L'Euro 2000 a 20 ans - Eric Deflandre : "J'ai été le seul gardien invaincu du tournoi !"

Avec Eric Gerets et Thomas Meunier, il est probablement le back droit le plus emblématique de ces 40 dernières années en équipe nationale.

Eric Deflandre (57 sélections) a arpenté le flanc droit des Diables Rouges pendant deux Coupes du monde et un Euro. Contre la Turquie, il a même fini le match...entre les perches.

Eric Deflandre est un homme de valeurs et de conviction. Quand il s'engage dans un club, c'est pour y réaliser quelque chose, s'inscrire dans une certaine durée. Et quand les choix sont peu nombreux, ils doivent être bien posés. 4 ans au FC Liège, 4 ans au FC Bruges, 4 ans à Lyon. Bien posée, cette courbe de progression a permis au Liégeois de s'installer durablement en sélection. Lors de l'Euro 2000, il faisait déjà partie des cadres. Eric Deflandre : "Il s’est passé beaucoup de choses depuis l’Euro 2000, mais je m’en souviens très bien. Ce n’est évidemment pas comme si c’était hier, parce que il y a encore eu la Coupe du monde 2002 qui a suivi et qui, pour ma génération, était un beau tournoi. Mais je m'en souviens bien malgré tout. A l’époque, nous avions des joueurs de caractère, avec certainement moins de talent que les actuels. A mon époque, les joueurs qui composaient l’équipe nationale provenaient, essentiellement, de grands clubs belges. C’est plus dans l’après-2000 que les Diables ont commencé à s’expatrier dans des clubs étrangers de renom. Les joueurs actuels ont un talent énorme, un autre potentiel. Ils évoluent majoritairement à l’étranger, où ils côtoient au quotidien des internationaux de différents horizons, ce qui rejaillit sur l’équipe nationale. Nous, en 2000, bien sûr on avait du talent, sinon on n’aurait pas pu défendre les couleurs du pays, mais globalement la sélection de l’époque était surtout caractérisée par sa grosse force de caractère."

Et quand on lui demande comment était la mentalité du groupe par rapport à celle des Diables actuels, présentés par tout le monde comme un grand "groupe de potes", Deflandre répond : "On avait tendance à faire beaucoup de différences entre les flamands et les francophones, mais au sein de l’équipe nationale, on n’a jamais ressenti cette prétendue dissension ou "rivalité" entre les deux groupes linguistiques. On vivait très bien ensemble. On a pu entendre qu’il y avait eu des "soucis communautaires" entre Georges Leekens et Enzo Scifo. C'est faux. Il y a eu des histoires avec Franky Van der Elst aussi, mais tout cela c’était juste de la popote interne à propos de choix de joueurs, pas vraiment des soucis communautaires. A l’époque, tout cela a fait beaucoup de bruit pour pas grand choses. Aujourd’hui, quand je parle de la Coupe du monde 98 ou de l’Euro 2000, ce qui ressort c’est surtout les petits problèmes qu’on a connus à cette époque. Or, tant avec Scifo qu’avec Van der Elst, le problème venait plus des interviews qu’ils pouvaient donner aux journaux pour évoquer le fait qu’ils ne jouaient pas… Mais je le répète, au sein du groupe, on vivait très très bien ensemble et c’étaient de belles années. En revanche, il n’y avait pas de réseaux sociaux pour entretenir les contacts. A l’époque, nos contacts se produisaient juste…quand on se voyait ou qu’on s’appelait. Mais tout le monde ne possédait pas encore de gsm non plus (rires). Aujourd’hui, avec les Facebook, Instagram, What’s App,… les possibilités sont beaucoup plus nombreuses pour pouvoir communiquer avec des coéquipiers de l’étranger. La grande différence, c’est cette évolution technologique de la vie. Aujourd’hui, je suis à nouveau en contact avec des amis lyonnais (ndlr : Eric Deflandre a joué à l’OL entre 2000 et 2004) grâce aux réseaux sociaux. A l’époque de l’Euro 2000, on n’avait pas tout cela, ce qui ne nous empêchait pas d’entretenir d’excellents contacts quand on se voyait."


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Ses 4 saisons passées au FC Bruges (sous la houlette d'un certain...Eric Gerets notamment) ont, en outre, permis à Deflandre de se sentir comme un poisson dans l'eau avec ses coéquipiers néerlandophones : "Moi j’avais des coéquipiers en équipe nationale comme Franky Van der Elst, Lorenzo Staelens, Gert Verheyen, qui étaient à Bruges avec moi. En équipe nationale, je restais beaucoup avec les Francophones parce que c’était à chaque fois un énorme plaisir de les retrouver et de pouvoir reparler français avec eux (rires). Mais j’avais d’excellents contacts avec tout le monde. De nature, je suis quelqu’un qui va vers les gens, qui aime m’intégrer, qui ose parler la langue même si je commets des fautes. Les gens apprécient cela, en général. Moi je pars du principe qu’il faut aller vers les gens, entretenir de bons contacts pour bien vivre ensemble. On ne peut pas être copain avec tout le monde, mais on peut certainement faire le maximum pour au moins bien discuter et profiter des moments ensemble."

10 minutes entre les perches

Cet Euro 2000 disputé à domicile, Eric Deflandre ne l'oubliera pas. Tout d'abord parce que : "On joue devant son public, donc l’engouement des supporters, on le ressent directement. Ce n’est pas comme quand on est allé à la Coupe du monde France 98 et que, lors du premier match au Stade de France contre les Pays-Bas, il y avait 60.000 supporters adverses pour 10.000 Belges. La différence était marquante. En 2000, le fait de jouer à domicile permettait d’avoir énormément de supporters noir-jaune-rouge, ce qui était très motivant. On a très bien commencé le tournoi avec une victoire 2-1 contre la Suède, puis on a fait un très bon match contre l’Italie, qui malheureusement nous a battus. Et puis est venue la Turquie où l’on avait juste besoin d’un point… C’était une grosse désillusion puisque on n’a pas réussi à franchir le premier tour alors qu’on attendait beaucoup de ce tournoi."

La Turquie, venons-y. Le syndrome-type du match pourri. Un point nécessaire. Seulement. Contre un adversaire abordable. Et un ballon qui refuse de rouler dans le bon sens. Eric Deflandre : "C’est souvent comme ça. Tu pousses, mais tu ne marques pas. Au total, on peut dire qu’on a livré deux très bons matchs et 20-30 très bonnes minutes contre la Turquie. Malheureusement, une mi-temps et demie a suffi pour nous éliminer, c’est ce qui est dommage par rapport à cette période, où les attentes étaient grandes."

A la 84è minute, Filip De Wilde commet la faute fatidique sur un attaquant turc. Carte rouge. Son Euro s'achève abruptement après deux boulettes, dont une, fatidique, face à Hakan Sükür en fin de première mi-temps. Eric Deflandre : "Je voyais l’entraîneur qui cherchait des possibilités sur le terrain, vu que les 3 changements avaient déjà été effectués. Je voyais qu’il était en train de regarder qui pouvait prendre la place de De Wilde au but. Moi, comme j’avais déjà une petite expérience en la matière (plus jeune, j’adorais ça, et j’avais déjà dépanné parfois aussi à l’entraînement), je me suis porté volontaire. J’ai pris les gants, le maillot et je me suis dit on y va. C’était quand même déjà 0-2, on n’avait plus grand-chose à perdre et il fallait bien quelqu’un dans le but… Donc, j’ai pris mes responsabilités, malheureusement on n’a pas réussi à inscrire le but qui nous aurait forcé à attaquer jusqu’au bout. Cette pige dans les buts était une première, et elle reste une belle expérience malgré tout. A la fin du tournoi, dans les statistiques du tournoi, on a pu lire en grand dans les journaux : "Eric Deflandre, le seul gardien invaincu de l’Euro". ça faisait bizarre à lire, même si je n’avais joué qu’1/4 d’heure dans les buts (heureusement, sans doute). J’ai quand même eu le temps de toucher 2 ou 3 ballons, je me souviens avoir dû sortir dans les pieds d’un attaquant qui venait face à moi, et aussi avoir dû effectuer un dégagement en volée, ce qui était une de mes spécialités, un beau et long dégagement qui était bien arrivé à destination. Donc juste deux trois ballons, parce que on était évidemment dans une période de match où, même à 10 contre 11, on poussait pour revenir.

Le réflexe de Hamden Park

Ironie de l'histoire, un an plus tard, lors d'un match de qualification pour la Coupe du monde 2002, c'est encore pour un geste de gardien que l'on reparlera d'Eric Deflandre : "Ha ha oui, en effet. Mais c’était quand même différent. J’étais au poteau, et en tout début de match, l’Ecosse se crée un corner sur lequel un joueur met une tête ou reprend de volée à bout portant, je ne sais plus. Moi je suis sur la ligne, le ballon vient très vite et je mets mon bras sur le côté pour l’empêcher d’entrer. Bilan : penalty et carte rouge. Heureusement, l’histoire s’est bien terminée avec le but égalisateur in extremis de Daniel Van Buyten. Malgré notre infériorité numérique, comme face à la Turquie, on avait un état d’esprit exceptionnel qui nous a permis d’éviter la défaite."

3 titres avec l'Olympique lyonnais

Malgré une fin d'aventure abrupte, l'Euro 2000 aura au moins permis à Eric Deflandre de connaître une belle expérience à l'étranger : "Ce n’est pas évident de rester longtemps en équipe nationale. J’ai quasiment été titulaire en sélection pendant 10 ans (1996-2005), c’était un beau challenge. A la base, je n’aurais jamais imaginé faire la carrière que j’ai faite. Mais à force d’évoluer et de côtoyer des entraîneurs qui ont tous été très importants pour moi, ils m’ont amélioré. Mes coéquipiers aussi m’ont amélioré, et j’ai donc eu la chance de pouvoir réussir de très beaux tournois, assortis de belles prestations personnelles. Je ne faisais pas juste de la figuration. Grâce à l’Euro 2000, par exemple, j’ai pu obtenir un transfert à Lyon et d’y réussir une carrière au niveau international (3 titres, la Ligue des Champions). Or, à cette époque, les joueurs belges partaient moins facilement à l’étranger que maintenant. A Lyon, l’équipe était exceptionnelle, moi-même j’étais en plein boom et je vivais vraiment le foot à fond !"

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