"On est vivant !", l'édito de Vincent Langendries

Toute la joie de Romelu Lukaku
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Toute la joie de Romelu Lukaku - © JEWEL SAMAD - AFP

On est vivant !

Bon commençons par rassurer la famille. On est vivant. Je suis vivant. En fait, je viens de me sentir en vie. Par la grâce d’émotions intenses. De celles qui transportent. De celles qui font aimer le sport.

Et pourtant à 2-0, avec ce poteau de Eden, avec cette tête de Romelu à côté,...avec ce Japon à la baguette. Je vous l’avoue ... je me suis vu illico dans le vol vers Bruxelles.

Rodrigo, Philippe et moi en télé. Manu et Eby en radio...tous coincés sous nos casques... on a sué de grosses gouttes. Des gouttes de doute. Oui on a douté mais étions nous les seuls? Vous, devant la télé, devant les écrans géants, dans les cafés, chez des amis,...osez me dire que vous n’avez pas hurlé comme moi : "C’est pas vrai, non ce n'est pas vrai...on va pas se vautrer ici à Rostov- sur-le-Don. Non pas ici. Pas maintenant ! ".  À vrai dire, jamais le Diable ne s’est senti si proche de l’enfer.

Besoin d’un miracle

Alors, oui à 2-0 je suis assis là, stressé et bien calé à 10 mètres de Kawashima, casque sur la tête. Une tête prête à exploser d’incompréhension.

Abasourdi derrière ce dernier rempart nippon. Derrière ce gardien, obstacle à notre miracle. Car c’est bien d’un miracle dont on a besoin. Et puis voilà que je me soulève de terre. Oh non... pas tout seul. Avec Ruben (mon excellent collègue de la VRT) on a regardé ce coup de tête improbable de Vertonghen retomber comme une feuille morte dans le but. On s’est dressé debout sautant de rage, s’embrassant...c’est quoi ce but de ouf ?? Mais on s’en bat les ... nous aurait dit Kevin. Vingt minutes encore et la folie nous prend aux tripes.

Opération sauvetage

Pour éviter de se noyer, éviter le naufrage, un garde côte espagnol, un certain Roberto, nous envoie un hélico. A son bord deux secouristes. Deux grands costauds. Un chevelu prénommé Marouane et un mec baraqué qu’on appelle Nacer.

"Alerte à Malibu" à côté de ça c’est juste une mauvaise blague. Et voilà que le chevelu nous sort sa "spéciale" : un coup de tête ravageur qui te sort celle du diable de l’eau.

Le bateau est à nouveau à flot mais nous, on chavire une deuxième fois. Pur bonheur. Juste un truc de ouf ! Je tombe dans les bras de Richard Evans (le préparateur physique) et des réservistes qui s’échauffent près de moi. Michy, Youri, Thorgan... Mince que c’est bon de partager ces bouffées de chaleur humaine. Allez quoi on s’embrasse. On se tape dans le dos, dans la main,...on hurle. YES ! Ou plutôt "Non"... la Belgique n’est pas morte.

La peur du vide

Reste à finir le boulot. Mon boulot. L’officiel de la FIFA me fait alors quitter le terrain. 83e minute, je quitte mes Diables pour aller me préparer en zone d’interview...c’est la règle. Foutue règle. Mais je ne veux pas les quitter nos Diables. Ils ont besoin de nous tous. Je finis par obéir. Alors je file dans le couloir des vestiaires. Ouf un écran, des tas d’officiels et des collègues japonais qui souffrent autant que moi.

Je n’ose pas regarder la télé sur ce dernier coup de coin japonais. Trop peur du scénario catastrophe. Trop peur du vide. Mais de ce couloir j’aperçois un tout petit bout de terrain...j’y vois Kevin De Bruyne filer à toute vapeur vers la gauche...vers le but nippon...et vers la délivrance. La clameur monte. La chaleur aussi. Tout s’accélère. Meunier d’abord. Lukaku ensuite. Feinte. Et voilà le deuxième secouriste. Chadli Chadli chadliiiii !

Et Philippe Albert de se lâcher. Oui  Phil tu l’avais dit...b... on allait le faire. Et ils l’ont fait !

L’étreinte

Dans mon couloir, entouré d’officiels en costume bleu, de journalistes japonais en pleine déprime, je ne peux retenir mon soulagement.  En fait je ne peux rien retenir du tout. Je hurle de joie. Je m’excuse auprès de mes collègues et je fonce sur le terrain. C’est l’allégresse tout autour de moi. Bart Verhaeghe, Mehdi Bayat, Roberto Martinez, Thierry Henry, tout le staff... les rires ne sont pas jaunes. Ils sont francs car franchement on revient du néant !

Sur ce terrain, première interview à chaud avec Roberto, calme comme d’habitude mais qui, dès sa dernière réponse et le micro éteint, se laisse aller à une étreinte franche et chaleureuse avec moi. Je suis surpris mais j’apprécie. Il me glisse : "enjoy". Oui tu as raison Roberto...profitons de ces instants d’ailleurs.

Les interviews s’enchaînent. Éden, Kevin, Thibaut, Vincent et les autres. Tous sont conscients des lacunes mais fiers d’avoir renverser le Mont Fuji. C’est bien car à présent c’est l’Everest brésilien qui nous attend à Kazan.

Promis, j’annule le vol vers Bruxelles. Direction le Brésil et Neymar. Pour d’autres immenses émotions.

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