Le racisme, son adolescence agitée, sa vie après le foot : Kompany se confie

Le racisme, son enfance compliquée, sa reconversion: Kompany se confie
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Le racisme, son enfance compliquée, sa reconversion: Kompany se confie - © Tous droits réservés

Vincent Kompany est le genre de joueurs qui inspire le respect. Son aura sur et en dehors du terrain est reconnue en Belgique, mais aussi et surtout outre-Manche. Il y a quelques semaines, il a d’ailleurs été élu meilleur défenseur étranger de l’histoire de la Premier League. Et en ce mois de mai, il a soulevé pour la quatrième fois le trophée de vainqueur de la Premier League en tant que capitaine de Manchester City.

En onze saisons à Manchester, et malgré de très nombreuses blessures, il a réussi à marquer l’histoire de son club mais aussi de la Premier League. De quoi intriguer « The Guardian », le quotidien britannique qui a rencontré le Diable rouge quelques semaines avant le titre des Cityzens. « Vinny » se livre avec beaucoup de franchise sur sa jeunesse compliquée, sa famille, Anderlecht, le racisme, son engagement solidaire, son association pour les sans-abris mancuniens, la politique, Trump, ses plans pour sa fin de carrière… Et encore beaucoup d’autres aspects de sa vie.

Le quotidien britannique le rappelle, Kompany vient d’une famille modeste. Un père réfugié politique congolais, une mère belge engagée dans le monde politique bruxellois, décédée en 2008 d’un cancer. Une famille avec des bas revenus mais de hautes valeurs et la force de caractère pour les faire entendre. « Je dois tout à mes parents. Dès que je suis né, nous avons élargi nos horizons bien plus loin que les murs de notre petit appartement. »

Il confie quand même que tout n’a évidemment pas toujours été simple. Au sein même de sa propre famille son père a été victime de racisme : « Ma maman vient d’un village de campagne, quand elle est arrivée, dans les années 70 avec mon père, venu tout droit d’Afrique, c’était un choc. C’était de l’ignorance. »

En famille, mais au bord des terrains aussi « C’était normal pour nous d’aller à des tournois et d’être traités de singes, c’est ce que les parents criaient. Ça causait presque des bagarres avec ma maman. Mais bon, on a appris à être plus fort. »

Le football a rapidement pris une grande place dans la vie de Vincent. Même s’il en a conscience, ses parents l’ont « mis au foot » pour ne pas qu’il traîne dans les rues. À Anderlecht (où il est arrivé à six ans et est reparti à vingt ans), il s’est senti sous-estimé en raison de son origine sociale. « C’était plutôt divisé socialement. Les parents de milieux plus aisés étaient vraiment très présents, influençant la façon dont les entraînements devaient se donner. Mes parents devaient travailler, il n’y avait aucune possibilité pour eux de participer. »

« Si j’avais voulu impressionner les filles, j’aurais pu entrer dans un gang »

Tout ça a créé une sorte de sentiment de révolte chez le jeune belge, qui a d’ailleurs été exclu de sa classe à l’école mais aussi de l’école de foot à l’âge de 14 ans. « J’avais une manière différente d’aborder les choses. Mes parents étaient toujours révoltés contre les inégalités et les injustices, donc vous pouvez imaginer que quand mon professeur voulait me punir, moi ou quelqu’un d’autre d’ailleurs, pour quelque chose d’injuste, je ne pouvais pas le laisser faire. »

Le jeune homme a ensuite connu d’autres soucis familiaux, et il l’avoue, il aurait pu mal tourner. « J’ai été parfois très très proche de suivre la mauvaise trajectoire. Si j’avais voulu vendre de la drogue, j’aurais littéralement pu descendre en bas de chez moi et être impliqué dans des opérations douteuses. Si j’avais voulu impressionner les filles, j’aurais pu entrer dans un gang. C’était le genre de personnes que je connaissais. Je jouais au football avec ces mecs-là. »

Mais il n’a jamais perdu son objectif de vue et c’est ce qui lui a permis de ne pas mal tourner : « Les coups durs, le racisme, C’était comme si tout ça alimentait le feu. Le plus grand danger pour moi, c’est la complaisance et l’inaction, ce que je n’ai jamais pu admettre dans ma vie. Il y a des moments importants, qui vous définissent : quand, à un certain âge, vous pouvez tout envoyer balader et devenir la pire version de vous-même. »

« Je suis probablement le joueur le mieux préparé au monde pour la retraite »

Il le dit sans sourciller, la retraite ne l’effraie pas. Après toutes les blessures qu’il a connues, qui pourrait y être préparé mieux que lui ? « Je suis dans un état d’esprit où je me projette le mois suivant et rien de plus. J’ai commencé à avoir des blessures dès le plus jeune âge. J’ai donc toujours dû penser que ma carrière pourrait s’arrêter demain. J’ai eu 15 ans pour m’y préparer et cela n’aurait aucun sens d’en être effrayé maintenant. Je suis probablement le joueur le mieux préparé au monde pour la retraite. »

Avant même de ranger les crampons, Vincent Kompany a varié ses activités. Il a notamment fondé le club de football du BX Brussels. Un projet directement lié au football qui lui tient particulièrement à cœur. « Je n’ai jamais vu le football uniquement comme du football. C’est l’une des meilleures manières de faire bouger les gens. Ça donne aux enfants un cadre, des gens à rencontrer, à qui parler. Et on essaie de les accompagner avec des notions en langues parce qu’à Bruxelles, on a besoin de deux ou trois langues pour obtenir un travail. J’ai vu les enfants les plus difficiles du quartier se mêler et rire avec des enfants qui habituellement auraient été la cible de leurs moqueries. Il n’y a que là où c’est possible. »

Il n’y a pas qu’à Bruxelles où il s’implique, sa ville d’adoption de Manchester bénéficie aussi de son engagement, ou plus précisément ses sans-abris avec son association « Tackle4MCR ». Un retour des choses logique pour le joueur, tout simplement. « Ce n’est certainement pas par culpabilité. Je le fais parce que je le veux et que je peux le faire. Je gagne une quantité astronomique d’argent, grâce au football. Ma maman était une socialiste, presque communiste. C’était dans sa nature de se battre pour les droits des défavorisés. Mon père était un réfugié politique. C’est mon passé. Je dois vraiment prendre du recul sur moi-même et me demander : est-ce que j’en fais assez ? »

Un engagement qui force évidemment le respect de ses paires, mais aussi des Britanniques. D’autant qu’il tente de faire cela de la façon la plus discrète possible, sans vouloir être trop mis en avant pour cela. « Ce serait trop facile pour moi de prendre des selfies avec des sans-abris. Je me tiens informé et je fais des efforts quand je suis auprès de personnes dans le besoin. Mais en réalité, je dois demander de l’aide aux gens qui ont les poches encore un peu plus grandes que les miennes, mais ça ne fonctionne pas indéfiniment. »

En dehors de son implication dans plusieurs associations, Vince The Prince détient aussi un master en commerce, obtenu en 2017 en parallèle à sa carrière de footballeur. Il a tout prévu pour « l’après-football », par contre, pas question pour lui d’envisager une carrière en politique. Une reconversion que beaucoup d’observateurs lui prêtaient volontiers. Il y va par contre de son commentaire quand il s’agit d’évoquer Trump, « lunatique » et donc dangereux selon lui. Il parle aussi d’un acte égoïste en évoquant le Brexit.

D’autres l’imaginent bien entraîner aussi, avec son leadership naturel. Il le confie : « J’ai besoin de m’occuper constamment, je ne sais pas rester à ne rien faire, c’est comme ça que je fonctionne. » Vers quoi se tournera-t-il une fois les crampons rangés ? L’avenir nous le dira, mais espérons pour ce gentleman du football belge que sa carrière dure le plus longtemps possible. Pour le plus grand plaisir des fans des Diables rouges et de Manchester City.

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