Thomas Meunier se confie : le génie de Martinez, sa saison "moyenne" et sa critique des réseaux sociaux

On l’avait quitté mercredi soir après le match, sur des mots doux pour son sélectionneur Roberto Martinez, principal changement selon lui entre le match contre le Pays de Galles à l’Euro 2016 et celui 5 ans plus tard. Thomas Meunier a accepté de raconter cette évolution dans le vestiaire. Comme d’habitude, il nous parle aussi avec franchise de sa saison "moyenne", de sa recherche de confiance et de sa prise de distance par rapport aux réseaux sociaux. Confessions sans concession.

Thomas, c’était presque une déclaration d’amour à Martinez à l’issue du match mercredi ?

(Il sourit) Je n’irai pas jusque-là mais sans rien enlever au précédent coach, cette "extra-touch" amenée par Martinez fait toute la différence. Au niveau management, coaching, il ne surjoue jamais. Tout est très naturel et c’est ce qui fait toute la différence. Que ce soit dans les discussions individuelles ou en groupe, il parle toujours avec envie. La ligne directrice, c’est toujours la progression. C’est jamais pour tuer quelqu’un. S’il me fait une réflexion, il ne me dira jamais "tu es mal placé" mais plutôt "tu dois être plus haut pour recevoir la balle". Dans la façon de dire les choses, c’est toujours dans un but d’apprendre et de positivité.

Et puis au niveau tactique, c’est un mec qui s’adapte et qui veut tout contrôler. Il n’y a pas de secret, dans ses expériences à Wigan ou Everton, il a toujours eu de bons résultats et on le voit avec nous. Il a réussi à nous inculquer ce qu’il avait appris dans sa carrière. Parfois les choses paraissent si simples.

Par exemple le match du Brésil avec Eden et Romelu qui jouent totalement excentrés, et que personne ne s’attendait à ça, ça a vraiment porté ses fruits. Il y a un peu de génie là-dedans. Il sait ce qu’il fait, il est toujours sûr de lui, il sait de quoi il parle. C’est rassurant parce qu’il n’y a jamais eu d’hésitation. Quand il nous demande de jouer de telle ou telle manière, C’est toujours clair, net, précis.

Les joueurs ont leur mot à dire dans la tactique ?

Bien sûr ! A la fin de chaque phrase, il demande "est-ce qu’il y a des questions ?".

Il prône la communication. Et c’est important quand on ne comprend pas un déplacement, un repli, un pressing ou quand on a un avis à donner, par exemple "ce ne serait pas mieux de faire comme ça", tout est toujours ouvert. Et ce qui est important c’est qu’on communique ça toujours de manière collective, publique. Et tout est clair pour tout le monde.

Et il y en a des questions ?

Oui de temps en temps, par exemple pourquoi on garde un bloc fermé, pourquoi pas un bloc ouvert… Et alors il explique ses raisons. Mais il cherche toujours les compromis. Il ne cherche pas à avoir raison à 100%. Il donne parfois raison au joueur en disant qu’on pourrait faire ça aussi.

On a vu une image juste après le match mercredi d’une discussion entre lui et vous. On peut savoir ce qui s’est dit ?

C’était par rapport à moi. Il a dit qu’il y avait du mieux par rapport à mes prestations à Dortmund qui sont très moyennes. J’ai besoin de confiance. C’était pour souligner que le match que j’avais fait était le bon match mais que je pouvais faire encore beaucoup plus et qu’il attendait de moi encore beaucoup plus. Plus oser, provoquer, c’est quelque chose qui doit devenir récurrent cette saison.

Besoin du mur jaune pour être dans un bon mood

Vous faites la transition : votre saison, vous venez de le dire est moyenne…

Non, ce n’est pas le Meunier des grands soirs. Depuis janvier et ma blessure, je n’ai pas joué énormément de matchs. Un de temps en temps. Je suis un peu en manque de rythme c’est un peu compliqué. Mais le premier tour j’ai tout joué. Et j’ai joué comme un défenseur et ce n’est pas ce qui me correspond. Alors oui je suis défenseur, ok mais je dois jouer dans une équipe qui fait le jeu, plus offensive que les autres et moi je dois avoir cet apport supplémentaire offensivement, comme je l’ai toujours eu au PSG, à Bruges, en équipe nationale. Je dois exiger un peu plus de moi-même.

 

Elle va revenir comment votre confiance ?

Je ne suis pas Numéro 10, ce n’est pas ma position, je ne peux pas faire la différence tout seul. Ce n’est pas ce qu’on me demande. Je suis vachement influencé par la dynamique de l’équipe. Alors en ce moment je suis moyen mais la moitié de l’équipe est moyenne et c’est ça le problème. On ne parvient pas à faire la différence. On est 6e. On est hors donc champions league pour l’instant. On est en demi de coupe et on joue City en champions league. Et on n’est pas dans notre meilleure période. Cette saison, une fois ça va, une fois ça ne va pas…

Le mur jaune manque ?

Oui clairement. J’ai signé à Dortmund en grande partie pour les supporters et je n’ai eu le droit qu’à 10.000 supporters au stade en septembre.

Mais voilà j’ai besoin de cette dynamique positive pour être dans le bon mood.

Vous êtes un sensible, vous marchez à l’affect ?

Oui c’est ça. Je suis responsable de mes propres prestations mais sur le terrain personne ne joue seul. Si mon coéquipier avec lequel j’ai le plus de relations n’est pas en grande forme, par exemple Sancho, s’il est dans un off-day, mon match sera pourri autant que le sien.

Une mini-entreprise

Vous êtes toujours très franc, merci d’ailleurs, mais peut-être un peu moins désormais sur les réseaux sociaux… Pourquoi ?

Non, non j’ai lu que j’avais coupé mon compte mais non. En fait je passais trop de temps sur les réseaux sociaux. Insta, Twitter, j’étais tout le temps dessus, pour être au courant de tout. En réalité c’était contre-productif. Même à l’entraînement, je prenais mon téléphone, sur mon lieu de travail pour regarder et je me suis dit, là tu exagères…

Ce n’était pas pour les messages des haters ?

Non, non à Paris, c’était déjà le cas… non sérieux ça, je m’en fous, les gens qui parlent… Je ne les connais pas, ils ne me connaissent pas : l’affaire est réglée. Mais je perdais le fil en fait. Je m’assis sur le banc, je prends mon "tel", je réponds à un message j’en ai pour une minute mais en réalité quand tu regardes ça fait 20 minutes que tu es dessus. Donc j’ai arrêté de suivre les gens. Donc je ne suis plus personne, comme ça, j’ai aucune image dans mon fil d’actu. Donc maintenant quand je vais sur Insta ou twitter, je n’ai plus rien à regarder donc ça dure 30 secondes et je remballe ça dans mon casier. C’était juste par souci de professionnalisme en fait.

Donc vous ne voyez plus les messages qui disent à chaque blessure d’Eden "c’est la faute de Meunier " ?

(Sourire) Oui c’est ça, je suis allé à l’entraînement à Madrid la semaine passée et j’ai encore mis un gros tacle à Eden.

Non mais en fait moi j’apprends via mes potes qui me disent " tu as vu l’article sur tel site ou tel site " ?

Rien ne vous atteint ?

C’est impossible de rester insensible. Si ça ne touchait que moi je pense que j’arriverais à manager ça sans trop de souci. Mais mes proches voient aussi ce qui se passe. Et ça les affecte eux. Donc s’ils sont touchés, moi aussi je le suis. J’ai beau leur dire que s’ils ont des questions pour savoir ce qu’il se passe qu’ils viennent à la source me trouver pour poser les questions.

Parce que bon tout ce qu’il y a parfois sur les réseaux sociaux je trouve ça ridicule mais je les sens perturbés par ces commentaires qu’ils lisent. "Est-ce que Meunier a bien joué..."

J’avais une discussion avec ma mère et elle me disait "quand je marche dans la rue, je vais boire un verre, au resto ou même dans la famille c’est directement alors Thomas ça a été, il n’a pas bien joué, qu’est-ce qui se passe et ci et ça... ". Et puis elle commence à cogiter, elle m’envoie des messages : "tu n’as pas bien joué, qu’est-ce qui se passe je n’ai pas su regarder le match…". Tu vois ça s’enchaîne.

Vous êtes une mini-entreprise à vous tout seul ?

Oui c’est un peu ça. Après je reçois des messages qui m’insultent sur internet je m’en fous. Mais eux, ça les touche. Ils se disent : comment est-ce possible ? De se connecter le matin à 8h30 et le premier message que t’écris c’est "va te faire… " Des fois je me dis qu’est-ce que ces gens ont à faire dans leur vie. Est-ce qu’ils ont tant de problèmes que ça pour en vouloir à la terre entière. Et donc comme ça affecte mes proches, c’est ça qui est plus dérangeant.

Justement dans les 20 minutes qu’on vient de passer ensemble, il y a truc qui peut buzzer sur les Réseaux Sociaux ?

(Il rit) Oh ! ?

Si vous étiez un responsable d’un site comme le nôtre à la RTBF, vous prendriez quelle phrase pour la mettre en valeur ?

Euh… "Qu’est-ce que vous avez à faire de votre vie ?" (NDLR sur les haters). Je peux comprendre que les gens aiment interagir. Mais le problème c’est que Facebook n’est plus un site pour retrouver des potes. C’est devenu un exutoire. Twitter à la base c’est pour l’actu. Maintenant il y a des gens qui se suicident parce qu’ils sont victimes de cyberharcèlement. Instagram, c’est que le paraître. Mais les gens sont prêts à tout pour appartenir à ce monde qui en réalité est complètement artificiel. Tout ce que je peux dire c’est qu’il faudrait que ces grandes multinationales qui possèdent ces RS, fassent quelque chose pour les jeunes qui ne vont grandir qu’avec ça et qui auront des problèmes dans le futur suite à ça…

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Thomas Meunier se livre avant le match en Tchèquie © Tous droits réservés
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