Flexibilité tactique, maîtrise, sifflets et griffe Martinez, nos experts débriefent Belgique-Bosnie

Comme lors de tous les matches des Diables, nous débriefons la rencontre en compagnie de nos experts. Les Belges ont pris le dessus sur la Bosnie. Après un succès 4-0 contre un adversaire direct, les enseignements sont forcément positifs. Une idée revient dans toutes les analyses de nos journalistes : "la flexibilité tactique".

"Toute la semaine, on nous a parlé du concept de "flexibilité tactique". Personne n'aurait imaginé que celui-ci allait trouver son application aussi rapidement... et au sein d'un même match !", résume Manu Jous. "Après 20 minutes à peine, il a fallu changer son fusil d'épaule et on peut se réjouir que le passage de 4 à 3 défenseurs (avec les repositionnements que ce système implique aussi pour les médians) n'ait posé aucun problème. Eden Hazard s'est félicité de la liberté que ce 3-4-2-1 octroyait aux joueurs offensifs. Les Diables vont peut-être s'épanouir dans ce nouveau système..."Un nouveau système qui s'est installé naturellement ... grâce au travail effectué en semaine. "Lorsqu'en montant au jeu, j'ai vu  Ciman indiquer le chiffre 3 de la main à Vertonghen et Alderweireld, j'ai comme tout le monde été un peu étonné. Une blessure en défense...et on change le système ?" Et ça a marché car c'était prévu et répété aux entraînements de Tubize. Les joueurs n'ont donc pas été surpris outre mesure. Je dis chapeau pour l'adaptation. La défense à 3 prend du galon", insiste Vincent Langendries.  "Courtois risque de beaucoup s'ennuyer pendant cette campagne qualificative", plaisante Rodrigo Beenkens.

"Notre équipe est très à l'aise quand elle peut évoluer dans un système avec 3 défenseurs", embraye Thierry Luthers qui souligne les atouts de ce schéma. "La démonstration par l'absurde (avec la blessure de J.Lukaku) a été faite que c'est même plus profitable pour nos éléments à tempérament offensif d'évoluer dans pareil système tactique. Avec plus de soutien pour Lukaku au cœur du jeu."

"Les Diables n'ont laissé que des miettes face à des Bosniens étonnamment apathiques"

Autre motif de satisfaction : "les Diables ont prouvé qu'ils pouvaient vraiment être maîtres de leur sujet... à domicile. Dans un passé récent, ils étaient souvent plus à l'aise en déplacement que devant leur public. Face à la Bosnie, certes mis sur orbite par l'autobut de Spahic, ils ont montré qu'ils avaient la main. Possession, circulation, infiltrations, les Diables n'ont laissé que des miettes face à des Bosniens étonnamment apathiques !", analyse Manu Jous.

Un vieil adage dit que "les absents ont toujours tort". Dans le cas présent, on peut en tout cas affirmer que les joueurs présents sur la pelouse du Stade Roi Baudouin ont marqué des points auprès de leur coach.

"Ce vendredi, c'était la journée mondiale du sourire et Kevin De Bruyne n'était pas là. Dommage...pour lui", glisse Rodrigo Beenkens. "La Belgique peut (très bien) jouer sans De Bruyne. Mertens a parfaitement rempli sa mission aux côtés de Hazard en soutien immédiat de Romelu Lukaku. Thorgan Hazard, Chadli ou Mirallas en sont également parfaitement capable. Qu'on ne me comprenne pas mal: le De Bruyne qu'on aime, celui de Manchester City et des qualifications de l'Euro sera toujours une plus value pour l'équipe nationale mais celui de ces cinq derniers mois, la Belgique peut s'en passer contre la Bosnie et à fortiori contre Gibraltar, l'Estonie, Chypre et la Grèce ! C'est en Russie qu'elle aura besoin du vrai Kevin De Bruyne. D'ici-là ce ne devrait être qu'une formalité. Avec ou sans lui, elle se qualifiera sans difficulté."

Vincent Langendries constate également - "sans tirer de conclusions hâtives" - qu'en l'absence de Kevin de Bruyne, "Eden Hazard, Carrasco et Mertens ont disputé un bon match...voire un très bon. Eden fidèle à lui-même, Carrasco dans la veine de sa 2e mi-temps à Chypre et Mertens actif à souhait (2 assists). Est-ce dû à l'absence de De Bruyne ? Hazard a joui d'une totale liberté sans oublier son rôle défensif. Éternel débat qui resurgit une fois de plus : ces 2 là sont-ils complémentaires ? N'empêche...sans l'autobut bosnien et le 2e qui suit juste derrière, je ne prédisais pas un match aussi facilement gérable pour les Diables."

Thierry Luthers s'attarde, lui, sur le bilan comptable des Belges dans le groupe H. "Les Diables ont parfaitement entamé leur campagne qualificative. 6 points sur 6 et aucun but encaissé. Une victoire à Faro lundi contre Gibraltar et un succès contre l'Estonie dans quelques semaines devraient nous permettre d'afficher un 12 sur 12, la moitié du chemin vers la Russie sera effectué. Enfin, et ce n'est pas négligeable, ils se sont pleinement réconciliés avec leur public."

Un trio offensif épatant, un Ciman solide

Manu Jous a été charmé par les prestations de nos médians créatifs. "Ils ont été particulièrement à leur avantage. Mertens, Carrasco, Hazard ont fait étalage d'une palette technique parfois épatante. Carrasco, notamment, s'est inscrit dans la lignée de sa dernière demi-heure à Chypre. Remarquable !Vincent Langendries va dans le même sens et ressort aussi "les 3 offensifs du milieu". "Avec pour moi l'homme du match : Eden Hazard, notre capitaine, celui qui donne le coup d'accélérateur et qui fait peur à tous ses adversaires"

Si "toute l'équipe a bien presté", Thierry Luthers épingle les mêmes individualités que son compère de la radio. "Eden Hazard est très impressionnant dans ce rôle d'électron libre. Mertens a prouvé qu'il était à coup sûr 11ème ou 12ème homme par sa volonté incessante de percuter et de combiner. Carrasco a eu des moments réellement brillants tout en pistonnant sur son flanc. Dommage qu'il évite la presse car cela le désert."

La ligne offensive a brillé mais il ne faut pas oublier que pour la deuxième fois consécutive Thibaut Courtois - bien protégé par sa défense - a gardé le zéro. Manu Jous et Vincent Langendries ont été séduit par l'aisance de Laurent Ciman catapulté au cœur d'une défense à trois après 20 minutes. "Ciman s'est retrouvé comme un poisson dans l'eau de cette défense à 3, en position centrale, celle qu'il maîtrise le mieux". Et nos deux journalistes de préciser que Lolo "a marqué des points aux yeux de Martinez".

Rodrigo Beenkens se démarque. "Hazard, Carrasco et Mertens sont plébiscités par la presse et l'opinion publique. Je ne peux pas leur donner tort. Cependant, je voudrais insister sur l'importance de Thomas Meunier. Ses impulsions offensives apportent énormément et le système à trois centraux lui convient à merveille. Son rôle est devenu d'autant plus prépondérant qu'il y a peu d'alternatives. En effet, si Martinez dispose de suffisamment de solutions pour le trio axial (ah Ciman...il aura fallu attendre 5 ans et la blessure d'un équipier pour lui accorder enfin sa chance à sa place de prédilection), quelles sont en revanche les solutions de rechange en cas d'indisponibilité de Meunier ou Carrasco ? Jordan Lukaku n'est pas (encore ?) prêt. Chadli ?"

Vincent Langendries n'oublie pas non plus Thomas Meunier. "Quel régal de posséder un arrière aussi doué techniquement et aussi offensif."

Lukaku, des sifflets "déplorables" et "ridicules"

Enfin, nos journalistes ont une pensée pour Romelu Lukaku, sifflé par une partie du public. "Aldeirwereld a marqué Le but de sa vie mais mention spéciale pour Romelu Lukaku; Sifflé par une frange du public après un gros raté (inconcevable, il est vrai) , il a mordu sur sa chique et a marqué un but avec ses tripes. A 23 ans, il a déjà inscrit 20 buts avec les Diables; A ce rythme-là, le record (30 buts) de Van Himst et Voorhoof sera très rapidement mis à mal" , prédit Thierry Luthers.

"Je voudrais aussi saluer la remarquable réaction de Romelu Lukaku. Les sifflets dont il a fait l'objet étaient absolument déplorables", poursuit Manu Jous. "Oui, il a loupé un but tout fait. Il le sait, ça arrive. Faut-il pour autant le clouer au pilori de cette manière ? Qui peut se targuer d'avoir inscrit 20 buts en équipe nationale ? Qui ferait mieux que lui actuellement à la pointe de l'attaque? Roberto Martinez, qui le connaît mieux que quiconque, a eu l'intelligence de ne pas le sortir trop tôt. Sa patience a payé."

"Bien sûr il en a raté une énorme mais je dis chapeau à ce mec de 23 ans qui malgré quelques sifflets "ridicules" s'est remobilisé et a marqué son 20e but. Moi je dis que c'est le propre d'un grand attaquant", conclut Vincent Langendries.

"La "griffe" Martinez commence déjà à se faire ressentir"

Roberto Martinez a dirigé son troisième match à la tête des Diables. Son bilan actuel est d'une défaite (en amical) pour deux victoires. "Oublions le match contre l'Espagne...difficile de juger un coach là-dessus pour son match inaugural", intervient directement Vincent Langendries. "Martinez semble avoir une belle influence sur ce groupe. Wilmots, pour moi, a été victime d'une sorte d'"usure du pouvoir". Certains joueurs avaient besoin d'autre chose...ils semblent l'avoir trouvée. La défense à 3 est le plus gros changement...positif pour le moment. C'est par là que passe l'empreinte Martinez, avec ou sans drone !".

"La "griffe" Martinez commence déjà à se faire ressentir", appuie Manu Jous qui développe. "Sur deux points essentiels : la flexibilité tactique (ce qui était demandé par l'Union belge dans son "profil de fonction") et l'attitude, sous-entendu la rage de vaincre. Un concept qu'il réclame au sein de son groupe et qu'il obtient déjà après deux matchs très convaincants du point de vue de l'état d'esprit : à Chypre, et contre la Bosnie. Au sein de la presse, son empreinte se fait également ressentir. L'homme est d'une politesse et d'une courtoisie extrêmes, mais ne laisse strictement rien lire dans son jeu. Jusqu'à 1h du coup d'envoi, il était impossible de savoir quel système allait être privilégié ni qui allait remplacer Kevin De Bruyne. Une volontaire opacité...qui paye, et qui, actuellement, ne peut donc être contestée."

"Le coach espagnol aime utiliser le terme flexibilité dans ses propos. Hier soir, il a pu l'appliquer de façon concrète avec le changement de système en cours de match", ajoute Thierry Luthers. "Les joueurs nous ont confié qu'ils avaient pas mal travaillé tactiquement durant la semaine, s'entraînant dans les deux systèmes. c'est sans doute surtout cela LA griffe Martinez."

Enfin, Rodrigo Beenkens se montre un peu plus prudent dans son analyse des débuts de l'ancien coach d'Everton et Wigan. "Beaucoup de bons points pour Roberto Martinez et une seule interrogation: pourquoi ne pas avoir commencé de suite avec une défense à trois ? Martinez avait-il une peur (excessive) du trio Dzeko-Ibisevic-Pjanic ? Il ne s'attendait sans doute pas à voir la Bosnie jouer avec une défense à trois...comme l'Italie et le pays de Galles. Sans la blessure de Jordan Lukaku, le sélectionneur espagnol aurait-il malgré tout changé son système à un moment ou un autre, et si oui quand ? On ne le saura jamais. Vu la faiblesse de l'opposition dans notre groupe qualificatif, il faudra probablement attendre le mois de juin 2018 et la Coupe du Monde en Russie pour juger sérieusement son travail".

 

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