Inégalités, exclusions, propos racistes : 1 jeune footballeur sur 3 victime de discrimination

Selon une enquête réalisée par l’Union belge de football et la KU Leuven, un jeune footballeur sur trois a déjà été victime d’actes de discrimination. Chez les filles, le chiffre frôle même les 50%. Pour lutter contre ces phénomènes encore trop présents, les chercheurs ont adressé des recommandations concrètes au monde du football. L’Union belge propose un plan d’action à la fois préventif mais également répressif.

Lors de ces deux dernières années, 37% des jeunes footballeurs ont indiqué avoir été victimes de discrimination. Les principaux faits rapportés concernent des actes racistes, des propos misogynes mais aussi des remarques sur l’apparence physique ou le niveau de jeu. Dans le cadre d’un sondage en ligne réalisé auprès de 2200 ménages en Belgique, les chercheurs ont demandé aux parents interrogés quels étaient les joueurs les plus visés. Pour 40% d’entre eux, ce sont principalement les jeunes à la peau foncée et ceux en surpoids. Pour les jeunes eux-mêmes, ce sont principalement ceux d’entre eux qui ont un niveau de jeu inférieur.

"Si nous éliminons le niveau de jeu comme motif discriminatoire, les constatations des parents rejoignent celles des jeunes discriminés. Soulignons aussi que, selon les jeunes joueurs, les joueurs LGBT sont plus souvent victimes de discrimination que les joueurs de peau foncée ou de confession musulmane. La perception des jeunes ne correspond donc pas nécessairement à l’expérience vécue réellement par les jeunes", explique Jeroen Scheerder, professeur à la KU Leuven.

Par rapport à une étude similaire réalisée en 2005, moins d’incidents ont été recensés mais ces chiffres restent interpellants. "Cela prouve que l’on doit agir car chaque cas de discrimination ou de racisme est un cas de trop. Cela reste intolérable", commente Pierre Cornez, le porte-parole de l’Union belge de football. "Nous devons lutter encore davantage et plus efficacement pour enrayer cette problématique qui n’est malheureusement pas uniquement liée à la pratique du football. Cela reste une problématique beaucoup plus globale mais le football doit jouer un rôle car il possède un impact très important sur une grande partie de la population."

Que ce soit par crainte de représailles ou parce qu’ils estiment qu’aucune suite ne sera donnée à leur plainte, certains ne signalent pas les faits dont ils sont victimes. "Cette crainte des représailles est bien présente chez les parents dont les enfants ont déjà été victimes de discrimination. Certains ne portent pas plainte non plus auprès des dirigeants du club ou d’une personne de confiance parce qu’ils sont convaincus qu’il n’y aura aucune suite et que souvent, leur enfant a déjà été victime de discrimination", détaille le professeur Jeroen Scheerder.

Une instance répressive pour lutter contre les actes discriminatoires

Conscient du problème, le monde du football va donc agir. L’Union belge, en collaboration avec ses ailes régionales (l’ACFF & la VV) vient d’établir un plan d’action qui sera préventif. "Nous voulons tout d’abord mieux écouter nos affiliés" poursuit Pierre Cornez. "Dans le passé, on nous a souvent reproché qu’il n’était pas très clair de signaler des faits de discrimination et de racisme. A présent, nous avons un point de signalement beaucoup plus simple sur notre site internet. Nous avons aussi désigné une personne comme responsable de l’inclusion. Elle devra assurer le suivi du plan que nous avons mis en place. On travaillera aussi avec un comité composé de personnes issues de la diversité qui pourront nous donner un retour régulier sur l’application de notre plan. Au niveau préventif, nous avons la volonté d’organiser davantage de formations à raison de cent séminaires par an. Ils seront destinés aux entraîneurs, aux arbitres, aux responsables de la sécurité,… pour que ces personnes puissent mieux détecter et faire face au racisme et à la discrimination."

Mais comme la prévention ne suffit pas toujours, l’Union belge va aussi se pencher sur l’aspect répressif avec la création d’une instance qui sera chargée de traiter les dossiers liés aux actes racistes et discriminatoires. "Il s’agira de la Chambre nationale pour la discrimination et le racisme. Elle sera composée de juristes mais aussi d’experts en matière de diversité" explique Pierre Cornez. "Cette Chambre traitera toutes les plaintes et prononcera des sanctions si nécessaire pour tous les cas qui se présenteront et ce à tous les niveaux du football." Cette nouvelle instance entrera en vigueur à partir du 1er juillet 2021.

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