Carnet de russe : Qu'un sang impur abreuve nos sillons

Carnet de russe : Qu'un sang impur abreuve nos sillons
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Tout ça pour ça... La FIFA a beau prôner l'internationalisation du football (et même l'élargissement du nombre de participants de 32 à 48 à partir du Mondial 2026 !), pour la 4e fois d'affilée, c'est bel et bien une nation européenne qui va soulever le trophée. Et pas n'importe laquelle, puisque à l'exception de la Croatie (qui n'a que l'âge de son indépendance, c'est-à-dire 26 ans), les 3 autres nations candidates sont carrément des pionnières. Comme si un vent de résistance, voire de rébellion, s'était mis à souffler sur la Russie, pour contrer le désir des instances mondiales d'offrir à des nations comme le Qatar ou la Chine, la possibilité d'imposer une nouvelle cartographie de valeurs.

Pour la 74e fois de leur histoire (!), Français et Belges, Bleus et Rouges, Coqs et Diables, vont donc croiser le fer. Mais si les amicaux sont fréquents (parmi les plus récents et les plus marquants : le 3-4 du Stade de France en juin 2015 ou le 1-2, au Stade France également, en mai 2002), les affrontements officiels sont beaucoup plus rares.

Le dernier en date remonte à... 32 ans. Mexico 86. Encore et toujours. Mais il s'agissait du match des déçus, le match des battus, aussi appelé "petite finale" ou consolation. L'équipe d'Albert Rust, Michel Bibard ou encore Yvon Le Roux, avait battu celle de...Raymond Mommens 4-2.

Mardi, dans la majestueuse enceinte de Saint-Pétersbourg, il en ira tout autrement.

C'est une finale qui est jeu. Personne ne se fera de cadeau. Et nos confrères hexagonaux déjà d'affiner la "dernière histoire belge" qui ne manquera pas de fuser de leurs claviers au lendemain du match (vous constaterez d'ailleurs que cette sempiternelle formule peut fonctionner aussi bien en cas de qualification que d'élimination...).

Mais parmi les "amis belges" (expression de nature plus condescendante que réellement fraternelle) réside un traître. Un homme qui a connu les joies d'un titre de champion du monde et qui, 20 ans plus tard, rêve de lever les bras sur le balcon de l'hôtel de ville de Bruxelles, plutôt que de défiler sur les Champs-Elysées. Son nom : Thierry Henry.

L'homme focalise toute l'attention. Et toutes les interrogations. Depuis sa nomination il y a deux ans dans le staff de Martinez, Thierry Henry ne cesse de susciter le mystère. Pourquoi s'est-il engagé avec la Belgique ? Quel est sa mission précise en tant que T3 ? Comment travaille-t-il au quotidien lors de séances d'entraînements ? Est-ce lui qui tire les ficelles de la sélection ?

Un mystère d'autant plus épais que l'intéressé n'a jamais cherché à lever le moindre coin de voile. Ni auprès de la presse belge, ni auprès de la presse française d'ailleurs. Pas de jaloux. Thierry Henry ne communique pas. Ce qui a le don de rendre fous nos confères d'Outre-Quiévrain (et nous aussi, un petit peu quand même).

En deux années de travail au sein de la Fédération belge, Thierry Henry a juste accordé...une interview commune aux détenteurs de droits (RTBF-VRT), fin janvier 2017. Et encore, celle-ci devait avoir lieu dans les studios de Sky Sports, à Londres...et ne pas traiter des Diables Rouges. Seule exception à la règle posée, cette petite phrase, que l'on peut opportunément brandir aujourd'hui : "La Belgique recèle un talent fou. Gagner la coupe du monde ? Il faut y croire".

Ce qui semble certain, c'est que, même si l'humilité pousse Thierry Henry à rester discret devant les micros et les stylos, même s'il veut rester dans l'ombre et laisser la lumière à Roberto Martinez (argumentaire soutenu par les proches de l'ancienne star française), Titi n'est pas là pour se tourner les pouces et traîner des claquettes à l'entraînement.

Au contraire même, son rôle nous semble fondamental. Non seulement par son travail sur le terrain (les phases arrêtées, les exercices individuels avec certains joueurs), mais aussi en dehors. On le constate de visu à la fin des matchs ou des entraînements, Henry est dans la communication permanente. Souvent très proche. A l'oreille, pendant qu'il donne l'accolade.

Jeune retraité des terrains, Thierry Henry est resté très joueur et très blagueur. C'est l'idole devenue grand frère. Un rôle que peu de gens, dans le milieu, sont capables d'endosser. 

De quoi sera fait l'avenir de Thierry Henry (au contraire du T2 Graeme Jones, il n'a pas prolongé son contrat de deux ans) ? C'est encore trop tôt pour le dire. Mais en attendant, il apporte son expérience de champion du monde au groupe, au staff. Il est le seul à pouvoir le faire. Et si mardi soir, dans la cité des Tsars, il se décide à entonner la Brabançonne plutôt que la Marseillaise, ce sera par conviction, non par trahison.

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