God save the Red Devils !

Londres ? Trop de touristes. Trop d’expatriés. On y entend pratiquement autant parler français qu’anglais. C’est dans les Midlands, au cœur de l’Angleterre profonde, que nous avons choisi de poser nos valises pour vivre la rencontre entre l’Angleterre et la Belgique. Dans la tribune d’en face, celle des supporters anglais.

Stoke Golding, entre Birmingham et Leicester. Petit, joli et célèbre. Dans les environs de ce charmant petit village de 1600 habitants s’est déroulée la bataille de Bosworth, au terme de laquelle le Roi Richard III trouva la mort en 1485. C’est son corps, perdu dans les brumes de l’histoire, que l’on a retrouvé en 2009 sous un parking de Leicester. Il a depuis été transféré dans une sépulture à la hauteur de son rang, dans la cathédrale de la ville. Sept ans plus tard, à la surprise générale, Leicester City a été sacré pour la première fois de son histoire champion de Premier League. Dans le coin, on y a vu un signe du destin.

Aujourd’hui, footbalistiquement parlant, les rois d’Angleterre sont belges. Hazard, De Bruyne et Lukaku font la pluie et -surtout- le beau temps sur le meilleur championnat du monde. A Stoke Golding, les gamins du club local en connaissent presque autant sur les Diables Rouges que sur les "Three Lions". L’un d’entre eux arbore même fièrement un maillot de Kevin De Bruyne. Pas le bleu ciel de Manchester City, mais le rouge des Diables. Quelle équipe supportera -t-il ce soir ? "Belgium ! They are better than England !".

Au "Three Horseshoes" ("Trois fers à cheval"), l’un des trois pubs locaux, on n’est pas forcément d’accord. Vide jusque là, il s’est subitement rempli de maillots blancs un quart d’heure avant le début de la rencontre. Après avoir fêté l’élimination de l’Allemagne la veille, les supporters anglais sont prêts à en découdre avec nous. Les premiers regards sont appuyés. On ne sait trop si c’est la caméra ou ma vareuse rouge qui les intrigue. "It’s Belgian TV !", explique le "landlord", le patron. Quelques sourires et chambrages plus tard, nous faisons partie du décor.

Le "God Save the Queen" est repris en cœur par cinquante gaillards, dont quelques-uns aux larges épaules et aux biceps comme des cuisses. Quand retentissent ensuite les premières notes de la Brabançonne, l’un d’entre eux lance en notre direction : "It’s your turn now !". Pas le choix, il faut s’exécuter. Ils se marrent, puis applaudissent notre timide Brabançonne. Nous allons donc en découdre, mais à Stoke Golding en tous cas, ce sera de manière amicale.

Ce soir, les rois Hazard, De Bruyne et Lukaku sont sur le banc. "Allez-vous jouer le jeu ?" : Au comptoir du pub, la question est réciproque, mais ni nous ni eux n’avons la réponse. Ce match, personne ne semble avoir envie de le perdre, mais personne n’a vraiment envie de le gagner non plus. Faut-il terminer premier ou deuxième du groupe ? Jouer le Japon ou la Colombie ? Et après, quelle partie de tableau ? Chez les supporters anglais aussi, on pèse le pour, le contre, le tout, et son contraire. Les questions -finalement sans réponse satisfaisante- occupent les esprits en début de rencontre. Mais il ne faut pas cinq minutes pour que la fibre british ne reprenne le dessus. Dès la première accélération anglaise, le pub gronde. Dès le premier coup de sifflet, les noms d’oiseaux volent. Dès la première occasion belge, les gorges se nouent. Le cœur est plus fort que la raison: l’Angleterre doit gagner. C’est une question d’honneur, de fierté nationale. Ici, on ne joue pas perdant, seulement gagnant.

Une superbe frappe de Januzaj en décide autrement. Nous explosons de joie. Personne ne semble nous en tenir rigueur, mais ils tirent quand même un peu la tête. Pas pour longtemps. Batshuayi tire sur le poteau, le ballon lui revient en pleine poire. Le pub est mort de rire, puis bientôt mort de soif. "Pint" à la main, un supporter de Manchester United vient nous dire qu’il l’aime bien, ce Januzasj, et qu’il regrette son départ pour l’Espagne. Pas rancuniers, les British.

"Bah, on est déjà qualifiés, et le plus amusant pour nous, c’est que l’Allemagne soit dehors", s’esclaffe-t-il. "Allez, on se revoit en finale ?" "For sure, my friend !"

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