"Laissez-moi parler", Kevin De Bruyne se confie à cœur ouvert

De Bruyne
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De Bruyne - © BRUNO FAHY - BELGA

Kevin De Bruyne a pour habitude de délivrer de délicieuses passes, souvent décisives, sur les pelouses de Premier League. Cette fois-ci, c’est son histoire qu’il délivre au magazine "The Players Tribune". A la manière d’un journal intime, le Diable s’est confié à la première personne sur son cheminement jusqu’au sommet.

Parler de lui, le Belge de 27 ans n’en a pas l’habitude, "une des choses les plus difficiles au monde pour moi", prévient-il. L’introspection de Romelu Lukaku pour le même média avait fait grand bruit il y a quelques mois, notamment pour les anecdotes sur son enfance difficile.

Une enfance solitaire

"Depuis que je suis enfant, j’ai toujours été timide, très calme. Je n’avais pas beaucoup d’amis proches. Je m’exprimais balle au pied et je m’en contentais. En dehors du terrain, j’étais très introverti, je ne t’aurais pas dit un mot. Mais sur le terrain, j’étais en feu", commence notre compatriote. "Quand j’avais 14 ans, j’ai pris une décision qui a changé ma vie. J’ai eu l’opportunité de rejoindre l’académie de Genk, à l’autre bout de la Flandre, à deux heures route de chez moi. J’ai dit à mes parents que je voulais y aller." A peine entré dans l’adolescence, Kevin sait pertinemment où il va, pourtant le chemin se révélera sinueux.

De Bruyne souffre silencieusement d’une adaptation difficile et d'une timidité maladive. Kevin aborde les difficultés sociales auxquelles il a été confrontées lors de son arrivée dans le Limbourg. "A Genk j’étais le petit nouveau qui parlait un dialecte bizarre. Je n’ai pas vraiment appris à avoir une vie sociale. Mes deux premières années à l’Académie étaient probablement les plus solitaires que j’ai jamais vécues", confie-t-il.

Pire même, en revenant de sa famille d’accueil limbourgeoise, Kevin raconte avoir vu sa mère en pleurs. "Ta famille d’accueil ne veut plus de toi, ils disent que tu es trop calme et qu’ils ne peuvent pas interagir avec toi, que tu es difficile", dit sa maman. Des paroles aux allures d'électrochocs pour le jeune garçon. Pour se défouler, il tape la balle contre la clôture du jardin des heures durant. Il se souvient d'avoir crié à un moment : "Tout va bien se passer, dans deux mois je serai en équipe première. Je ne reviendrai pas à la maison avec un échec, quoique il advienne". Le jeune garçon, bouleversé et dans un accès de rage, est plus que jamais déterminé à remplir son objectif.

Au retour des vacances d’été, la nouvelle saison commence et De Bruyne est versé dans le noyau B. Le jeune homme est démoralisé. Il se rappelle du déclic, du moment où tout a changé. "On jouait un vendredi soir, j’étais sur le banc. Quand je suis rentré en seconde mi-temps, je suis devenu fou". Les mots durs auxquels il avait été confrontés résonnent dans sa tête. "Un but, deux buts, trois buts, quatre buts, cinq buts, j’avais marqué cinq buts en une mi-temps. Après ce match, j’ai eu ma place en équipe première en moins de deux mois. Le club a annoncé à mes parents qu’il souhaitait payer pour une nouvelle famille d’accueil. C’est marrant de voir comment les gens te traitent dans le football quand tu réussis bien", écrit-il avec un soupçon d’amertume.

L’épisode servira de fil conducteur pour la suite de sa carrière "Ce passage m’a longtemps suivi. En tant que jeune joueur à Genk, même lorsque je suis arrivé à Chelsea, on m’annonçait dans la presse belge comme un personne difficile, toujours en revenant à l’histoire de ma famille d’accueil", déplore le meneur de jeu.

Mourinho, stop ou encore

Le joueur de 27 ans évoque ensuite sa relation particulière avec le charismatique entraineur José Mourinho. "Quand j’étais à Chelsea, les médias étayaient tellement à propos de ma relation avec José. La vérité est que je ne lui ai parlé que deux fois. Au départ, le plan convenu a toujours été de me prêter pour un temps. Donc je suis parti au Werder Brême en 2012 et la saison s’est bien déroulée. Certains clubs allemands voulaient me signer, dont le Borussia Dortmund entrainé par Jurgen Klopp. Je pensais alors que Chelsea allait me laisser partir", explique De Bruyne.

Mais le Special One en aura voulu autrement et lui envoie un SMS fort : "Tu restes, je veux que tu fasses partie de l’équipe". De Bruyne est alors confiant en ses chances de réussir à Stamford Bridge. Après un début de pré-saison correct, voire prometteur, avec les Blues, De Bruyne est écarté des terrains et ne reçoit pratiquement plus jamais sa chance. "Après le quatrième match, j’étais sur le banc et je n’ai pas eu d’explications. C’était parfois comme si je n’existais plus. A 21 ans, on ne comprend pas forcément pourquoi ça nous arrive", raconte le natif de Drongen.

L’entraineur lusitanien convoque le Belge dans son bureau en décembre, à la mi-saison. "C’était probablement le deuxième moment qui a changé ma vie", se rappelle Bruyne. "Il m’a regardé et m’a dit : un assist, zéro but et 10 guérisons. Puis il a commencé à lire les statistiques des autres joueurs évoluant à ma position, Willian, Oscar, Mata, Schürrle. C’était très étrange. Il m’a ensuite expliqué que si Mata partait, je serais le cinquième choix au lieu du sixième", explique-t-il. "J’ai été complètement honnête, j’ai dit qu’il vaudrait mieux me vendre. José était déçu mais il comprenait que j’avais absolument besoin de jouer. Après tout s’est bien déroulé, j'ai été transféré à Wolfsburg et Chelsea a récupéré le double du prix qu’ils avaient payé ", argumente le milieu de terrain.

Fin de la saga De Bruyne - Mourinho, le Belge s'illustrera en 2014-2015 pour les Loups. Seize buts et 28 passes décisives toutes compétitions confondues plus tard, De Bruyne retrouve le pays Outre-Manche.

Une préférence pour Manchester City

Durant la période des transferts en 2015, Manchester City, le PSG et le Bayern se manifestent pour tenter d’arracher le joyau belge. "C’était une période très stressante. Ma femme était enceinte et nous n’avions pas la moindre idée où nous mènerait un transfert", explique KDB. "Personnellement je voulais aller à City, Vincent Kompany me parlait du projet, disant que j’allais l’aimer. J’ai juste eu un très bon sentiment envers le club et en même temps je ne voulais pas manquer de respect à Wolfsburg où j’ai adoré mon passage. Donc j'ai fermé ma bouche et j’ai attendu, facile pour moi !", ironise-t-il.

Lors de sa deuxième saison chez les Cityzens, Pep Guardiola, entraineur aux succès multiples, arrive à la tête des Skyblues. "Pep et moi partageons une mentalité similaire. Pour être franc, il vit le foot encore plus intensément que je ne le vis. Il est tellement stressé, tout le temps. Parce qu’il n’est pas juste intéressé par la victoire, il veut la perfection", précise De Bruyne. Dès leur première rencontre, Pep la joue franc-jeu : "Kevin, écoute, tu peux facilement devenir un des cinq meilleurs joueurs du monde. Top cinq, facile". Le Belge est sous le choc. "Ça a changé toute ma mentalité. C’était un coup de génie. J’avais l’impression de devoir lui donner raison", écrit-il.

Une chose hante Kevin plus que tout, une peur indéfectible, celle de ne plus jouer au foot. "Etre assis et regarder un match depuis les tribunes, c’est pratiquement pire que de la torture pour moi. Je n’y arrive pas. Ma femme ne m’a jamais vu pleurer, même aux enterrements. Mais plus tôt dans la saison, je me blesse au genou dans un match face à Fulham, et il y avait des dégâts aux ligaments. Le timing était terrible. La veille, ma femme venait de donner naissance à notre deuxième fils. Je l’ai eu en appel vidéo, j’ai demandé des nouvelles du bébé. Il va bien, me répond-t-elle, avant de me demander : tu pleures ? Je lui dis alors que je suis blessé et qu’elle allait devoir s’occuper de trois bébés pendant un petit moment. Puis, j’ai littéralement fondu en larmes", une anecdote qui en dit long sur l’amour et la passion que porte De Bruyne pour le ballon rond.

"Mariages, enterrements, naissances ? Ce n’est rien, je suis un roc. Mais si on m’enlève le football ? Laissez tomber, je ne peux pas y arriver", voilà qui résume parfaitement le personnage Kevin De Bruyne, l'un des joueurs belges les plus talentueux de tous les temps.

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