Roberto Martinez : gentleman sélectionneur

Roberto Martinez : gentleman sélectionneur
Roberto Martinez : gentleman sélectionneur - © Tous droits réservés

A l'heure des premières présentations, à l'été 2016, l'homme avait impressionné par son élégance et sa distinction naturelles, au point d'en avoir constitué un élément de discours, de la part des hautes instances de l'Union Belge. On imagine que ce n'est pas la qualité de la flanelle arborée par Roberto Martinez qui aura fait la différence au moment du choix (quand bien même, façonné à la mode britannique depuis si longtemps, on ait aisément pu imaginer que "his taylor is rich"), mais cette distinction naturelle aura constitué le fil (de soie) rouge des rapports humains proposés par Roberto Martinez. Le sélectionneur des Diables Rouges a ce don inné de vous irradier de cordialité à chaque entrevue, peu importe qu'elle soit planifiée ou improvisée. Une impression sans cesse renouvelée de retrouvailles émouvantes, comme après autant de longues séparations entre deux amis.

Cette élégance et cette politesse naturelles constituent une grande force chez Roberto Martinez. Car sans qu'elles paraissent artificielles (comment feindre la bonne éducation quand on ne l'a jamais apprise ?), ces qualités constituent aussi un bouclier contre la perniciosité. En communication, la meilleure défense n'est pas toujours l'attaque. Avec cette carapace de velours, Martinez se crée une cuirasse tout aussi difficile à percer qu'un blindage. Pas de joutes verbales ou de mots déplacés avec lui. L'école anglaise a permis à ce Catalan déraciné de manier élégamment le verbe... en tournant sept fois sa langue de bois dans sa bouche. De Martinez, vous obtiendrez peu de révélations, parfois quelques contre-vérités, ou même d'éludantes ellipses. En revanche, quand il vous offre son respect, ce n'est pas feint.

Des résultats qui parlent d'eux-mêmes

34 victoires, 6 nuls et seulement 3 défaites. D'un point de vue strictement comptable, le bilan de Roberto Martinez justifie à lui seul le renouvellement des vœux de mariage. A l'exception d'une défaite inaugurale en amical contre l'Espagne, d'une amère élimination pétersbourgeoise contre la France (ah si Meunier n'avait pas été suspendu, ah si Dembélé n'avait pas joué l'un de ses pires matchs en sélection, ah si le seum n'avait pas été inventé…) et d'une improbable déconvenue sur les rives du Lac des 5 cantons à Lucerne, que peut-on lui reprocher ?

Difficile de lui tenir rigueur de la modestie relative de nombreux adversaires défiés… C'est, au contraire, la rançon du succès. Plus on monte, plus on est protégé. Et dès lors que la FIFA place la Belgique sur le toit de son Olympe...

Au contraire, on l'a suffisamment dit, ce que Martinez a apporté est une opportune réévaluation tactique pour mieux, plus vite et plus facilement s'en sortir face aux "petits"... Un 3-4-2-1 fondu dans le moule de la "flexibilité" (l'un de ses termes favoris) et quelques retouches bien senties permettant au mieux d'exploiter notre potentiel (le repositionnement en retrait de Kevin De Bruyne en constitue un bel exemple, même si c'est en soutien d'attaque que le rouquin de Tronchienne a disputé, à Glasgow, son meilleur match de la campagne écoulée…).

A l'exception de quelques joueurs (le "cas" Nainggolan, dont la justification reste, à ce jour, incomplète et insatisfaisante ou, dans une moindre mesure, Kabasele, systématiquement et curieusement snobé malgré ses prestations régulières en Angleterre), peu ont à se plaindre du sélectionneur espagnol. Roberto Martinez varie ses entraînements, est à l'écoute de son groupe et lâche du lest quand il le faut (vis-à-vis de l'équilibre familial notamment). Logique que, ces dernières semaines, quand les rumeurs de prolongation se sont faites plus pressantes, beaucoup en aient stimulé l'aboutissement.

La fonction d'abord, sa valorisation ensuite

En paraphant un nouveau bail de deux ans, Roberto Martinez va plus que doubler son salaire actuel. 3 millions d'euros sur base annuelle. L'Union belge n'aura jamais autant délié les cordons de sa bourse, mais...si impressionnant qu'il soit dans notre plat pays, ce montant n'est que peu de choses au regard des normes en vigueur à l'étranger, y compris dans des clubs moyens de Premier League… Quand Arsenal est revenu à la charge à l'automne dernier, c'est avec une mallette autrement plus fournie en livre sterlings...

S'il est permis d'imaginer que Martinez a organisé un montage fonctionnel (sélectionneur + directeur technique national) pour pouvoir justifier l'indexation de sa fiche de paie, l'inverse semble plus correct. Dans les négociations (7 tours ont été nécessaires), il s'est davantage agi de rôle que de pay roll. Roberto Martinez n'était partant pour un nouveau bail que s'il pouvait reprendre officiellement l'ancien mandat de Chris Van Puyvelde (parti en Chine en septembre 2018). Longtemps, l'Union Belge a cru (et craint) que ses prétentions pécuniaires soient trop élevées (comme lors de sa signature en 2016...), mais c'était avant même...de lui poser la question, via son agent, lors du dernier gala du Soulier d'Or en janvier.

Ensuite, les choses se sont accélérées. Elles auraient même pu être conclues dès la fin du mois de mars (une communication était prévue lors du stage annulé au Qatar), si le Covid-19 n'en avait pas masqué l'imminence.

Pour que le deal se fasse, il fallait que Roberto Martinez intègre le comité de direction de l'ex-URBSFA, désormais modernisée et...anglicisée en RBFA (Royal Belgian Football Association). Ce qui est désormais le cas. Le triumvirat Mehdi Bayat-Peter Bossaert-Roberto Martinez doit conduire les Diables Rouges actuels à la conquête d'un trophée, mais surtout préparer la relève. Après le Qatar, la génération dorée perdra progressivement de son lustre. Tel un Bouddha recouvert de feuilles d'or, des craquelures apparaîtront, mais il conviendra de maintenir l'ouvrage intact.

D'où l'importance du travail en amont. Ce travail en profondeur, Roberto Martinez l'exerce déjà "ad interim", mais il va désormais apparaître en toutes lettres dans son nouveau contrat. Réorganisation des staffs des équipes de jeunes, des sytèmes de jeu. Tout est, et sera, passé au crible pour permettre la pérennité de notre sélection représentative, et ne pas se contenter du court terme. 

Il y a peu, nous évoquions la retraite d'un ancien sélectionneur qui avait passé le flambeau à son successeur, avec la satisfaction d'avoir accompli son devoir à 90%. C'est précisément parce qu'il estime...ne pas encore avoir dépassé ce pourcentage que Roberto Martinez a choisi de rester. Dans l'état actuel des choses, et même si rien ne peut garantir que l'Histoire ne connaîtra aucun soubresaut, la Belgique peut s'en féliciter.