Dries Mertens : "Imiter Maradona ? Avec le VAR, je ne peux plus marquer de la main…"

Pendant que Joaquim Phoenix triomphe avec son " Joker ", celui qui fut longtemps le joker de luxe de San Paolo et de l’équipe nationale s’apprête à gratter son 3e grand tournoi de suite avec les Diables et à égaler le grand Maradona parmi les buteurs napolitains. Il évoque ses heures passées à la plaine, ses 32 ans de jeunot, le corner français et les pâtes italiennes. Mais aussi les critiques, un joli but marqué pour un ami, la mafia et Romelu Lukaku. Et bien sûr… San Marin. Dries Mertens passe " Sur le Gril ".

Sourire éternel aux lèvres, Dries Mertens déboule après deux interviews pour des confrères flamands. La voix fluette, les réponses brèves, il a toujours préféré parler avec ses pieds qu’avec sa bouche. Mais il se sent plus jeune que jamais.

Je ne me suis jamais senti aussi frais, j’ai 32 ans mais je me sens mieux dans mon corps que certains jeunes de 25-26 ans que je côtoie dans les vestiaires… mais c’est peut-être parce que moi, je n’ai pas d’enfants " sourit Dries Mertens. " Je vis la meilleure période de ma carrière, je marque très facilement des buts et j’ai augmenté mon temps de jeu pour me rapprocher d’un statut de titulaire. Je compte bien jouer encore très longtemps. C’est pour ça que pour moi, non, le prochain Euro n’est… pas la dernière chance de cette génération dorée : la plupart des Diables sont plus jeunes que moi ! "

Un seul petit point ce jeudi contre San Marin, et la qualification pour l’Euro sera officielle. Sans que le suspense n’ait vraiment plané longtemps, tant cette phase éliminatoire propose des affiches déséquilibrées.

San Marin, un match inutile ? Je ne suis pas d’accord ! On joue pour 3 points… et c’est l’occasion de marquer beaucoup de buts et se faire plaisir, ainsi qu’au public. En tout cas, j’ai de la sympathie pour les joueurs de San Marin : lors du match aller, j’ai eu l’occasion de parler avec eux, ça me faisait plaisir de parler Italien, l’un d’eux a même joué en Série A à Crotone. En juin, ce sera l’Euro et on peut le gagner : comme toujours, il faudra un peu de chance, mais en restant nous-mêmes, en restant fidèles à notre jeu offensif… en y ajoutant l’efficacité. En Russie, ça s’est joué sur un corner de la France. Et quand la France marque, ça devient très difficile… vu qu’elle n’encaisse jamais derrière ! Le message de Roberto Martinez, c’est de nous pousser toujours à tout gagner et à y croire. Moi, j’y crois, à l’Euro. Et toi, tu y crois ? " Mertens d’ajouter avec un clin d’œil.

Dries façon Diego

Après 7 ans à Naples, le chouchou des midinettes belges est devenu une icône au pied du Vésuve. Au point qu’il s’apprête à marquer son 115e but en Napolitain, égalant ainsi rien moins qu'un certain Diego Maradona.

Bien sûr que j’y pense… puisque tout le monde ne me parle que de ça ! Je suis assez fier d’arriver si près d’une telle légende. J’ai rencontré deux fois Maradona, on a un peu parlé, mais on n’a pas fait de photo. C’était à Naples et tu sais comment ça va : tout le monde lui cassait les couilles (sic), tout le monde voulait une photo ou un autographe, moi je ne voulais pas le déranger. D’ailleurs je n’ai pas le culte des idoles : moi, quand j’étais gamin, je ne regardais pas le foot ! Je voulais juste jouer et je passais mon temps à la plaine, près de la maison, avec mes deux frères. Ce sont eux, mes deux idoles ! "

Pour Lionel Messi, c’est clair : son idole à lui, c’est bien Maradona. Son plus vibrant hommage : avoir un jour avec le Barça marqué le but jumeau de celui marqué au Mondial 86 par le génie argentin, lors du match contre l’Angleterre. Mais pas… la célèbre Main de Dieu : celui ou Maradona dribbla… 6 joueurs de l’équipe à la Rose…

Imiter, moi aussi, un but de Maradona ? Pourquoi pas ? Je n’y avais jamais pensé, la prochaine fois j’essaie " s’esclaffe Mertens. " Mais si je veux marquer de la main, ce ne sera pas possible avec le VAR. (rires) J’aime bien quand Maradona arrivait devant le gardien et le passait d’une petite pichenette, je vais faire ça, c’est joli… Un but est un but, mais s’il est beau, ça ne gâte rien. Mon plus beau but, je l’ai marqué lors d’un Utrecht-AZ. On a gagné 4-0 ou 5-0, j’ai mis un triplé dont une volée depuis le milieu du terrain ! On voulait jouer pour un équipier qui s’était blessé la semaine précédente et qui risquait la paralysie. "

Marquer, un job

Diego Armando Maradona : véritable Dieu vivant à Naples, près de 30 ans après avoir quitté la Baie dans des conditions narrées dans le documentaire " Maradona ", qui révèle le rôle joué par la mafia locale dans la déchéance du Pibe de Oro.

Je n’ai pas encore vu le film mais j’aimerais bien : je n’étais pas libre le jour où m’a invité. Mais la mafia, c’était il y a 30 ans : aujourd’hui, tout a bien changé. Et depuis 7 ans que je suis là, je n’ai jamais rien vu… Mais c’est vrai qu’en Italie, la folie pour le foot va parfois très loin… "

Il est donc éloigné, le temps où le petit Dries, jugé en Belgique trop frêle pour le foot de haut niveau, avait dû s’expatrier au Pays-Bas. Aujourd’hui, l’ailier de poche des Diables est devenu une machine à buter.

Marquer est devenu un job, mais j’ai toujours le même plaisir et la même sensation. Quand je marque, je pense à des bons moments, comme quand je suis avec des amis au restaurant et que je leur dédie une célébration spéciale. Le foot est toujours un jeu pour moi : mon moteur, c’est le plaisir, sinon ça devient pesant. Quand je monte sur le terrain j’oublie tous mes soucis, et c’est très bien comme ça. Le plus dur, c’est quand les résultats sont mauvais et que le public nous en veut : on fait le maximum, mais les gens croient qu’on le fait exprès… Mais la critique ne me touche plus : quand tu es jeune ça peut te déstabiliser, mais à mon âge, je n’ai plus rien à prouver. C’est comme avec Eden et Thibaut au Real : je les connais, ils sont trop forts ! Et le Real est premier, non ? " (clin d’œil)

Jamais la Chine

Après 7 ans à Naples, Dries Mertens arrive en fin de contrat. Et les négociations pour une prolongation seraient, murmure-t-on, houleuses…

Moi, je ne demande qu’à rester à Naples, mais je ne peux rien dire pour l’instant. Je suis Belge… mais je suis presque autant Italien. Je me suis fait à la vie italienne : je suis tout le temps dehors, le soleil, les petits cafés, les pâtes… Quand je suis venu à Genk avec mon équipe, il pleuvait et c’était la journée la plus froide : mes équipiers se moquaient de moi, je passais pour un con quand je leur disais qu’il faisait bon vivre en Belgique ! Si je pars, tout ça va me manquer. Et je ne me vois pas signer pour un autre club italien : ça me ferait bizarre, tant je me sens chez moi à Naples. "

L’année 2020 sera en tout cas décisive pour Mertens : il devra se déterminer sur son club, puis ce sera l’Euro avec les Diables.

Je ne me vois pas signer en Chine ou au Qatar : comme je l’ai dit, j’espère jouer le plus longtemps possible au sommet. Un retour en Belgique en fin de carrière ? Non, non, je ne pense vraiment pas. Finalement, je suis très fier d’avoir mené un tel parcours en Italie, qui reste un championnat très tactique même s’il est devenu plus offensif avec les années. J’en ai parlé avec Romelu Lukaku cet été, avant qu’il ne signe à l’Inter. Et je n’ai aucun doute sur sa réussite dans le Calcio. C’est quand même bizarre, la vie : on m’a souvent dit que j’étais plutôt profilé pour le foot espagnol, technique, vif et avec des petits formats. Mais je n’ai jamais reçu d’offre d’Espagne… Soit, je n’ai jamais regretté d’avoir signé à Naples : j’y suis heureux depuis le premier jour ! "

 

" Sur le Gril ", un rendez-vous hebdomadaire d’Erik Libois à retrouver sur Vivacité ce jeudi soir entre 20h et 20h45 dans l’avant-match de Belgique-San Marin.

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