Daouda Peeters : "A la Juventus, on ne peut pas toucher Ronaldo à l'entraînement…"

À 21 ans, il est le tout premier Belge (et seul à ce jour…) à avoir porté le maillot de la Juventus en match officiel. Enfant guinéen adopté au Limbourg, le pare-chocs des Diablotins évoque la muscu avec CR7, Andrea Pirlo, le racisme en Italie, Axel Witsel, l’argent facile, le Covid-19 et Jérémy Doku. Mais aussi Roberto Martinez, le stress, Ciro Immobile, ses racines guinéennes, les pasta et Giorgio Chiellini. Et bien sûr… le KFC Ezaart Sport. Daouda Peeters passe " Sur Le Gril ".

Ce jeudi soir, il a suivi devant son petit écran ses potos des Espoirs appelés chez les grands pour jouter la Côte d’Ivoire. Lui attendra le tour d’après : avec le grand brassage djeun en cours chez les Diables, Daouda Peeters est peut-être l’un des prochains appelés de Roberto Martinez. Depuis l’hôtel de Genk où il est en mise au vert avec les Diablotins (qui affrontent Galles, ce vendredi soir à Louvain), le Belgo-Guinéen est forcément inspiré par la promotion du trio Vanheusden-Bornauw-Saelemaekers.

" Au vestiaire, on est content pour Zinho, Sebastiaan et Alexis… et on sait que dans notre génération actuelle, d’autres recevront leur chance " explique Daouda Peeters. " Je n’ai jamais parlé avec Monsieur Martinez mais je sais qu’il me connaît et qu’il suit tous nos matches. C’est important de savoir ça… et si tout va bien, le reste va s’enchaîner. Mais je n’y pense pas trop : je laisse les choses se faire naturellement. On représente l’avenir des Diables, on a une bonne équipe, on vient quand même de battre l’Allemagne deux fois ! "

La Juventus, une blague ?

Car les Diablotins sont aussi en course pour leur Euro : chaque chose en son temps donc. Sauf que lui a brûlé les étapes : à 21 ans, Daouda Peeters est le tout premier joueur belge à avoir porté le maillot de la Juventus en match officiel. C’était le 29 juillet dernier à 23h18 : sur la pelouse de Cagliari, Peeters entre au jeu et va livrer les 14 dernières minutes d’un match sans grand enjeu – la Juventus est sacrée championne depuis le week-end précédent.

 " Tout a été très vite pour moi : je jouais dans un petit club limbourgeois le KFC Ezaart Sport. Puis je suis passé au Lierse, et à 16 ans j’ai signé à Bruges (NDLA : où il fut surclassé chez les Espoirs et où un certain Philippe Clement, alors T2 de Michel Preud’homme et chargé de suivre les pépites brugeoises, voyait en lui le nouveau Timmy Simons). A 18 ans, je me suis retrouvé à la Sampdoria, et quand après 6 mois, la Juventus a montré son intérêt, j’ai cru… à une blague. La première fois que vous entrez dans ce vestiaire, c’est un choc : vous voyez devant vous toutes des stars, c’’est comme si ces joueurs sortaient de la télé ! (sic) Puis après, ça devient une routine : je joue pour les U23 mais je m’entraîne chaque jour avec le noyau A et je prends du temps de jeu quand c’est possible. La nomination d’Andrea Pirlo est une bonne chose pour moi : c’était mon coach chez les jeunes. Il m’a déjà dit qu’il comptait sur moi en Première ! " Et d’ajouter avec une grimace : " Même si la Juventus vient de signer deux nouveaux joueurs à mon poste… "

" Cristiano n’a rien d’un dikke nek "

La question tombe sous le sens : comme se passe sa première rencontre avec la star des lieux aka Cristiano Ronaldo ?

Ça ne s’invente pas : on s’est rencontrés… à la muscu " rigole-t-il. " Cristiano était occupé sur une machine, il m’a directement salué et m’a posé des questions sur la Belgique et la Guinée. On dit de lui que c’est un dikke nek, mais pas du tout : c’est un gros bosseur à l’image de tous les joueurs de l’équipe, personne ne fait la star là-bas. À l’entraînement, le staff technique nous dit de faire attention quand on va duel sur Ronaldo… car il représente un gros capital pour le club ! (rire). Comme jeune, ce n’est pas toujours évident car on veut aussi se montrer et mettre le pied, mais il faut faire attention… "

" Regarder dans les yeux… "

Port Kamsar, petit port de pêche de Guinée, l’un des pays les plus pauvres du monde. Daouda y ouvre son premier œil un 26 janvier 99. Rien ne prédestine ce futur castard (1,86 m aujourd’hui) à intégrer 19 années plus tard les rangs d’une Vieille Dame bardée de titres. Et où le garçon bascule déjà d’une langue à l’autre.

Je parle Néerlandais, ma langue maternelle, mais j’ai appris le Français avec ma Maman génétique " explique Daouda Peeters. " Je parle aussi Anglais et forcément Italien. Là, je me suis mis à l’Espagnol. J’aime bien les contacts sociaux, et avec tous les étrangers présents à la Juve, il faut forcément se débrouiller. Le plus sympa, c’est Giorgio Chiellini : il me donne plein de conseils, il reste même après l’entraînement si je lui demande de prolonger la séance. Il m’explique aussi comme provoquer et se mettre dans les duels. Ne pas se laisser intimider non plus : quand vous avez face à vous un type comme Immobile, il faut le regarder droit dans les yeux et ne pas baisser tête ! Miralem Pjanic était aussi très disponible : il m’a donné des trucs pour mieux lire le jeu. Et quand il a signé à  Barcelone, il a laissé toute une caisse avec du matériel : j’ai pu prendre des maillots signés de lui. "

" Pas encore mes propres maillots… "

Reste à creuser son propre sillon. En se bâtissant, notamment, une petite notoriété dans son pays natal.

" Je n’ai jamais connu mon père, mais je suis arrivé à l’âge de 6 ans en Belgique avec ma sœur : j’ai été adopté par une famille du Limbourg. Il y a 3 ans, je suis retourné au Guinée, pour voir ma famille d’origine, c’était très important de voir d’où je venais. Mon transfert à la Juventus a fait d’ailleurs un peu parler de moi en Guinée. Mais pas non plus de quoi y vendre déjà des maillots siglés à mon nom (rires). Sportivement, je me sens 100 % belge : c’est en Belgique que j’ai fait toute ma formation. Si j’en ai l’occasion, je choisirai donc les Diables Rouges… "

On lui demande à quel horizon il se voit un jour intégrer le groupe de Roberto Martinez : dans 2 ans, 1 an… ou 6 mois ?

C’est une question difficile, je ne me la suis d’ailleurs jamais posée… " botte-t-il en touche malicieusement. " Je prends les choses comme elles viennent : je suis déjà content d’être là… tout en étant conscient que le hasard n’existe pas et que j’ai bossé pour tout ça, que ce soit ma présence ici ou mon transfert à la Juventus. Chez les adultes, plus question de faire de chichis comme parfois en jeunes ou à l’entrainement : c’est l’efficacité qui prime. C’est un peu mon créneau : j’ai de la présence physique, j’apprends beaucoup en Italie tactiquement, j’essaie de jouer simple en deux touches maximum. Et je suis toujours calme, c’est dans mon caractère. Il en faut beaucoup pour que j’aie peur : dans ma tête, c’est rarement le chaos ! " (sic)

" Le hasard n’existe pas "

Admirateur d’Axel Witsel (" C’est un grand exemple : il est intelligent et joue toujours simple et efficace, il se rend disponible pour l’équipe, et c’est comme cela que je conçois aussi mon rôle sur le terrain "), il traverse aussi la période Covid-19 avec beaucoup de prudence...

Comme chacun sait, l’Italie a été fort touchée par le virus. Dès le début de la crise, le club nous a dit de rentrer chez nous et je suis resté 3 semaines chez moi à Mol : ce n’était pas évident pour garder la condition et la motivation. Après je suis retourné en Italie, où on a repris les séances par petits groupes distincts : c’est délicat, il faut faire attention. On se fait tester régulièrement et on vérifie tout, car on sait qu’au moindre cas positif, tout peut s’arrêter. Mais si tout le monde applique les gestes-barrières, il n’y aura pas de problème. "

En Italie, le racisme reste un gros fléau des stades. Même si les jauges de spectateurs ont forcément réduit les excès.

À Turin et dans le Nord de l’Italie, le racisme est très limité. C’est surtout dans le Sud que des incidents ont lieu. Mais si vous ne provoquez pas les spectateurs devant les gradins après un but, il n’y a pas de problème. Moi en tout cas, je n’ai jamais subi le racisme. Mais dans le métier de footballeur, il y a des hauts et des bas : il faut pouvoir passer au-dessus… On dit souvent que l’argent facile est un danger, surtout chez les jeunes footeux. Moi, je ne m’inquiète pas : mes parents m’ont toujours bien cadré. L’argent fait partie du paysage, les agents aussi… mais je n’ai jamais eu de souci avec ces gens-là : je suis en bonne santé, et le plaisir de jouer est la valeur principale pour moi… bien avant l’argent. "

Le risque de partir trop tôt…

Dixit un jeune homme pour lequel la Juve a quand même claqué 4 millions d’euros à 19 ans. Evidemment, Jérémy Doku en a coûté 26…

J’y ai pensé avant de signer en Italie : est-ce un risque de partir si tôt sans avoir encore rien prouvé en Belgique ? Puis j’ai franchi le pas en me disant qu’il fallait saisir les opportunités qui passaient… puis beaucoup bosser pour réussir. Je vis seul, je m’assume et forcément… je mange beaucoup de pasta (rires). À la Juve, je vis mon rêve chaque jour ! "

Et celui, peut-être un jour, de faire exploser le marché du textile Juventus en Guinée…

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