Diables Rouges : une rentrée en mode majeur

Diables Rouges : une rentrée en mode majeur
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Ce n'est pas une motion de défiance, et que celui-ci ne le prenne pas mal, mais en ces périodes troubles, le public n'incarne pas une solution indispensable à la réussite des Diables Rouges. Ce mardi soir, le Stade Roi Baudouin (dont l'accès aux accrédités était à peine plus aisé qu'en niveau 4 sur l'échelle de l'Ocam) avait des allures encore plus vintage qu'à l'accoutumée. Une sorte de cure de jouvence. Pour peu, on serait cru revenir 15 ans en arrière, lors des "belles années" Anthuenis-Vandereycken. Limite même si les cris émis du terrain et les encouragements des partenaires en tribune ne conféraient pas davantage d'ambiance qu'à l'époque des "gradins d'invités". Ou, à tout le moins, un petit supplément d'âme.

Quoi qu'il en soit, que le public soit interdit ou massivement acquis à l'adversaire (les Brésiliens de Kazan par exemple), les Diables Rouges subliment le contexte. Quelques fines bouches ont regretté l'absence de flamboyance à Copenhague. C'est qu'à force de recevoir, on demande toujours plus… Comme l'enfant blasé qui déballe son cadeau par habitude, sans plus en apprécier le contenu. Idem avec l'Islande… 39è nation mondiale. Une équipe privée de ses rares "stars" et qui devait nécessairement retourner à Keflavik avec une nouvelle défaite dans les guêtres, comme toujours lors de ses confrontations avec la Belgique. Mais encore fallait-il le faire… Samedi dernier, l'Angleterre n'avait émergé qu'à une minute de la fin, sur penalty, puis gagné son salut définitif grâce à un autre penalty, loupé dans la foulée par Bjarnason...

12 succès consécutifs, c'est loin d'être anodin. 47 buts inscrits depuis la déconvenue de Lucerne aussi.

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S'il est un regret à nourrir à l'issue de ces deux premiers matchs, il concerne plutôt l'entrée en matière des Diables Rouges. 15-20 premières minutes brouillonnes, confuses. A cause d'un adversaire pressant et parfois oppressant à Copenhague, à cause… des Diables eux-mêmes face à l'Islande. Une occasion adverse après 5 minutes, un but adverse après 10 minutes, c'est trop. A retenir pour plus tard : prévoir plusieurs alertes sur le GSM pour ne plus louper l'heure du coup d'envoi... 

Mais au-delà de ce constat, difficile de pinailler sur le contenu de deux matchs impliquant des joueurs inégalement accrochés à leur courbe de forme. Entre ceux qui ont déjà repris le turbin, ceux dont le souvenir de la piscine à débordement est encore vivace, et ceux qui enchaînent les séances de préparation avec leur club avant d'enfin reprendre une compétition achevée plus tard que d'habitude, il fallait bien du talent pour tarer la balance et former une équipe équilibrée, capable d'enchaîner deux rencontres officielles. Roberto Martinez dispose incontestablement de ce talent.

La certitude des cadres et les talents émergents

Sur ces deux premiers matchs, les cadres de la génération dorée ont convaincu. Et même impressionné. Alignés dans les deux rencontres, Axel Witsel et Dries Mertens ont été omniprésents, impliqués dans la quasi-totalité des 7 buts inscrits. Des guides, des leaders, des inspirateurs. Yannick Carrasco leur a fait écho à Copenhague avant de prendre la tangente pour aller négocier son contrat (…), Kevin De Bruyne les aura magnifiquement rejoints pour la deuxième joute. Penché sur un berceau le samedi, convoqué dans une confrontation de prétoire le lundi, le joueur de l'année de la Premier League a régalé, malgré l'ascenseur émotionnel. Impliqué aux quatre coins du terrain et de la rencontre, d'une précision de métronome, d'un altruisme sans pareil, De Bruyne a non seulement été magnifique, mais il a magnifié ses partenaires. Ses deux assists en seconde période sont des modèles du genre. Et sur le 4è but, on a véritablement senti son envie d'impliquer Yari Verschaeren, alors qu'il aurait sans doute pu faire le boulot seul.

Quand KDB évolue à ce niveau, sans même le concours d'Eden Hazard on peut sortir le transat', s'allonger, fermer les yeux et s'endormir avec la certitude d'un avenir serein. Le lustre de nos cadres ne s'écaille pas encore. Pas utile d'aller y apposer de nouvelles couches de feuilles d'or.

Finalement, la plus grande satisfaction se trouve peut-être ailleurs. Jason Denayer et Jérémy Doku ont glissé leur carte de visite pour les prochaines années. Pour Denayer, il s'agissait avant tout de la réactualiser. Passer définitivement le vieux modèle de 2016 à la déchiqueteuse et prouver que le brevet lyonnais possède aussi son extension internationale. Une place est à pourvoir. Pas n'importe laquelle, celle de Vincent Kompany. Dedryck Boyata l'a déjà occupée à plusieurs reprises avec assurance et sobriété. Jason Denayer compte bien lui mener la vie dure. On appelle ça la concurrence saine. Comme celle qui définit le rapport entre Thomas Meunier et Timothy Castagne.

Doku, lui, a saisi sa chance à pleines mains. Au bon endroit, au bon moment. Une première cap à Copenhague pour lui faire prendre conscience de la réalité de sa sélection et verrouiller sa nationalité sportive. Une première titularisation doublée d'un premier but 3 jours plus tard à Bruxelles. Pour lui donner des ailes. L'ailier anderlechtois a intelligemment abordé le défi qui l'attendait. Avec humilité et modestie. Quelque peu sur la retenue pendant 65 minutes, donnant l'impression de ne pas inutilement vouloir forcer les choses, Doku a littéralement explosé après la montée de son pote Verschaeren. La victoire était acquise, l'heure à davantage de facéties. Doku a fait le show, prouvé sa condition physique et...inscrit un superbe but. Coaching gagnant.

Friture sur la ligne

Si, sportivement, le bilan de ces deux premiers matchs oscille donc entre la grande et la plus grande distinction, l'aspect communication, en revanche, ne mérite pas autant d'éloges, et c'est sans doute la seule vraie fausse note dans l'aventure.

Tout au long de cette première semaine de rassemblement des Diables Rouges en 2020, on aura souvent eu la désagréable impression d'être pris dans un jeu de dupes. De l'imbroglio autour du prétendu contrôle positif au Covid-19 de Thibaut Courtois, démenti par la Fédération qui avait de toutes façons prévu de ne pas aborder le sujet, au départ soudain de Yannick Carrasco (pour aller finaliser un transfert qui aurait pu attendre quelques heures de plus…), en passant par le retour en Italie de Romelu Lukaku, dont il était bien prévu (par l'Inter du moins) qu'il ne jouerait pas les deux matchs… Cela fait beaucoup. Roberto Martinez, lui, a beau être l'illustration même de la distinction et de la belle éducation (cf.notre article du mois de mai sur sa prolongation de contrat), il n'en reste pas moins confus (voire expressément opaque) dans certains pans de sa communication.

N'avait-il pas déclaré avant le Danemark qu'Eden Hazard serait "impliqué dans au moins un des deux matchs" ? Au final, ça n'aura pas été le cas… soit parce que c'était prémédité dès le départ. Soit parce que le Real l'a interdit (ou fortement suggéré). Mais dans les deux cas, cela pose question. Preuve, comme l'écrivait Peter Drucker, que "la chose la plus importante en communication, c'est d'entendre ce qui n'est pas dit". Avec l'équipe nationale, plus que jamais, il faut tendre l'oreille en coulisses et garder les yeux grands ouverts sur le terrain…

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