Martinez-Deschamps : deux sélectionneurs prépondérants… différemment

Martinez-Deschamps : deux sélectionneurs prépondérants… différemment
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Martinez-Deschamps : deux sélectionneurs prépondérants… différemment - © Tous droits réservés

La Belgique et la France se retrouvent mardi soir en demi-finale de la Coupe du Monde en Russie. Une rencontre qui porte assurément le sceau des deux sélectionneurs. D’un côté, on retrouve l’innovant Roberto Martinez qui a surpris tout le monde par ses choix tactiques et qui parvient à élever le niveau de ses hommes. De l’autre, on a la pragmatique Didier Deschamps qui gère ses troupes de mains de maître et qui fait monter doucement son équipe en puissance.

Un duel tactique qui s’annonce alléchant.

Martinez et la flexibilité tactique

Dès son arrivée après l’Euro 2016, Roberto Martinez s’est attelé à se démarquer de son prédécesseur Marc Wilmots. Ce dernier était vertement critiqué pour son incapacité à changer son plan de jeu ? Le Catalan prône donc une flexibilité tactique qui fait envie à tous les observateurs. Malgré ces belles paroles et son choix d’installer un dispositif en 3-4-2-1 très intéressant, le sélectionneur ne modifie plus ses plans. Les bons résultats s’enchaînent, l’objectif de Martinez est de renforcer les automatismes avec son équipe de base. Cela fonctionne mais l’incompréhension grandit chez les observateurs. Les questions sont nombreuses mais Martinez ne semble pas s’en soucier. Son groupe enquille les victoires et vit parfaitement bien.

A l’approche du Mondial, sa communication sur les cas Radja Nainggolan et Laurent Ciman perturbent. Pourtant, force est de constater, avec du recul, que sa gestion a porté ses fruits. Plus personne ne regrette l’absence du Ninja alors que Martinez peut savourer les retours de Vincent Kompany et Thomas Vermaelen.

Au niveau sportif, les Diables mettent une mi-temps à entrer dans leur Coupe du Monde. Après une première période brouillonne face aux Panaméens, les Belges déroulent. La montée en puissance vers les huitièmes de finale est idéale. Malgré quelques errements défensifs contre la Tunisie, la Belgique est qualifiée pour la phase finale dès son 2ème match. Et là, Martinez étonne déjà. Sa décision d’aligner la totalité de ses remplaçants contre l’Angleterre (qui fait la même chose) surprend. C’est une réussite. N’en déplaise à tous ceux qui souhaitait terminer 2ème pour s’offrir la meilleure partie de tableau.

La suite, c’est une rencontre complètement folle face au Japon où le sélectionneur se dévoile encore un peu plus. Ses décisions sont à nouveaux parfaitement payantes. A la 65ème minute, alors que les Nippons mènent 0-2, Martinez lance Nacer Chadli et Marouane Fellaini au détriment de Yannick Carrasco et de Dries Mertens. Le changement d’hommes et de dispositif (les Diables se replacent à 4 en défense) a un impact direct sur la rencontre. Les Diables jouent plus haut et mettent beaucoup plus d’intensité. Si Jan Vertonghen réduit l’écart chanceusement, Big Mo égalise d’une impeccable tête piquée. Et que dire de la fraîcheur physique de Chadli qui lui permet d’être à la conclusion de cette magique contre-attaque orchestrée par Kevin De Bruyne et magnifiée par la feinte de corps de Romelu Lukaku ? La Belgique est allée puiser très loin dans ses ressources pour s’offrir un prestigieux quart de finale contre le Brésil.

Et là, c’est le coup de maître. Martinez innove totalement. Place à un 4-3-3 absolument inédit. Jamais utilisé en match. Vertonghen joue complètement à gauche, Chadli et Fellaini sont dans l’entrejeu avec Axel Witsel, KDB est aligné en faux n°9 tandis que Lukaku occupe le flanc droit de l’attaque. Le Brésil est totalement perdu. Et ne parvient pas à se montrer dangereux autrement que sur phase arrêtée. Le 1-0 tombe un peu par hasard mais les Belges sont justement récompensés de leur sublime première période. Big Rom et De Bruyne font le reste. Les quintuple champions du monde vacillent. Au retour de la pause, les hommes de Martinez subissent mais ne craquent pas. L’abnégation et le talent, notamment d’un Thibaut Courtois gigantesque.

Pour s’offrir le scalp du grand favori de cette compétition, il fallait oser quelque chose. Le sélectionneur 'noir, jaune, rouge' l’a fait. Ça prouve quatre choses. Premièrement, il a entièrement confiance en ses hommes. Deuxièmement, cette confiance est totalement réciproque. Troisièmement, le Catalan est un excellent tacticien. Enfin, quatrièmement, il peut compter sur un groupe incroyablement talentueux. De quoi viser les sommets.

Deschamps détient la clé

Joueur de l’ombre, DD a tout gagné dans ses années sur le pré (une Coupe du Monde et un Euro avec la France, deux Champions League avec Marseille et la Juventus, notamment). Et son passage sur le banc de touche n’a pas changé la donne. Deschamps est un incroyable 'winner'. Il est né pour gagner. Et ne se satisfera jamais du beau jeu. Son but, c’est de soulever des titres. Peu importe (quasiment) la manière.

En plus d’être un fantastique meneur d’hommes (il l’était déjà en tant que joueur), le sélectionneur des Bleus, qui a dirigé sa 80ème rencontre à la tête de la France contre l’Argentine, est un tacticien hors pair. Il n’a clairement plus besoin de le prouver.

Depuis le début de la préparation, la 'Desch' a cherché la bonne formule. Plutôt habitué à aligner Olivier Giroud en pointe de son 4-2-3-1 ou son 4-3-3, DD profite des matches amicaux d’avant Mondial pour essayer un 4-4-2 en losange avec Antoine Griezmann en soutien des pépites Ousmane Dembélé et Kylian Mbappé. Une belle promesse mal exploitée lors du premier match contre l’Australie. Deschamps change son dispositif à vingt minutes du terme. Dans la souffrance, la victoire est au bout. Pragmatique, le Basque revient à son 4-2-3-1 préférentiel dans lequel Griezmann est plus à l’aise.

Sa tactique ne bouge plus. Son équipe type se dessine. Il ne reste plus qu’à trouver le bon profil pour arpenter le flanc gauche de l’attaque. Si Thomas Lemar avait la préférence du coach il y a encore quelques mois, sa saison morose l’a fait chuter dans la hiérarchie. Mais les solutions ne sont pas légion. Alors Deschamps innove, lui aussi. Blaise Matuidi se décale. Pas toujours à son aise techniquement, le joueur de la Juventus fait du bien à cette équipe par son engagement, son tempérament et son impact physique. L’équilibre tant recherché est (quasiment) trouvé.

Certes, les Bleus n’ont pas toujours montré leur plus beau visage mais l’état d’esprit de ce groupe, sa façon de réagir (brillamment) contre l’Argentine et sa gestion de l’âpre duel face à l’Uruguay sont autant de preuves de la puissance et de la force des Tricolores.

Si cette France est sûre de ses forces, il y a tout de même fort à parier que Didier Deschamps est en train de se demander quelles surprises son homologue va lui réserver mardi soir. On est tous impatients !

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