Deux accrocs pour les Diables : on oublie mars… et ça repart ?

Deux accrocs pour les Diables : on oublie mars… et ça repart ?
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Deux accrocs pour les Diables : on oublie mars… et ça repart ? - © BRUNO FAHY - BELGA

Après quatre mois et demi de 'pause', les Diables rouges se sont retrouvés pendant un peu plus d’une semaine pour disputer leur cinquième match des qualifications pour le Mondial 2018 face à la Grèce et un amical contre la Russie. Deux rencontres soldées par deux partages décevants. Un bilan mitigé pour Roberto Martinez et ses hommes. Quelles sont les raisons de ces deux accrocs et quels sont, malgré ce résultat final, les points positifs que l’on peut mettre en avant au terme de ce rassemblement du mois de mars ?

Les absents ont toujours… raison

Les absences sur blessure d’Eden Hazard, de Kevin De Bruyne et de Thomas Meunier se sont largement ressenties lors de ces deux parties. Les trois joueurs réalisent de très bonnes saisons dans leur club respectif et ont démontré par leurs absences leur gigantesque importance dans ce groupe. Sans eux, la sélection des Diables manque clairement de créativité, de fantaisie et de qualité technique.

Le n°10 des Blues et le meneur des Citizens sont les vrais dépositaires du jeu des Diables et n’ont pas vraiment d’équivalent dans ce groupe. Ça s’est vu.

Si Nacer Chadli a plutôt bien remplacé le latéral du PSG en se montrant solide, appliqué et dynamique, l’absence de Meunier s’est fortement faite sentir. Dans le système de Martinez, l’ex-Brugeois est un des éléments clé. Sa capacité à arpenter son flanc droit et ses qualités défensives et offensives permettent au coach fédéral de stabiliser et d’équilibrer son dispositif. S’il n’est pas là, la structure 'noir, jaune, rouge' est plus fébrile et la défense à trois est plus exposée.

Ces deux matches ont largement montré que ces trois éléments sont tout simplement incontournables.

La défense a montré des signes de fébrilité inquiétants

Roberto Martinez a fait un choix fort : celui d’installer une défense à trois. Si ce nouveau dispositif a montré son plus beau visage entre septembre et novembre, il a un peu toussoté en ce début de printemps.

Si le capitaine Jan Vertonghen a plutôt bien tenu son rang et a été le meilleur élément d’une défense qui s’est montrée irrégulière et fébrile. Habituellement impeccable de sobriété et de solidité, Toby Alderweireld ne s’est pas montré à son avantage : duels perdus, déchets techniques, relances approximatives. Pour les accompagner, Martinez a fait confiance à Laurent Ciman contre la Grèce et à Thomas Vermaelen face à la Russie. Titularisé lors des trois rencontres précédentes, le défenseur central de Montréal avait parfaitement assumé son nouveau rôle. Cette fois-ci, il n’a pas été à la hauteur de ses dernières prestations. Son manque de rythme - Ciman a repris la compétition avec son club depuis moins d’un mois - a sans doute été préjudiciable. Le constat est d’ailleurs le même pour le gaucher de l’AS Roma. Vermaelen a enchaîné les blessures depuis le début de saison et n’avait plus débuté un match depuis fin février.

En plus des problèmes du trio central, c’est tout le système défensif de Martinez qui a été à la peine. Si l’absence de Meunier - seul défenseur latéral de haut niveau de la sélection - peut expliquer certains soucis d’équilibre, elle ne peut pas tout justifier.

"J’ai été alerté par les problèmes de reconversion. Quand on joue à trois comme cela, c’est difficile de reconstituer un 4 ou un 5 arrière quand on a beaucoup de joueurs qui sont devant le ballon, a analysé Alex Teklak après le match face aux Russes. Je pense qu’on va avoir des soucis avec cette défense quand on va vouloir aller compenser des attaquants qui partent dans la profondeur. Ce n’étaient pas spécialement des flèches en face et on a vu que même face à des joueurs "modestes", on a éprouvé des problèmes dans ces situations."

Ces problèmes de reconversion concernent en premier lieu Yannick Carrasco, Nacer Chadli et Thomas Foket. L’ailier de l’Atlético connaît de trop fréquentes sautes de concentration et son repositionnement n’est pas toujours idéal. Pour le milieu offensif de West Bromwich, c’était une première à un poste qui n’est pas le sien. Il s’est plutôt bien débrouillé mais doit encore s’adapter. Enfin, le jeune joueur de La Gantoise est un spécialiste de cette position mais son inexpérience est encore trop importante à ce niveau.

Les Diables doivent s’endurcir… mentalement

Souvent critiqués pour leur mentalité 'défaillante' sous Marc Wilmots, les Diables devaient enfin acquérir, avec l’aide du nouveau sélectionneur, ce fameux 'mental de guerrier' qui caractérise les grandes équipes. Pourtant, force est de constater que, aussi bien lors du match contre la Grèce que face à la Russie, la formation de Martinez a péché dans ce domaine.

Contre un bloc grec très regroupé et solide, les Diables ont peiné à débloquer la situation et ont quelque peu paniqué. Face aux Russes, ils se sont totalement relâchés alors qu’ils menaient de deux buts à un quart d’heure du coup de sifflet final. Deux travers du passé que l’on pensait digérés…

Dominer n’est pas gagner… Il faut ce petit supplément d’âme pour aller chercher la victoire.

On en a vu la preuve dans les derniers instants du match de samedi. Romelu Lukaku a sonné la charge. Trop tard toutefois pour totalement inverser la situation.

On en demande évidemment beaucoup plus à cette génération dorée.

Offensivement, on peut compter sur nos buteurs

Romelu Lukaku a arraché un point crucial dans la course à la première place du groupe. Son but ne doit rien à personne et est venu ponctuer une prestation dans laquelle on a pu voir tous ses progrès dans le jeu. L’attaquant des Toffees a assumé son rôle de n°1 des Diables et son nouveau statut de meilleur buteur de Premier League.

A Sotchi, Christian Benteke a parfaitement relevé le challenge de sa deuxième titularisation sous Martinez. Double buteur de la tête - sa spécialité -, l’attaquant de Crystal Palace s’est également distingué en obtenant le penalty égalisateur en début de match. En trois participations et 165 minutes disputées, Big Ben compte 5 réalisations. Un superbe ratio d’un but toutes les 33 minutes.

Les deux buteurs ont d’ailleurs été élu chacun à leur tour 'Diables du match'. Des récompenses totalement méritées.

Pouvoir compter sur un solide buteur de pointe lorsqu’Eden Hazard et Kevin De Bruyne sont absents est une excellente nouvelle pour Martinez.

Martinez et la gestion de son groupe

Attendu au tournant sur la gestion du cas 'Radja Nainggolan', Martinez a mis fin aux rumeurs de tensions avec le 'Ninja' en lui accordant sa confiance lors des deux matches. Le milieu romain a disputé l’intégralité des deux rencontres dans une position plus avancée qui ressemble à celle où il évolue avec la Roma. Son apport n’a pas été à la hauteur de son talent mais l’affaire 'Martinez-Nainggolan' peut être considérée comme close.

Le coach espagnol est un homme fidèle. Fidèle à ses joueurs et à son système. Malgré les absences de plusieurs cadres, Martinez n’a pas changé ses plans. Il veut maintenir une certaine continuité dans ses choix et poursuivre la solidification de son groupe.

L’ex-entraîneur d’Everton a conservé sa confiance en Laurent Ciman malgré son manque de rythme et en Axel Witsel malgré son transfert en Chine. Il a également relancé Thomas Vermaelen en manque de temps de jeu. Des signes de stabilité qu’apprécient les joueurs.

Un autre point très positif est la volonté du sélectionneur d'incorporer de jeunes joueurs dans sa sélection. Après Leander Dendoncker contre l’Estonie en novembre, Youri Tielemans et Thomas Foket ont eu le bonheur de connaître leur première titularisation face à la Russie. Un excellent signal pour la jeune génération.

Toutefois, tout n’a pas été rose et quelques choix du coach fédéral peuvent poser question.

Pourquoi Martinez a attendu si longtemps pour faire certains changements ? Pourquoi Mousa Dembélé, pourtant très précieux pour sa conservation de balle et sa capacité à éliminer un homme, n’est entré en jeu qu’après 66 minutes face à la Grèce ? Pourquoi le premier des six changements belges contre la Russie n’est intervenu qu’après plus d’une heure ? Pourquoi Dedryck Boyata a remplacé Thomas Vermaelen à la 90ème minute mardi soir alors que le score était de 2-3 et que le défenseur du Celtic n’avait jamais évolué aux côtés de Jan Vertonghen et de Toby Alderweireld ?

Enfin, la gestion de ses quatre attaquants de pointe peut sembler un peu compliquée. Depuis sa prise de fonction, Roberto Martinez sélectionne systématiquement Romelu Lukaku, Christian Benteke, Divock Origi et Michy Batshuayi. Or, son système ne propose qu’une seule place pour un attaquant de pointe. Big Rom qui est l’incontournable n°1 et la place de n°2 est dévolue à Benteke. Mais alors quelle place pour le Red de Liverpool et le Blue de Chelsea ? Depuis sa titularisation surprise contre l’Espagne, Origi n’est plus jamais monté au jeu. Batshuayi a dû, lui, se contenter de quelques miettes contre Chypre (16 minutes) et face à Gibraltar (10 minutes).

Ce manque de temps de jeu - qui pourrait rapidement être pris par les joueurs pour un manque de confiance - ne risque-t-il pas de 'déconcerner' les deux buteurs ? Réussiront-ils à mettre de côté leur égo d’attaquant au service du groupe ?

Autant de questions qui ne trouveront des réponses qu’au fil du temps…

Evidemment, tout n’est pas à jeter dans ce rassemblement. Il y a des éléments positifs sur lesquels Martinez s’appuiera pour faire progresser sa formation.

Les Diables ont sauvé les meubles face à la Grèce et conservent leur première place au classement avec deux points d’avance sur leur adversaire de samedi. Ils ont toujours leur sort bien entre les mains pour se qualifier directement pour le Mondial 2018. Et c’est le principal.

Il n’est pas question ici de brûler ce qu’on a aimé… au contraire. Tout le monde ne demande qu’à vibrer pour ces Diables.

La prochaine étape se déroulera au mois de juin, une fois que toutes les compétitions de clubs seront terminées. Un match amical contre la République Tchèque (5 juin) et la 6ème journée des European Qualifiers en Estonie (9 juin) les attendent.

Il faudra assurément montrer un autre visage. Pour les supporters, mais surtout et avant tout pour retrouver la confiance.

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