Wilmots : "J'étais devenu gênant"

Marc Wilmots
Marc Wilmots - © DIRK WAEM - BELGA

Marc Wilmots est revenu pour Sudpresse sur l'échec de l'Euro 2016 et sur la fin de son mandat de sélectionneur des Diables Rouges. S'il ne remet pas ses convictions en doute, notamment lors de la défaite en quart de finale de l'Euro 2016 face au pays de Galles, il juge son licenciement inéluctable.

"Cela ne pouvait se finir que de la sorte, juge Wilmots. Partir après le Brésil (en 2014) aurait été la solution de facilité. Je suis content d'avoir continué. J'ai glané deux titres d'entraîneur de l'année, la première place mondiale et on a marqué l'histoire du football belge. Je suis fier de mon bilan. Je retiens beaucoup de satisfaction. On a atteint deux fois les quarts de finale, on a engrangé 26 points sur 30 lors des qualifications pour le Mondial 2014, 23 lors de celles de l'Euro. Je ne pense pas que cela sera facile de faire mieux même si je le souhaite à mon successeur" avance l'ex-coach des Diables avant de revenir plus précisément sur ce qui a fait défaut lors du quart de finale de l'Euro perdu face au pays de Galles.

"Quand tu dois te passer de Vincent Kompany, Nicolas Lombaerts, Jan Vertonghen ou Thomas Vermaelen, ça commence à faire beaucoup. On a vite oublié qu'on a perdu un paquet d'expérience. Quand je vois Vertonghen se blesser en dégageant un ballon alors que je viens de siffler la fin de l'entraînement, je me dis : 'Quelle poisse ! 80 sélections ne se remplacent pas comme cela.' D'un coup je perdais mes deux meilleurs défenseurs en termes d'expérience et de placement (Vermaelen était suspendu, ndlr). Pour la première fois, j'ai senti qu'il y avait un problème que je ne pouvais pas résoudre. J'étais triste après l'élimination mais je ne vois pas ce qu'on aurait pu faire de mieux. Quand on n'a plus de leaders, c'est difficile. On a fait le maximum avec des jeunes joueurs sans expérience. Mais malgré tout, je reste satisfait de les avoir lancés" analyse l'ancien attaquant des Diables.

Et de poursuivre : "Je me demande toujours pourquoi on a reculé (après l'ouverture du score face aux Gallois, ndlr). A-t-on cru que c'était gagné d'avance ? Je ne sais pas. On en revient au manque d'expérience. Surtout qu'en face, Ramsey et Bale surgissent un peu partout. Face à de tels joueurs, il faut avoir un placement intelligent et un Vertonghen est maître en la matière. De plus, au milieu de terrain, Axel Witsel et Radja Nainggolan étaient à deux contre trois Gallois pendant une mi-temps. C'est pour cela que j'ai fait monter Marouane Fellaini à la pause. Et ça a été mieux après son entrée en jeu."

"J'avais dit qu'on pouvait atteindre les demi-finales si on ne connaissait aucun problème en défense. Avec Vermaelen et Vertonghen, on aurait pu aller au bout, assure le 'Taureau de Dongelberg'. Si maintenant, on estime que l'objectif n'est pas atteint, ça veut dire que dans deux ans, on doit être champion du monde. Mais celui qui pense cela, on doit l'enfermer tout de suite !"

"Après le 4-0 contre la Hongrie, tout le monde se croyait trop beau, enchaîne Wilmots. Comme si on pouvait gagner tous nos matches 4-0 ou marcher sur la lune. Le tableau dégagé a aussi joué en notre défaveur. J'aurais préféré me trouver dans l'autre partie."

Le bilan de Willie à la tête des Diables Rouges est très positif mais le dernière défaite synonyme d'élimination prématurée en France a quelque peu occulté ces performances. "Moi je retiens que la Belgique n'a pas touché une quille pendant dix ans et qu'en deux tournois, on a remporté 7 de nos 10 matches. On parle toujours des défaites, jamais des victoires, souffle l'ancien joueur de Schalke 04. Vous croyez que c'est simple de gagner tous ces matches ?"

"Je savais que si on se loupait à l'Euro, j'étais mort. Durant mon mandat, j'ai été attaqué car ma femme m'avait fait un contrat béton. J'avais vu les problèmes rencontrés par mes prédécesseurs et c'est pour cette raison que j'avais demandé les pleins pouvoirs. Les dirigeants de l'Union belge me les ont donnés mais quand les résultats ont commencé à tomber, ils ont voulu mettre la main sur la poule aux œufs d'or. Ils ont voulu récupérer le pouvoir, j'étais devenu gênant, explique un Wilmots amer. Ils ont tout fait pour me faire tomber et me déstabiliser. Aujourd'hui, tout mon staff est dehors (à l'exception tout de même d'Erwin Lemmens, entraîneur des gardiens, ndlr)."

Si l'ex-Standarman est très rude envers ses anciens dirigeants, il ne veut pas critiquer les joueurs avec qui il a fait tout ce chemin. "Ce groupe est encore jeune. Les attaquants seront, par exemple, à maturité dans cinq ans. Il ne faut pas descendre les joueurs. Moi, je suis préparé aux critiques, j'assume. J'ai servi de bouclier et ça ne me dérange pas, explique-t-il assurant également ne pas avoir senti de réelle contestation de la part de son noyau. Comme d'habitude, ceux qui ne jouaient pas râlaient mais je trouve ça sain. J'avais toujours 80% du groupe derrière moi."

Après cette expérience, l'ex-sélectionneur conserve son ambition et veut poursuivre dans la voie qu'il a tracée. "Je suis encore plus convaincu de ma méthode. Je suis aujourd'hui certain que mon système fonctionne même si, dans un club, je l'adapterais. Un entraîneur est jugé sur les résultats et sur ce plan-là, j'ai les meilleures statistiques. Cependant, j'ai vite compris qu'avec moi, cela ne serait jamais assez, conclut Wilmots qui avait de toute façon pris la décision de quitter son poste. Je serais parti quoi qu'il arrive. Je ne voulais plus vivre dans ce climat négatif. Je suis content que ce soit la fin."

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