Christophe Henrotay - " Pas de commentaire sur ce sujet, les affaires d’argent ce n’est pas mon truc "), Tielemans a depuis longtemps appris à connaître les contours du foot-fric.

On parle toujours d’argent : avant de voir le talent d’un joueur, on donne sa valeur financière. Aujourd’hui comme joueur, on a tous une pancarte dans le dos… Moi, je ne m’occupe que de mes prestations sur le terrain et de ma progression, le reste n’est pas mon problème. Regardez Eden Hazard et les 100 millions de son transfert. Il est critiqué... alors qu’il a été blessé et qu’il lui faut des matches pour retrouver le rythme. Mais au dernier match, il a marqué et donné un assist. Maintenant, on va attendre de lui qu’il soit décisif à chaque rencontre. On analyse les matches en fonction de statistiques… mais on peut faire un très bon match sans être décisif. Je ne m’inquiète pas pour Eden : il supporte très bien la critique. " (sourire)

Anthony est mon grand frère "

Rencontrer Youri Tielemans et… ne pas évoquer avec lui la situation difficile de son Sporting mauve de cœur serait évidemment un non-sens. Malgré le buzz Vincent Kompany, le malaise anderlechtois se prolonge déjà depuis la saison passée.

Cela avait déjà commencé avant l’arrivée de Vincent, il faut du temps, cela ne va pas se régler en 2 semaines. Il faut faire confiance à Vincent : il avait envie de relever ce challenge et il a toujours aimé les responsabilités. Tout est une question de résultats : tant qu’ils sont mauvais, la dynamique est négative et les jeunes souffrent. Mais si les bons résultats s’enchaînent, la confiance va revenir et les jeunes, qui vivent pour l’instant un écolage accéléré, vont ressortir la tête de l’eau. Pour l’instant, on ne parle que de pression négative car les jeunes achèvent en fait leur formation dans une situation de crise réelle. Mais la victoire à Charleroi pourrait lancer la mécanique : avec de bons résultats, vous achetez du temps. Souvent d’ailleurs, la pression existe plus à l’extérieur qu’à l’intérieur d’un groupe, où chacun reste serein. Mais la réussite d’un projet n’est jamais garantie... "

À 16 ans aussi, Tielemans avait été parachuté en équipe première mauve. Mais le contexte de l’époque était fort différent.

Je n'ai jamais été paralysé par la pression, même à 16 ans, ça ne reste jamais qu’un match de foot... Je bénéficiais aussi de la présence d’anciens qui me protégeaient, comme Silvio Proto, Guillaume Gillet, Matias Suarez, Olivier Deschacht ou Massimo Bruno. Même Dennis Praet était déjà là avant moi... Et puis bien sûr Anthony Vanden Borre, qui venait lui-même de réussir son premier come-back. Anthony est comme mon grand frère, et quand j’apprends qu’il se ré-entraîne à Anderlecht, je suis content et je lui souhaite vraiment de réussir. "

Avec à la clé un retour en Play-Offs 1 ? S’il y croit toujours, l’Anderlecht du duo Vercauteren-Kompany va devoir s’activer… Et pour son ex-enfant prodige, la fin de saison sera marquée par l’Euro.

Qui a le plus de chances de réussir : Anderlecht d’être en Play-offs 1 ou les Diables de gagner l’Euro ? (Longue réflexion) Sans lancer de pique à mon club de cœur, je vais dire les Diables vainqueurs de l’Euro... Car au fond de moi-même, je sais bien que le Sporting finira dans le top 6. Et la Belgique championne d’Europe, ce serait quand même beau, non ? "

On ne demande que ça…

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité ce dimanche entre 14h et 15h, dans l’avant-match de Kazakhstan-Belgique.

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