Steven Gerrard, être champion avec les Rangers pour enfin effacer ses démons du passé

27 avril 2014. Anfield est bouillant, plein comme un œuf et prêt à exploser. “We are gonna win the League” s’époumonent à l’unisson les impatients supporters. Et de fait, à l’aube de disputer la 36e et antépénultième journée de Premier League, Liverpool est leader et rêve d’un chimérique titre qui lui échappe depuis 1990.

1990, une éternité. Et pourtant, à ce moment-là, les Reds n’y pensent pas. Ou ne veulent pas y penser. Forts de leur onze victoires consécutives, ils accueillent Chelsea emplis de certitudes. Un succès face aux Blues et le titre serait quasiment assuré.

Le début de match est probant. Face à un Chelsea mourinhesque et ultra regroupé, Captain’Gerrard confisque le cuir et fait tourner la boutique. L’intérimaire gardien des Blues, Mark Schwarzer n’est pas mis en danger mais cela importe peu aux Reds, qui ont appris à se montrer patients au fil des semaines.

Pourtant, au gré des minutes, Chelsea sort de son nid. Les incartades sont timides mais ont le mérite d’exister. Le marquoir affiche la 45e minute. Les supporters, peut-être conscients que le match tourne, invitent bruyamment l’arbitre à siffler l’entracte. Et là… sur un ballon anodin distillé latéralement par Sakho, Gerrard rate son contrôle et glisse. Héros d’un soir, Demba Ba fructifie l’offrande et s’en va tromper Simon Mignolet. 0-1 et un silence de mort dans Anfield.

Liverpool ne s’en remettra jamais, K.O debout, poignardé par l’une des rarissimes erreurs en carrière de son capitaine. Le score final, 0-2 est anecdotique. Les trois points perdus par Liverpool et Gerrard ce jour-là le sont beaucoup moins. Ils permettent à City de repasser devant au finish pour s’adjuger un titre inespéré.

Steven Gerrard, ce loser magnifique

En pleurs, Steven Gerrard se confond en excuses, conscient d’avoir été à son corps défendant, le catalyseur d’un rendez-vous raté avec l’histoire. En glissant ce jour-là, Steven Gerrard a symboliquement loupé bien plus qu’un titre. Ill a entériné une carrière de loser magnifique, de la trempe de ceux qui effleurent leur rêve du bout des doigts avant d’être réveillés en sursaut.

Steven Gerrard c’est plus de 500 matches disputés avec Liverpool. 17 ans d’une rarissime fidélité à son amour de toujours, dans une époque où décamper vers d’autres horizons était subitement devenu à la mode. Steven Gerrard c’est une Ligue des Champions brillamment glanée, trois FA Cup, trois League Cup avec Liverpool. Steven Gerrard c’est une aura, un leadership, une vision du jeu, une frappe de mule et un dévouement pour un fanion qu’il a toujours défendu.

Mais Steven Gerrard c’est finalement aussi ces regrets, infinis, violents presque obsédants. Comment un joueur d’un tel calibre n’a-t-il jamais remporté le titre ? Et s’il n’avait pas glissé en 2014 ? Et si, et si et si…

Malgré le recul et le poids des années, Steven Gerrard n’a d’ailleurs toujours pas véritablement fait le deuil du 27 avril 2014 et de cette maudite glissade : “La plaie est toujours ouverte et je ne pense pas qu’elle va se refermer un jour parce qu’on ne pourra jamais refaire l’histoire” expliquait-il en mars 2019. Récit d’une carrière qui gardera pour toujours cet amer soupçon d’inachevé.

Les Glasgow Rangers pour enfin toucher au Graal ?

Retiré des pelouses depuis 2016 après un frivole interlude Outre-Atlantique, au LA Galaxy, Steven Gerrard s’est reconverti là où beaucoup l’attendaient : sur le petit banc pour endosser un rôle d’entraîneur.

En 2018, il s’engage avec les Glasgow Rangers, historique club écossais en pleine recrudescence après une liquidation et une relégation en D4 en 2012. Dans un championnat où le rival honni, le Celtic, règne d’une main de maître (septuple champion en titre), Gerrard prend ses marques.

Et sous la houlette de Stevie G, les Rangers montent en puissance. Une 2e place la saison dernière puis… une démonstration dès le lever de rideau de cette saison 2020-2021. 8 victoires lors des 10 premiers matches et une place tant convoitée d’implacable leader après 21 journées, loin devant le reste de la meute.

Et même si le championnat est encore loin d’être fini et que des play-offs à l’écossaise vont départager les six meilleures équipes en fin de saison, les Rangers semblent en bonne posture pour (enfin) faire tomber les Boys de leur piédestal.

Dans l’ombre, Steven Gerrard, lui, a le sourire. Après 17 ans de désillusions en cascade, d’occasions manquées avec Liverpool, il pourrait enfin toucher au graal et ravir ce titre qui manque à sa collection personnelle. 6 ans après cette maudite glissade, il pourrait ranger ses vilains démons au placard et brandir un trophée, certes moins pimpant, mais ô combien symbolique.

Avant de mettre le cap sur le petit banc de Liverpool pour succéder à Klopp et boucler la boucle de la meilleure des manières ? On n’y est pas encore mais quelque chose nous dit que du côté de la Mersey, l’idée fait tout doucement son chemin.



 

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