Michy Batshuayi: "Marquer, c'est ma vitamine"

Michy Batshuayi: "Marquer, c'est ma vitamine"
3 images
Michy Batshuayi: "Marquer, c'est ma vitamine" - © Tous droits réservés

C’est le pote que chacun rêve d’avoir, l’ambianceur auquel vous pensez pour ranimer une soirée mal partie. Il évoque ses relations avec Romelu, son côté jouette, un retourné et son statut de joker. Mais aussi Fortnite, le racisme dans le foot, son amour de Chelsea et un trophée à soulever. Mais surtout… ses ongles de fille. Michy Batshuayi passe " Sur le Gril ".

Il a devant lui le meilleur buteur de l’Histoire du football belge, mais il garde la banane. Doublure de Romelu Lukaku, joker de luxe de Chelsea comme des autres clubs qu’il a visités en prêt ces dernières saisons, Michy Batshuayi n’en garde pas moins son éternel sourire et sa bonne bouille d’ado fêtard. Dreadlocks oxygénées en bataille, Batsman retrouve les Diables avec sa dernière excentricité : des ongles… vernis chacun d’un motif différent – dont le noir-jaune-rouge, les initiales de Chelsea et le symbole de Batman.

C’est un truc que j’ai vu chez un rappeur américain, mais mon frère (NDLA : Aaron Leya Iseka, qui joue à Toulouse) m’a déjà envoyé un message pour me dire que je devais enlever ça, il n’aime pas du tout " s’esclaffe Michy, assis dans un local du Centre de Tubize à la veille de s’envoler avec les Diables pour Saint-Pétersbourg. " En fait, je voulais des tatouages, mais mes parents me l’interdisent… et ce sont eux les boss ! Donc je me venge avec ce petit délire... Les autres Diables me chambrent et me disent que c’est un truc de filles, mais j’ai une grosse personnalité et je fais ce que je veux. Et si ça se trouve, je vais lancer une tendance pour le futur chez les footeux ! "

Très présent sur les réseaux sociaux, jamais le dernier pour vanner ses collègues… et lui-même, Batshuayi traîne cette réputation de joyeux drille. Qui le dessert peut-être auprès de ses coaches, demandeurs de discipline et de sérieux.

Quand j’étais jeune, c’est vrai que j’ai eu quelques soucis de discipline… mais quel jeune ne passe pas par là ? Aujourd’hui, j’ai 26 ans, je sais me canaliser et je bosse à l’entraînement et en match. Je suis jouette, mais je choisis mes moments : à 0-0 je vais rester sérieux, à 2 ou 3-0 je vais plus me lâcher. Être cool fait partie de ma personnalité, mais c’est vrai : la pression du foot impose de performer et de gagner. La concurrence fait rage, et le sérieux s’impose. "

" Joker comme Dries ? Ça me va ! "

Ce qui n’empêche qu’en dehors du vert, Michy sait rire, comme on le sait.

Je me suis mis à Fortnite et je progresse chaque jour. Si je fais aussi les danses des personnages ? Evidemment ! Au jeu FIFA par contre, je ne suis pas du tout content de mon personnage, et je l’ai fait savoir aux concepteurs du jeu : ils ne m’ont mis pas assez de points, je suis sous-évalué. Mais s’ils me jugent mal, c’est sans doute parce qu’il ne me voient pas assez sur le terrain. C’est donc à moi de faire le job pour jouer davantage ! " (rires)

Car partout où il passe, et malgré des statistiques monstrueuses, Batshuayi se retrouve souvent cantonné au petit banc. Depuis qu’il a quitté le Standard et la Belgique, Michy n’a entamé comme titulaire… qu’un tiers de ses matches !

Vous me dites que certains consultants me poussent à me poser ce qu’ils appellent ‘les bonnes questions’ ? Franchement, je ne lis pas tous ces commentaires. Je reste dans ma bulle foot, je regarde des matches, je continue à bosser et j’espère juste être récompensé de mon travail. Je ne me prends pas la tête : dans tous les clubs où je suis passé, certains titulaires marquaient moins que moi ! Moi, je dois juste continuer à soigner mes stats et surtout garder le plaisir du jeu… ce qui est le cas. Je ne me considère pas comme un joker… mais si je peux faire la même carrière que Dries Mertens, qu’on a aussi longtemps préféré comme joker, ça me va ! "

Gare quand même : Roberto Martinez lui-même a fait savoir que Michy devait grossir ses minutes à Chelsea d’ici l’Euro…

" Avec Romelu, on a prouvé qu’on est complémentaires "

Auteur de 8 buts en 9 matches avec les Diables depuis le Mondial russe, affichant un meilleur ratio goals/minutes que Lukaku lui-même (!), Michy garde le sourire : pas question de jalouser le titulaire au poste 9.

Romelu est un phénomène et on est potes, comme du reste tous les autres joueurs du noyau : on a vécu tant de choses ensemble ! On se pousse tous vers le haut, on est animés par une concurrence saine pour être meilleurs. Et non, personne ne souhaite que le concurrent se blesse ou se casse la gueule ! Lukaku a dit qu’il arrêterait les Diables après l’Euro ? On a tous lu ça dans les journaux, mais je n’en ai pas parlé avec lui. Et ça m’étonnerait beaucoup ! Romelu et moi, on a aussi prouvé qu’on pouvait jouer ensemble et qu’on était complémentaires : lui est rapide et puissant, moi je suis plus fin et technique mais je peux aussi jouer en profondeur. Et si je dois déménager, c’est lui que j’appelle pour m’aider : il est si musclé ! " (rires)

Amoureux de Chelsea (" Je ne sais pas pourquoi, alors que je n’y ai jamais été titulaire à part entière, mais Chelsea est mon club : c’est là que je me sens chez moi, c’est un club que j’aime profondément ! "), Batsman s’est même fait à l’English Way of Life : " Mon petit déjeuner ? Chaque matin omelette au fromage, légumes, céréales, avocat et jus d’orange. Oui, tous les jours ! C’est comme ça que je reste fit. "

" Un bon petit retourné… "

Mais son régime diététique se joue aussi devant les 3 poteaux du but.

Marquer, c’est ma vitamine, c’est ma drogue. Tous les attaquants vous diront la même chose… et c’est comme au premier jour : à chaque but, je ressens le même plaisir profond. Alors oui, tous les buts ne sont pas les mêmes : je préfère en marquer un joli qu’un tout bête, tout moche… Mais les plus beaux goals sont les buts décisifs dans les matches importants. Le but dont je rêve ? Partir tout seul du milieu de terrain et dribbler tout le monde ! J’ai déjà marqué comme ça pour le Standard. Et aussi marquer d’un retourné ! Ça par contre, je n’ai encore jamais réussi. Mais il faut choisir le bon moment et assurer son coup… car si vous vous ratez, le coach vous attrape derrière et vous risquez votre temps de jeu ! " (rires)

L’actualité récente, en Belgique, a été marquée par de nouveaux faits de racisme, avec les coups de gueule de Marco Ilaimaharitra et Mario Balotelli.

Hendrik Van Crombrugge m’a parlé de ça au vestiaire, il m’a dit qu’en Belgique pour l’instant, le racisme revenait dans les stades. Je lui ai dit ‘arrête, c’est pas vrai quand même !’ Je suis resté sans mots, car partout où j’ai joué, j’étais fier de dire que dans mon pays, le racisme n’existait pas au foot ! Une seule fois, j’en ai été victime : c’était avec Dortmund contre l’Atalanta Bergame. Ça m’a fait rigoler, et moi je préfère rester sur le terrain et marquer un but pour faire taire ces gens. C’est à la FIFA de réagir et de sanctionner plutôt qu’aux joueurs à pleurer ou à quitter le terrain ! Et ne me dites pas que de la provocation pour déstabiliser le joueur, et pas du racisme… Sinon, ils jetteraient du popcorn ou de l’eau ! " (rires)

" Je me grattais sans doute le nez… "

Ce soir en Russie, les Diables étrenneront leur nouveau maillot, comme les Flames l’ont déjà fait mardi à Louvain face à la Lituanie. Et les premiers clichés issus de la photo officielle ont montré un Batshuayi les yeux mi-clos, à moitié somnolent...

Non, non, je ne dormais pas, c’est le photographe qui m’a pris au mauvais moment : je me grattais le nez ou je ne sais pas quoi " rigole Michy. " Moi, je le trouve pas mal ce maillot, le design est assez recherché. Mais on n’est pas comme les fans, hein ! On joue avec, et on n’en fait pas toute une affaire. Petit, je collectionnais les balles, mais pas les maillots, ni les autographes. On n’avait pas les moyens et mon papa ne m’amenait pas au foot. Les grands joueurs, je ne les voyais qu’à la télé : je regardais tout, puis j’essayais de faire pareil au parc ou à la cour de récré ! "

À Saint-Pétersbourg, puis face à Chypre, les Diables vont donc clôturer la besogne, avec l’espoir de réaliser un sans-faute pour figurer parmi les meilleures nations au tirage au sort.

C’est un honneur de s’être qualifiés en premiers pour la zone Europe, mais on va jouer jusqu’au bout avec sérieux. On doit encore peaufiner les automatismes et c’est ce qui nous rendra encore plus fort qu’en Russie. J’en parle souvent avec mes équipiers français à Chelsea : cette fois, c’est nous qui gagneront le match si on se retrouve à l’Euro ! Ramener un trophée est notre mission d’autant qu’après l’Euro, plusieurs Diables vont arrêter. On est la génération dorée, on est n°1 au ranking FIFA… mais on n’a encore rien soulevé ! Et donc on sait ce qu’il nous reste à faire : on a faim ! "

Bon appétit ! On en profitera tous pour faire bombance.

 

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver en radio sur Vivacité ce samedi soir vers 21h.

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK