1986, l'épopée fantastique des Diables au Mexique

A quelques jours du début de la Coupe du Monde, RTBF.be/sport vous propose de revivre une phase finale vécue par nos Diables Rouges. Aujourd'hui: le Mondial 1986. 

De toutes les Coupes du Monde disputées par les Belges, c'est celle de 1986 au Mexique qui aura marqué le plus. Après un premier tour catastrophique, les Diables se qualifient pour les 1/2 finales en sortant successivement l'URSS et l'Espagne avant de chuter face à l'Argentine de Maradona. Les Belges termineront ce Mondial à une historique quatrième place!

Le premier tour des Diables Rouges au Mexique est plus que décevant. Cela commence par le défaite 2-1 face au pays organisateur le 3 juin à l'Estadio Azteca de Mexico. Près de 115.000 personnes assistent à la domination de leur équipe qui mène 2-0 après 39 minutes (buts de Quirarte et Sanchez, l'avant-centre vedette du Real Madrid). Erwin Vandenbergh réduira l'écart peu avant le repos.

5 jours plus tard, les Diables Rouges assurent l'essentiel contre l'Irak en s'imposant péniblement 2-1. Enzo Scifo et Nico Claesen sur pénalty sont les buteurs belges.

Cela sent l'élimination peu glorieuse et un retour à Bruxelles qui s'annonce houleux. Face au Paraguay, Cabanas va répondre à chaque fois aux buts inscrits par Franky Vercauteren (qui trouve la lucarne alors qu'il voulait centrer) et Danny Veyt. 2-2, score final. Les quatre meilleurs troisièmes des six groupes constitués lors du premier tour sont qualifiés pour les huitièmes de finale. La Belgique en fait partie.

L'ambiance n'est cependant pas au beau fixe et deux joueurs, Erwin Vandenbergh et René Vandereycken blessés, rentrent prématurément à Bruxelles.

La Belgique passe de justesse mais n'a guère d'espoir d'aller plus loin sachant que son prochain adversaire est ... l'URSS des Blokhine, Dasaev ou encore Zavarov et Belanov. Cette équipe avait terminé première de son groupe devant la France. Ses résultats avaient de quoi effrayer les Belges: victoires 6-0 contre la Hongrie et 2-0 contre le Canada et enfin un partage 1-1 face aux Bleus.

Quatre ans plus tôt, les deux équipes s'étaient affrontées au Mondial en Espagne et l'URSS s'était imposée 1-0. Personne n'aurait donc osé parier une pièce sur la qualification des p'tis belges. Mais c'est aussi cela la magie du football.

Le 15 juin 1986, à Leon, 32.277 personnes vont assister à l'un des exploits du tournoi. Guy Thys a décidé de faire confiance aux jeunes. Aux côtés des Jean-Marie Pfaff, Eric Gerets, Franky Vercauteren, Michel Renquin, Jan Ceulemans, Nico Claesen et Danny Veyt sont alignés Enzo Scifo, Georges Grün, Stéphane Demol et Patrick Vervoort. Le sélectionneur national semble préparer l'avenir. Le subtil mélange d'expérience et de fougue va finalement s'avérer concluante.

Comme prévu, l'URSS de Valeriy Lobanovskyi ouvre le score par le remuant Igor Belanov à la 27ème minute. Le temps passe et l'incroyable se produit à la 56ème minute avec l'égalisation d'Enzo Scifo qui fait preuve d'un sang-froid exceptionnel devant Rinat Dasaev, considéré à l'époque comme l'un, voire le meilleur gardien du monde.

On se met alors à rêver et à se dire "Pourquoi pas ?". Mais Igor Belanov passe à nouveau par là à la 70ème minute. C'est 2-1. Revenir une fois à la marque, c'était déjà un bel exploit. Les Diables vont le réitérer à la 77ème minute. A la limite du hors-jeu, Jan Ceulemans récupère un ballon qu'il propulse hors de portée de Dasaev. 2-2, direction prolongation !

Tout est désormais permis. Les Soviétiques ont reçu un coup sur la tête. Mentalement et physiquement, les Belges prennent le dessus. Cela se traduit aussi au niveau du marquoir. A la 102ème minute, c'est 3-2 sur un coup de tête magistral de Stéphane Demooooooooool. A la 110ème minute, c'est 4-2 par Nico Claesen. Soixante secondes plus tard, Igor Belanov, encore lui, réduira bien l'écart sur pénalty. Mais l'histoire retiendra la qualification des Diables pour les quarts de finale du Mondial. Une première dans l'histoire de notre football !

C'est bien connu que l'appétit vient en mangeant et en quarts de finale, c'est l'Espagne que les Diables vont terrasser. Au tour précédant, la Roja avait sorti le Danemark sur un cinglant 5-1 ! Pas de quoi toutefois faire peur à des Belges qui ont gagné en confiance. La sérénité règne désormais dans le groupe.

L'Espagne a fière allure avec dans son onze de base des joueurs comme Andoni Zubizaretta, Juan Antonio Camacho, Emilio Butragueno, Michel ou encore Ricardo Gallego. Miguel Munoz s'appuye sur l'ossature du Real Madrid vainqueur de la Coupe de l'UEFA cette saison-là.

Guy Thys opte, lui, pour la formation qui a créé la sensation face à l'URSS. A l'Estadio Cuauhtemoc à Puebla, le 22 juin 1986, la Belgique est prête à écrire une nouvelle page dorée de son histoire. A la 35ème minute, Jan Ceulemans est à la réception d'un centre banane de Vercauteren pour battre le gardien du Barça : 1-0. Les Belges vont ensuite faire preuve d'abnégation, de volonté, de courage et d'intelligence tactique pour tenter de garder ce maigre avantage. Jean-Marie Pfaff revendique le titre de meilleur portier de la planète et il prouve durant ce Mondial qu'il est bien le numéro 1 même s'il doit s'avouer vaincu à cinq minutes du terme sur un envoi puissant de Juan Antonio Senor.

Les Diables sont à nouveau contraints de jouer la prolongation. Celle-ci ne donnera rien. C'est donc aux tirs au but que tout va se jouer. Les tauliers, Ceulemans et Gerets, refusent de tirer. Tant bien que mal, Guy Thys parvient à inscrire 5 noms sur sa feuille qui sont dans l'ordre : Nico Claesen, Enzo Scifo, Hugo Broos, Patrick Vervoort et ... Léo Van Der Elst. Jean-Marie Pfaff va capter l'essai d'Eloy tandis que tous les autres joueurs espagnols vont marquer. Côté belge, c'est le sans-faute. A 4-4, il ne reste plus qu'à Léo à se présenter devant le grand Zubizaretta. S'il marque, c'est la qualification. Dans la tribune de presse, Roger Laboureur se contente de dire : "Marque nous cela Léo..." et au moment où le ballon entre dans le but de s'exclamer "Nous sommes en demi-finale !". Les larmes aux yeux, Léo Van Der Elst s'en va rejoindre des équipiers qui courent dans tous les sens sur le terrain de leur exploit. L'impossible est devenu possible !

Le 25 juin 1986, à Mexico, l'Argentine d'un Diego Armando Maradona au sommet de son art, est bien trop forte pour une Belgique épuisée physiquement. Elle craque sur deux accélérations d'El Pibe de Oro. Muselé quatre ans plus tôt par les Belges, Maradona prend sa revanche. Cette fois-ci, il est intenable et aucun plan ou stratégie n'aurait permis de le rendre inoffensif.

L'aventure se termine par une finale de consolation perdue 4-2 face à la France. A l'issue des 90 minutes, c'est 2-2 (buts de Ferreri et Papin pour la France et de Ceulemans et Claesen pour la Belgique) Pour la troisième fois, notre pays dispute une prolongation. Trop, c'est trop. Genghini tout d'abord et Amoros ensuite portent le score à 4-2. La Belgique termine donc ce mondial complètement dingue à la quatrième place.

Ce revers face aux Bleus ne changera rien à la manière dont les Diables sont perçus au pays. Ils seront d'ailleurs accueillis comme des héros nationaux quelques jours plus tard à Bruxelles. L'image qu'on retient tous est cette Grand Place de Bruxelles noire de monde.

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