Constance, défense, vitesse et ambiance: les quatre chantiers de Martinez selon nos spécialistes

Constance, défense, vitesse et ambiance: les quatre chantiers de Martinez selon nos spécialistes
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Constance, défense, vitesse et ambiance: les quatre chantiers de Martinez selon nos spécialistes - © Tous droits réservés

Cela fait maintenant presque un an que Roberto Martinez est à la tête des Diables Rouges. L'Espagnol a depuis imposé sa griffe, avec un nouveau système de jeu et un groupe élargi mais aussi partiellement rajeuni. A un an de la Coupe du Monde, c'est le moment idéal pour dresser un bilan de son travail et de souligner les points encore à améliorer. Quels seront les principaux chantiers de Roberto Martinez dans les prochaines semaines ou mois ? A quel(s) niveau(x) la Belgique doit-elle impérativement s’améliorer ? Nos spécialistes de la cellule football tentent de répondre à ces questions et ils dégagent 4 points: la constance, la défense, la vitesse en milieu de terrain et l'ambiance.

Stabiliser la défense

"Roberto Martinez devra essentiellement stabiliser la défense à trois" analyse Pierre Deprez. "Dans les 6 matches de qualification, la Belgique n'a encaissé que deux buts (pour 24 inscrits). Mais on sait la faiblesse des adversaires de notre groupe. Et en matches amicaux (Espagne, Pays-Bas, Russie, République Tchèque), nous en avons pris 7, en 4 rencontres, c'est beaucoup plus! En défense, le talent est là, surtout avec le retour de Kompany, mais en termes de jeu défensif, il faut encore éviter les moments de flottement et les replis approximatifs."

"Tactiquement, Martinez a mis en place (même si c’était par accident…) un système en 3-4-2-1 qui est devenu sa marque de fabrique et celle des Diables Rouges" ajoute Manu Jous. "Le test du 3-5-2 contre la Tchéquie était utile car il faut pouvoir maîtriser d’autres systèmes, non pas pour s’adapter à l’adversaire mais pour pouvoir rebondir ou surprendre en cours de match. Bref, je ne pense pas que Martinez fasse fausse route avec son 3-4-2-1, mais il doit impérativement travailler le repositionnement défensif de ses flancs. Carrasco et Chadli (et même Meunier, d’une certaine façon) sont des joueurs portés vers l’attaque. Contre Chypre ou l’Estonie, ce n’est pas grave. Mais quand on se frottera à plus forte opposition à la Coupe du Monde, il faudra être prêt."

"La Belgique offre beaucoup trop d'occasions de but à ses adversaires (souvent faibles)" complète Rodrigo Beenkens. "Le jeu de position et le placement des défenseurs laissent souvent à désirer. Et puis, il y a le problème du flanc gauche qui me laisse sceptique. Carrasco n'est pas un arrière gauche. Que ce passera-t-il lorsque les Diables affronteront (ça n'a jamais été le cas jusqu'ici depuis qu'ils jouent dans le dispositif de Martinez) un adversaire qui possède un flanc droit rapide et percutant qui viendra dans le dos de l'attaquant de l'Atletico Madrid ? Vertonghen devra remplir une mission délicate mais essentielle et sortir de la zone de confort dans laquelle il s'est installé depuis des mois... Il me semble impératif de prévoir dans les mois qui viennent l'un ou l'autre match amical contre ce type d'adversaire."

"Le point de travail principal de Roberto Martinez reste la défense" déclare Eby Brouzakis. "Contre l’Estonie, les Diables Rouges n’ont pas encaissé mais ont concédé un tir sur la barre (alors que les Estoniens étaient réduits à 10). Il fallait remonter au 10 octobre (déplacement à Gibraltar) pour voir la Belgique tenir le zéro derrière. Ensuite la Belgique a pris un but lors des 5 matches suivants (amicaux inclus). La Belgique a gardé toutefois ses filets inviolés contre l’Estonie. Cela coïncidait avec le retour de Kompany. Il va aider c’est sûr."

"La défense ne donne pas toujours les garanties de sécurité voulues" termine Thierry Luthers. "Même Courtois paraît parfois inhabituellement fébrile, lui qui a été impérial en club tout au long de la saison. Le retour de Kompany est évidemment prometteur mais sera-t-il toujours 'fit' au moment fatidique ? Ses blessures à répétition et le manque de temps de jeu de Vermaelen constituent un vrai problème sans quoi nous posséderions une formidable charnière défensive. D’autant qu’il s’agirait sans doute du dernier tournoi majeur pour ces deux joueurs."

Accélérer la vitesse au milieu

"Un autre chantier de l'équipe des Diables Rouges est la vitesse d'exécution en milieu de terrain" souligne Rodrigo Beenkens. "C'était déjà le problème avec le sélectionneur précédent, c'est trop lent et parfois trop latéral. Quel que soit le système tactique appliqué (4-3-3, 4-2-3-1, 3-4-3...) les Diables n'ont pas vraiment progressé dans la circulation du ballon... sauf peut-être durant le premier quart d'heure du match contre la République tchèque avec De Bruyne et Tielemans à la manœuvre."

"La fluidité et la vitesse d'exécution en milieu de terrain gagneraient à augmenter" ajoute Pierre Deprez. "Martinez fait beaucoup d'essais dans ce secteur, par exemple De Bruyne en médian défensif contre la République Tchèque, avec Nainggolan en médian offensif. Il y a eu aussi un essai de Tielemans à la place de Witsel, et là, durant les 20 premières minutes, on a vu un jeu plus rapide, grâce aux touches de balle précises et en un temps du néo-Monégasque."

Cette équipe manquait d’équilibre, ce n’est pas la première fois mais les résultats masquent cette lacune et ma crainte est que cela soit révélé lors d’une rencontre couperet en tournoi

"Tant que l’on gagne, on ne peut pas trop contester les choix du coach. Le foot est une affaire de résultats" tempère Frank Peterkenne. "Il n’empêche... La composition en Estonie est le symbole du système Martinez. La différence entre la disposition et l’intention sur la pelouse est flagrante. A priori, on a une équipe offensive sur le papier. Puis on voit un Fellaini trop proche de Witsel, Carrasco et Chadli qui s’époumonent dans des courses défensives, un Lukaku trop esseulé. Cette équipe manquait d’équilibre, ce n’est pas la première fois mais les résultats masquent cette lacune et ma crainte est que cela soit révélé lors d’une rencontre couperet en tournoi. En fait, on a l’impression que Martinez hésite et construit des schémas eux aussi hésitants. On ne va pas au bout de l’idée. Je voudrais voir une équipe qui se livre totalement avec un numéro 8 vraiment offensif, des arrières centraux qui ont des bons de sorties, des latéraux plus ambitieux, un attaquant qui reçoit du soutien… De toute manière si l’on veut bousculer les grandes nations ce n’est pas avec des dispositifs comme ceux-là qu’on le fera. Contre l’Allemagne, l’Angleterre, la France, … qui utilisent beaucoup les ailes, mais qui ont dans le même temps une forte présence devant le rectangle, nos latéraux seront débordés et le reste de l’équipe devra uniquement subir. Face à des nations comme l’Espagne ou le Brésil, qui aiment la possession, le bloc sera bas et devra fonctionner sur des transitions directes et rapides (quid de l’association Witsel-Fellaini ?, quid de l’état de fraîcheur des latéraux et des offensifs?… )"

Préserver l'ambiance

"Ensuite, plus on approchera de la Coupe du Monde, plus la gestion humaine deviendra importante" pointe Manu Jous. "Actuellement, elle est parfaite, mais en même temps, Martinez ne donne jamais le bâton pour se faire battre... Pour chaque match, il sélectionne 26 ou 27 joueurs (en Estonie, il y avait même 4 gardiens et 2 entraîneurs de gardiens, du jamais vu !) et ne fait donc jamais de déçu. Cette stratégie est étonnante car lorsque l’heure du couperet sera venue, certains ne comprendront pas pourquoi ils ont été appelés durant 2 ans mais sont oubliés pour l’apothéose."

"L’autre chantier important consistera à maintenir l’ensemble du groupe concerné" confirme Frank Peterkenne. "En effet, le coach Espagnol semble avoir établi une hiérarchie qui varie peu, je me demande sur la longueur et au moment où les échéances importantes vont arriver comment il va s’y prendre et canaliser la pression qui émanera inévitablement du vestiaire. De plus, certains joueurs évoluent dans des registres trop différents de ceux dans lesquels ils ont l’habitude d’évoluer en club, combien de temps accepteront-ils cela sans broncher ? Je pense notamment à Carrasco, Mertens, Chadli ou De Bruyne."

"Des frustrés, il y en a déjà" complète Pierre Deprez. "Et il y en aura d'autres d'ici 2018. Je pense à Radja Nainggolan, élu meilleur joueur de la Roma, et qui semble passer après Witsel, Fellaini, De Bruyne, peut-être Dembélé, voire Tielemans. Dries Mertens aussi a de quoi se poser des questions. Si Hazard est présent, et que Martinez fait (logiquement) confiance à Lukaku (ou Batshuayi ou Benteke) le Napolitain est sur le banc, alors qu'il a brillé dans le Calcio. Et si le coach l'aligne en faux 9, comme à Naples, ce sont les attaquants spécifiques qui tireront la tête. Et on sait à quel point l'ambiance d'un groupe est déterminante dans ses résultats."

"Il faudra un jour faire des choix en tenant compte de l’adage bien connu 'choisir c’est renoncer' " spécifie Thierry Luthers. "Il y a beaucoup de prétendants au niveau de la ligne médiane. Quelle est la nature exacte de la relation entre le coach et Nainggolan ? Witsel a-t-il toujours le niveau mais surtout le rythme nécessaire pour apporter de la vitesse d’exécution? Quelle dimension va prendre Tielemans à Monaco? Fellaini est-t-il réellement indispensable en toutes circonstances ? Autant de questions qui trottent sans doute dans la tête du coach fédéral à un an de l’échéance russe..."

Maintenir un niveau de jeu constant

"Pour moi, un chantier essentiel réside dans la concentration durant 90 minutes (il y a trop de périodes de relâchement coupable), ainsi que dans une mentalité de vainqueurs, conquérants, agressifs, jusqu'au-boutistes" avance Pierre Deprez. "Cela manquait sous Marc Wilmots, c'est encore insuffisant sous Martinez."

"C'est à mon sens le principal chantier de Martinez ces prochains mois" analyse Manu Jous. "Actuellement, les Diables Rouges sont trop irréguliers dans leurs matches. Ils alternent les bonnes séquences, avec des passages (trop nombreux à mon goût) où le rythme disparaît, entraînant dans sa chute la fluidité du geste."

"Osons poser la question" tente Thierry Luthers: "Les Diables de Martinez jouent-ils mieux que sous l’ère Wilmots ? On a beau nous dire que le travail tactique effectué en amont est plus étoffé, on ne voit pas vraiment un mieux spectaculaire sur le terrain... Certes, le coach espagnol a innové avec sa défense à trois (ou à cinq en perte de balle) mais ce fut surtout un plan B appliqué après la blessure de Jordan Lukaku contre la Bosnie. Depuis, les Diables ont séduit lors de certaines séquences de jeu mais le manque de constance qualitative au fil des rencontres a parfois de quoi inquiéter. Collectivement, notre équipe connait des moments de creux ou de flottement dans les matchs et on ne pense pas ici qu’au dernier quart d’heure un peu cochonné lors de la rencontre amicale à Sotchi."

La suffisance n’a jamais permis de gagner une Coupe du Monde

"Son chantier principal c’est de parvenir à faire de cette équipe une machine" termine Eby Brouzakis. "Le talent reste très présent mais insuffisant pour surclasser les adversaires. Après le 0-3 à Chypre, le 4-0 contre la Bosnie et le 8-1 face à l’Estonie (on ne parle pas du 0-6 à Gibraltar), on croyait que cette équipe était lancée de manière infernale ….Et finalement les derniers matches m’ont déçu. Le nul à domicile contre la Grèce pouvait être considéré comme un demi-accroc. Ensuite il y a eu la Russie (3-3). Enfin une demi victoire face à la Tchéquie. Et en Estonie, les Diables Rouges ont assuré sans totalement rassurer sur une pelouse difficile et face à un adversaire qui avait pris le parti de camper avec son thermos devant son but.

"Défensivement la Belgique doit s’améliorer on l’a dit. Mais selon moi elle doit surtout améliorer son approche des matches. Se placer d’emblée dans l’envie de tout donner. Les Diables Rouges ont le droit de perdre, de parfois jouer moins bien. Mais ils n’ont pas le droit de ne pas donner leur vie sur le terrain. Que le match soit amical ou pas. Qu’ils affrontent Gibraltar ou le Brésil, l’approche mentale doit être la même. Or ce n’est pas le cas. Les Belges ont trop souvent été suffisants ces derniers temps. La suffisance n’a jamais permis de gagner une Coupe du Monde."

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