Marouane Fellaini : le footballeur crossover

L'amour de l'étiquette n'est pas qu'une lubie d'oenographile. Dans le domaine musical aussi, le disquaire comme le critique se plaisent à catégoriser, sérier, trier, séparer. Un problème de case (mentale) ou de bac (physique).

Le football ne procède pas autrement, car même si les choses ont évolué et qu'il n'existe pas de règle en la matière, on parle toujours d'un "6", d'un "4" ou d'un "10" (dans ce cas, souvent "à l'ancienne") pour définir la position d'un footballeur. Quand il est bon partout (ou excellent nulle part), le joueur souvent gratifié du qualificatif "polyvalent", rarement garant d'une carrière prolifique.

Marouane Fellaini, sur papier, tendrait à tomber dans cette dernière catégorie. A la différence près qu'il la surpasse. Dans son cas, la notion de footballeur "crossover" semble plus indiquée, vu la dimension quasi-poétique apportée par le personnage dans l'exercice de son art.

Atypique, inclassable, Fellaini l'est plus que tout autre. Précieux en ratisseur devant la défense (en "6") mais parfois faillible tactiquement, le grand Marouane a pu s'épanouir aussi dans un rôle beaucoup plus avancé, très proche des attaquants (voire carrément devant, périodiquement, à Everton). Mais c'est probablement entre les deux, en relayeur, que le grand Marouane a rendu les meilleurs services à l'équipe nationale.

Joker gagnant

Marouane Fellaini, c'était l'un des derniers rescapés de la génération "olympique". Un homme indirectement monté sur le podium pékinois en 2008 (car le Standard l'avait rappelé en plein tournoi), un an après avoir tracé la voie à suivre lors de l'Euro espoirs aux Pays-Bas. Aujourd'hui, seuls Jan Vertonghen et Thomas Vermalen figurent encore (mais pour combien de temps ?) dans le noyau des Diables Rouges.

Contrairement aux deux joueurs précités, malgré sa longévité (87 fois international, Fellaini est le 7è Diable le plus capé de l'histoire), Fellaini n'a jamais réussi à endosser le statut de titulaire incontournable sous le maillot noir-jaune-rouge. Quel que soit le sélectionneur en place (et singulièrement le dernier), Big Mo a toujours été l'homme que l'on alignait "en fonction du profil de l'adversaire". Ou, mieux encore, selon les "circonstances de match".

Il est d'ailleurs frappant de constater que parmi les 18 buts inscrits par Fellaini en sélection, les deux plus mémorables relèvent de circonstances similaires. Une égalisation à 20 minutes de la fin du match contre l'Algérie au Mondial 2014, une autre au même moment (à 3 minutes près !) lors de l'inoubliable Belgique-Japon de l'été dernier. Dans les deux cas, cela ne faisait qu'une poignée de minutes que le grand Felli baladait sa carcasse et sa tignasse aux quatre coins du terrain.

Fellaini, l'homme des causes désespérées, l'ultime porteur d'espoir. Avec lui, dans les contextes difficiles, une montée au jeu entraînait nécessairement une montée d'adrénaline chez les suiveurs, une montée de confiance chez les équipiers. Les montées de Fellaini s'accompagnaient toujours du même sous-titre : "maintenant, fini de rire !".

Et l'après ?

Le "stop" de Fellaini en équipe nationale laissera un vide indéniable. Nombreux sont les joueurs qui peuvent postuler à sa place (dans cette large, et peu définie, zone du "milieux axial"), aucun ne s'accaparera son style. Le gabarit, la puissance, la combativité et une certaine forme d'insouciance rassemblés en un seul homme ne se constateront plus de sitôt. Tout juste peut-on acter qu'avec sa retraite, celle de Steven Defour, celle (probablement prochaine) de Moussa Dembele, et la mise au ban de Radja Nainggolan, le secteur le plus concurrentiel des Diables le deviendra de moins en moins... Tout profit, sans doute, pour des joueurs comme Thorgan Hazard, Youri Tielemans, voire dans une moindre mesure Hans Vanaken.

L'humour et la décontraction de Fellaini manqueront cruellement au groupe Diables Rouges. De notre point de vue de journaliste, nous garderons un petit goût de trop-peu par rapport à sa personnalité insondable. (Trop) discret dans les médias (par excès de méfiance ? de timidité ?), Marouane Fellaini évitait, et évitera sans doute encore, les micros et les stylos. Dommage car son franc-parler y aura laissé quelques belles, mais trop rares traces...

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